Compte-rendu de la conférence du Professeur Guido Hülsmann sur l’économie de la gratuité
La conférence du professeur Guido Hülsmann sur l’économie de la gratuité le 24 mai 2011 marquait le début d’un cycle de conférences organisé par l’Institut Coppet avec les grands acteurs et penseurs libéraux de notre temps.
Pour cette première édition qui avait lieu dans une galerie d’art à deux pas de la place Vendôme, environ une quarantaine de personnes avait fait le déplacement pour entendre le professeur d’économie de l’Université d’Angers présenter son analyse sur la question de la gratuité.
Est-ce que tous les services devraient être payants ? La théorie économique dite néoclassique voit dans le non-paiement de services rendus une « externalité », une sorte de trou noir du jeu du marché et qui rend ce dernier inefficace.
Cette théorie peut être critiquée à partir des travaux de Frédéric Bastiat, de Ludwig von Mises ou de Hans Hermann Hoppe, afin de montrer qu’il est parfaitement normal que, dans une économie de marché, un grand nombre de services soient rendus gratuitement. La gratuité n’est pas le ressort exclusif de ce qu’on appelle « l’économie sociale et solidaire ». Elle fait partie intégrale du fonctionnement ordinaire d’une économie basée sur la recherche de profits.
Le professeur Guido Hülsmann, a fait partir sa réflexion d’une Encyclique du Pape Benoit XVI, « Caritas in Veritate », qui reflète la pensée catholique actuelle en ce qui concerne le don et l’association. Pour le pape, les associations sont écrasées par le tandem marché-Etat. Plus le marché est grand, plus l’Etat est grand pour en corriger les « excès », ce qui délaisse le secteur associatif. La gratuité est un phénomène qui se développe au sein de l’Etat mais également au sein de l’activité économique normale où la logique du profit est insuffisante et doit être complétée par d’autres logiques. Jean-Paul II parlait de société civile comme cadre le plus approprié de l’économie de la gratuité. Le binôme marché-Etat affaiblit les interactions sociales, tandis que le secteur associatif crée de la socialité. Cependant, selon cette encyclique la gratuité et la logique de don de soi ne sauraient être instaurées par la loi.
Cette vision du pape peut servir de point de départ pour préciser le rôle de la gratuité dans l’économie ainsi que les causes qui la stimulent.
Le professeur Hülsmann a fait alors la distinction entre deux types d’organisations. Tout d’abord, les entreprises, dont le but principal est de faire du profit, créer des revenus monétaires pour tous ses membres, ses associés, ses salariés ses fondateurs, en d’autres termes, créer des arrangements contractuels où tout le monde trouve son compte sur le marché.
Ensuite, les associations qui n’ont pas pour but de faire du profit. En France et en Allemagne la plupart des associations sont subventionnées, notamment les associations politiques et culturelles, qui sans cela ne survivrait pas. Cet état de fait pose problème, car les associations ne sont pas dans ce cas portées par l’objectif commun des membres. On ne peut donc être certain que l’objectif n’est pas lucratif, car une véritable association, c’est un cadre au sein duquel il n’y a pas de paiement, là où les biens sont crées dans la gratuité.
La gratuité, quant à elle, ne signifie pas qu’il n’y a pas de gains ou de bénéfices. Tous les individus sont motivés par une fin, même lorsque que l’on fait un acte de charité. La gratuité ne se définit donc pas par les fins, mais par les moyens.
En dehors du secteur associatif, la gratuité occupe un rôle important dans les relations marchandes du secteur privé. Un des exemples les plus flagrants de services gratuits produit par des entreprises est Internet qui est en lui-même le « royaume de la gratuité ». Internet nous donne accès à des logiciels et à des services qu’on peut utiliser sans paiements : des jeux, des informations, des moteurs de recherches, des analyses, des encyclopédies… Par exemple, Google ne vit que de recettes publicitaires et n’engendre pas de paiements pour l’utilisateur.
Il y a également des cas où les entreprises fournissent des services essentiels à la communauté de façon indirecte : quand une entreprise s’implante, notamment dans les pays en développement, il y a des services qui sont créés comme des écoles, des crèches. La gratuité joue donc un rôle important au sein l’économie.
Frédéric Bastiat a mené une réflexion importante sur le rôle de la gratuité. Tous les services dont nous bénéficions ont deux origines : soit ils sont rendus par les personnes et soit par les forces de la nature. Or, les forces de la nature sont toujours gratuites : il n’y a pas besoin de payer la nature, il suffit de canaliser ses forces. Les services rendus par l’homme, quant à eux, sont ceux qui créent de la valeur. Plus l’homme réussit à mobiliser les forces de la nature et à les substituer au travail humain plus la gratuité augmente.
Ludwig Von Mises a mis en
lumière un autre aspect montrant le rôle de la gratuité dans l’économie. Il insiste sur la différence entre économie communiste et économie de marché. Dans une économie de marché, ce sont les propriétaires qui possèdent les moyens de production. Dans une économie collectiviste, cela appartient au führer, au polit buro etc… Il est faux de dire que les moyens de production ne servent que les propriétaires dans une économie capitaliste. Les moyens de production ne servent qu’à produire des biens de consommations qui vont servir à tout le monde. Par exemple, l’Oréal ne produit pas des biens de consommation qui ne servent qu’à Madame Bettencourt, cela ne sert pas à ce qu’elle n’enrichisse qu’elle-même, l’entreprise produit des services pour la multitude. Dans les deux systèmes, capitaliste ou communiste, les biens de productions servent les masses et pas uniquement certains types de personnes. Les capitalistes rendent des services à ceux qui n’ont pas fait l’effort d’épargne pour avoir le capital pour produire. Pour les économistes classiques, la gratuité est donc un fait éminent du marché.
Dans d’autres écoles de pensées, comme l’école néo-classique, la gratuité est bien souvent considérée comme une défaillance du marché. Ces économistes préconisent par exemple que l’Etat doit combler les « externalités positives » en taxant ses bénéficiaires. Une autre erreur consiste à croire qu’il y ait opposition entre gratuité et rareté. Keynes écrivait dans « La fin du laissez-faire », tout ce que le marché ne crée pas, l’Etat devrait le faire. Cette analyse est erronée, car si le marché ne produit pas certains services, c’est parce que les moyens dont on dispose pour produire sont déjà absorbés par d’autres projets qui sont considérés comme plus importants. Créer des services que le marché ne fournirait pas est par conséquent un appel au gaspillage.
Il y a une part de gratuité dans l’activité destinée au profit et cette partie est grandissante avec l’accumulation du capital. Au contraire, ce qui réduit la gratuité, ce sont les interventions étatiques. En effet, lorsqu’on paie des impôts, on a moins envie de donner spontanément. En France on s’attend à ce que l’état fasse tout, ce serait aux autorités de faire le travail.
Au fardeau fiscal s’ajoute la perversité du système monétaire avec une inflation permanente qui fait que pour la plupart des personnes, il y a une perte de pouvoir d’achat de leur épargne et de leurs comptes courants. La conséquence est que les gens sont inquiétés, ils se retiennent et sont moins enclin à donner à des associations.
Vidéo de la conférence filmée par Enquête & Débat
La prochaine conférence organisée par l’Institut Coppet et Coucou Watcher aura lieu le mercredi 22 juin. Pascal Salin, professeur d’économie à Paris Dauphine y abordera le thème suivant : « Monnaie unique, monnaie commune… Quelles monnaies en Europe ? »
Merci de contacter l’Institut Coppet pour vous y inscrire : info@institutcoppet.org










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