Avant-propos de Libéralisme classique et école autrichienne par Ralph Raico (2012) (Traduction)
14 mai 2012 – 10 h 03 min | Pas de commentaire

Ralph Raico, dans ce livre brillant, attire notre attention sur la célèbre phrase d’Augustin « Le grand précepte qu’il faut donner aux historiens est de distinguer plutôt que de confondre » (p.136). Thierry, comme le montre Raico, n’a pas toujours suivi son propre conseil, mais la remarque décrit parfaitement l’écriture historique de Raico lui-même.

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Ecole française : les individualistes

Déposé par Damien Theillier dans 5 décembre 2010 – 10 h 08 min3 Commentaires

Par Gaëtan Pirou (1886 – 1946),

Gaëtan Pirou fut professeur d’économie à la Faculté de droit de Bordeaux et rédacteur en chef avec Charles Rist de la Revue d’économie politique. Dans ce chapitre I, Pirou présente les idées radicales de Gustave de Molinari et de Yves Guyot. Dans ce premier extrait, il introduit leur doctrine.

Les doctrines économiques en France depuis 1870, Librairie Armand Colin, 1925

Livre II : Les doctrines individualistes

Chapitre I : L’individualisme extrême

Introduction

Le principe fondamental, c’est que le libre jeu des lois économiques natu­relles est, de tous les régimes possibles, celui qui donne pour la société les résultats les moins mauvais -principe qui découle, disent les Individualistes, de l’étude des faits éclairés par les analyses de la science.

Si l’État laisse fonctionner librement le mécanisme économique, chaque individu cherchera à satisfaire son intérêt personnel et à obtenir le maximum de rendement avec le minimum d’efforts. La juxtaposition et la rencontre de ces efforts individuels vont réaliser spontanément l’harmonie sociale. L’intérêt personnel de chaque individu le poussera en effet à prendre, de toutes les occupations qui s’offrent à lui, celle qui lui procurera la plus forte rémuné­ration. Mais comme les autres hommes consentiront à payer ses services et ses produits d’autant plus cher qu’ils les jugeront mieux adaptés à leurs besoins, chaque travailleur sera tout naturellement conduit à rechercher et à s’efforcer de combler les goûts des autres individus. Plus son désir égoïste de gain et de jouissance sera grand, plus il sera incité à satisfaire le besoin social.

L’harmonie économique spontanée nous apparaîtra, plus profonde encore si nous tenons compte de ce que, dans la société, ce n’est pas un individu, mais une, multiplicité d’individus, mus chacun par leur intérêt personnel, qui s’attachent à satisfaire les divers besoins sociaux. Entre ces individus joue la concurrence. Celui qui aura le mieux réussi à adapter son produit au besoin sortira victorieux de la lutte, puisque c’est à lui qu’à égalité de prix les con­sommateurs s’adresseront. Chaque producteur sera ainsi contraint par le jeu du mécanisme économique, et indépendamment de toute intervention d’une autorité quelconque, à tendre d’une manière continue son activité dans le sens de l’amélioration de la qualité des produits ou de la réduction de leur coût de revient. L’esprit d’invention et de combinaison sera, de cette manière, constamment tenu en éveil. Et sans doute le producteur, naturellement égoïste, tentera de conserver pour lui le bénéfice de ses inventions, mais il ne le pourra que temporairement, parce que ses concurrents, à leur tour, feront des découvertes analogues, qui lui enlèveront l’avantage qu’un moment il avait pris sur eux. Si, clans une branche particulière de production, le petit nombre des produits offerts par rapport à la demande permet aux vendeurs de maintenir leurs prix sensiblement au-dessus du coût, et de réaliser un profit exceptionnel, l’appât de ce profit ne manquera pas de déterminer un afflux de capitaux et de producteurs nouveaux, jusqu’au moment où l’accroissement des quantités produites déclanchera la baisse des prix et la disparition du profit exceptionnel. À l’inverse, si dans une branche de production les quantités offertes sont supérieures au besoin social, la surabondance des offres dépri­mera les cours ; les prix tomberont au-dessous du prix de revient, laissant les producteurs en perte ; un certain nombre d’entre eux abandonneront alors cette branche de production pour en chercher une plus favorable. Dans tous les cas, le déséquilibre entre la production et la demande se corrigera automa­tiquement.

Finalement donc, le jeu de l’intérêt personnel, dans un milieu de libre concurrence, assure à la fois l’équilibre économique (puisqu’il adapte à tout instant la production au besoin) et le progrès social (puisqu’il oblige tous les producteurs à se mettre en quête de perfectionnements techniques et donne la palme aux plus habiles). Et la justice est, elle aussi, satisfaite puisque l’échan­ge des produits et des services se fait sur la base de l’équivalence en utilité, en sorte que chaque individu reçoit de la société l’exacte contre-partie de son apport social.

La démonstration que nous venons de résumer n’est point neuve, et n’a point la prétention de l’être. Les éléments en sont empruntés aux grands économistes classiques, anglais et français, et les individualistes se font gloire de ce que leur doctrine est ainsi en étroite liaison avec les théories économi­ques traditionnelles. Mais ils ont été amenés, par les polémiques qu’ils ont dû soutenir à l’époque, contemporaine, à compléter et à rajeunir leurs thèses sur les points où elles avaient à subir les plus violents assauts.

(à suivre…)

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