Eric Zemmour : vers le suicide français. Par Philippe Fabry

Eric Zemmour

Eric Zemmour

« Le Suicide Français, c’est le monstrueux hybride entre le Front National et le Front de Gauche qui menace, aujourd’hui, de faire basculer notre pays. En considérant ce nouveau socialisme de droite, le titre du livre est moins un diagnostic qu’un programme. »

Par Philippe Fabry*, Institut Coppet

D’un livre comme celui d’Eric Zemmour, qui fait l’actualité par son succès et nourrit des polémiques par son propos, l’honnête homme a forcément envie de savoir ce qu’il faut en penser, sans avoir nécessairement envie de s’atteler à la lecture d’un pavé de cinq cent pages dont il est simplement curieux du contenu. Cela a été mon cas, mais je n’ai hélas pas trouvé de critique complète du Suicide français. Au mieux quelques avis sur la façon dont Zemmour aborde les problèmes et l’impression d’ensemble laissée par son livre, au pire des charges peu nuancées concernant seulement quelques pages du livre. Personnellement, pour un livre qui s’est déjà écoulé, ai-je cru comprendre, à trois cent mille exemplaires, et dont l’influence dans l’opinion publique de mon pays ne sera pas nulle, il me semble qu’une critique un peu plus fouillée est nécessaire. Et poussé par un ami, je me suis résigné à m’en charger. Sans avoir la prétention de dire ce qu’il faut en penser, j’essaierai donc de dire ce qu’on peut raisonnablement en penser, le plus brièvement mais le plus exhaustivement possible.

         D’abord, il me paraît à peu près certain que ce livre sera beaucoup moins lu qu’il n’a été acheté. Contrairement à ce que j’ai pu lire ou entendre ici ou là, il n’est pas « bien écrit ». Le premier tiers est franchement éprouvant, rédigé dans un style de chroniqueur radio, saccadé, haché, qui sied à une intervention orale de trois minutes mais nullement à une centaine de pages d’un livre, et spécialement d’un livre aussi long, dans lequel on attend que soit pris le temps de l’exposition. Le phrasé s’améliore un peu passé ce premier tiers, mais hélas le travail intellectuel ne suit pas la langue, et tout le livre, intellectuellement, conserve cet aspect haché, par ses raisonnements (en admettant qu’on puisse employer ce mot) trop rapidement menés et trop vite interrompus par des conclusions péremptoires. Je reviendrai sur le fonds, poursuivons d’abord sur la forme : dans Le Suicide français, Eric Zemmour annonce en introduction vouloir revenir sur ces « quarante années qui ont défait la France ». Pour cela il découpe son ouvrage en trois parties, 1970-1983, 1984-1992 et 1993-2004. Pour chaque année il sélection une, deux ou trois dates lui semblant un marqueur important ; cela peut concerner un événement historico-politique, comme la mort de De Gaulle, l’appel de Cochin, le Traité de Maastricht, ou le discours de Dominique de Villepin à l’ONU, ou sociopolitique, comme l’accueil des sans-papiers dans l’église Saint Bernard, ou culturel et médiatique, comme la sortie du film Dupont Lajoie d’Yves Boisset, de la chanson Lily de Pierre Perret, du mariage parodique de Coluche et Thierry Le Luron, ou encore sportif, comme la professionnalisation du football après l’arrêt Bosman ou la victoire des Bleus en 1998.

             A chaque fois, Zemmour utilise l’événement sélectionné comme illustration, sinon preuve, de telle ou telle tendance de la société française. Ainsi met-il en lien le faux mariage de Coluche et Le Luron, selon lui représentatif d’une façon d’accepter socialement l’homosexualité sans la consacrer, avec l’authentique « Mariage pour tous » de l’actuelle présidence, consécration légale de l’homosexualité ; ainsi oppose-t-il la victoire « blacks-blancs-beurs » de 1998 à la théâtrale grève des joueurs de 2010, la première étant, selon Zemmour, une imposture médiatique destinée à imposer un modèle multiculturel artificiel dont la seconde révélerait l’échec complet. Ces mises en rapport paraissent, c’est selon, plus ou moins pertinentes, mais correspondent bien à l’objectif affiché au départ, qui est d’opposer simultanément une France qui réussissait (celle de De Gaulle, jusqu’à il y a quarante ans) et la France qui échoue, afin de tirer comme conclusion principale qu’il faut revenir aux méthodes gouvernementales et aux valeurs morales du temps où la France réussissait, le succès du temps étant attribué à ces facteurs. Conclusion qui peut se résumer par la citation suivante : « la France devrait se débarrasser de l’euro, et pousser ses dernières entreprises nationales à nouer des alliances extra-européennes, pour prendre à revers la puissance germanique, et retisser la trame de son capitalisme d’État qui a fait, qu’on le veuille ou non, les rares périodes de l’Histoire où le pays connut un réel dynamisme économique : le second Empire et les Trente Glorieuses. »

            Nous voilà rendus au fond. Dans ce livre, Eric Zemmour ne nous apprend rien de neuf sur la vision qu’il a des choses : il suffit d’avoir déjà lu quelques interviews de lui ou d’avoir écouté quelques unes de ses chroniques pour avoir une idée de ce qu’il contient : Zemmour dénonce pêle-mêle la féminisation de la société, la perte des valeurs viriles, la repentance, la destruction de la famille, l’immigration excessive,  la « boboïsation », la construction européenne… le tout non sans une forme de cohérence, puisque tout est lié à un attachement à la France d’avant Mai 68, contre les valeurs de laquelle s’est largement structurée la société française depuis : contre l’ordre moral, contre l’autorité et les hiérarchies, contre l’abaissement de la femme, contre les guerres coloniales… On pourrait sans doute se contenter de parler de passéisme, et il est vrai que ce systématique « c’était mieux avant » rend la lecture du Suicide Français très pénible. Mais cela ne ferait pas beaucoup avancer le débat. Il est beaucoup plus intéressant de relever les multiples contradictions auxquelles ce type de raisonnement conduit.

            Et la première de ces contradictions, c’est l’incapacité d’Eric Zemmour de comprendre à quel point ce qui se passe depuis quarante ans est dans la plus pure tradition française, qu’il voudrait voir mieux respectée. Il est important de la souligner car je ne connais pas de meilleur remède contre le passéisme que la révélation de ce fait que ce que l’on aimerait voir fait aujourd’hui, comme il était fait avant… est en réalité déjà fait ainsi. C’est personnellement de cette façon, en constatant par des études historiques approfondies que les « quarante rois qui ont fait la France » que j’admirais se comportaient en réalité exactement de la même façon que nos politiciens actuels, que je me suis guéri de mes tendances monarcho-nationalistes de jeunesse.

            Ainsi Zemmour aime-t-il le colbertisme, le protectionnisme, l’Etat stratège, mais vilipende-t-il la technocratie incompétente. Ainsi Zemmour dénonce-t-il le constructivisme européen tout en admirant Napoléon de n’avoir eu « aucune envie que la « Grande Nation » redevienne cet « agrégat disparate de peuples désunis » que dénonçait Mirabeau à la veille de la Révolution ». L’attitude de Zemmour est ici typique du conservatisme non raisonné, c’est-à-dire le fait de prendre ce qui a été fait jadis comme bon et de considérer sa nouvelle occurrence comme mauvaise, sans être capable de percevoir l’identité des deux processus. Zemmour aime tellement la « France éternelle » de De Gaulle qu’il est incapable de voir que la France n’a strictement rien d’éternel, qu’il s’agit d’une construction politique parfaitement identique à celle que l’on cherche à imposer aujourd’hui aux peuples européens, peut-être pire encore car si, aujourd’hui, on ignore des résultats de référendums, jadis on guillotinait les partisans d’une France fédérale, avant de taper à coups de règle sur les doigts des petits enfants qui persistaient à employer la langue de leurs pères. Zemmour considère avec mépris les révolutionnaires fédéralistes, pour n’avoir pas su voir le destin de la France, sans s’apercevoir qu’il est méprisé, exactement dans le même rapport, par les européanistes forcenés.

            Je n’ai, à ma grande surprise, lu cette critique chez personne, jusqu’à maintenant. On a préféré attaqué Zemmour sur quelques lignes sur le régime de Vichy qui sont d’une pauvreté effarante, même pas aussi polémiques qu’on a essayé de le faire croire. Mais en vérité, les Zemmour, Caron et Salamé ne peuvent guère « débattre » que par anathèmes, puisqu’ils représentent en définitive diverses confessions d’une même religion constructiviste. Le Progrès contre la « Tradition », laquelle n’est jamais qu’un « progrès » passé qui a vieilli. Aucune place dans leur esprit pour l’ordre spontané, dont ils ignorent manifestement le concept.

            Car s’ils ne l’ignoraient pas ils n’assimileraient pas, comme le fait Zemmour, le libéralisme au constructivisme technocratique. Et c’est là toute la souffrance du libéral qui lit Zemmour : tant que celui-ci pourfend ce constructivisme, on ne peut qu’être d’accord avec lui, comme lorsqu’il s’emporte : « un État aboulique et clientéliste, tous ces médias bien-pensants, tous ces technocrates, intellocrates, médiacrates, sociologues, démographes, économistes, qui prétendent encore faire l’opinion à coups de leçons de morale et de statistiques arrangées, élaborent au sein d’innombrables commissions pédagogiques les programmes scolaires, rédigent les rapports sur la meilleure façon de « faire de l’en commun pour faire France ». Mais dès qu’il défend le sien propre, ou qu’il explique in fine que le constructivisme dénoncé est le libéralisme, ou le capitalisme, l’approbation laisse place à la consternation : « Surtout, la machine oligarchique européenne s’était convertie à l’idéologie néolibérale que les conservateurs britanniques avaient introduite sur le continent européen.».

            Et en définitive, les contradictions, les erreurs sont si nombreuses qu’on ne sait par quel bout les prendre. Faute de pouvoir les détailler, en voici un échantillonnage avec quelques commentaires.

Quelques perles récoltées au fil de ma lecture

            Il reproche : « N’importe quoi plutôt que le modèle français, d’un côté l’État qui dirige, et la liberté individuelle comme moteur. Notre modèle colberto-bonaparto-gaullien… ». On admettra sans difficulté que soient mis dans le même panier dirigiste Colbert, Bonaparte et De Gaulle. On applaudira certainement à l’idée que la liberté individuelle soit le moteur du redressement. En revanche, on voit mal pourquoi, si la liberté est le moteur, il a besoin d’être « conduit » par l’Etat, et surtout, en quelle proportion ? Sur quel mode ?

          Zemmour dit également : «  L’État n’est plus qu’une coquille vide qui n’a conservé que ses pires travers gaulliens (l’arrogance des élites), sans en avoir la remarquable efficacité. Il faudrait la poigne d’un Colbert ou d’un Pompidou pour que notre industrie perdue renaisse de ses cendres. » L’idée est donc bien ancrée chez lui que seul l’Etat est capable de créer une industrie. Les entrepreneurs ? Le mot n’apparaît qu’une seule fois dans tout le livre : « Les Français n’ont jamais aimé l’industrie, en dépit de grands et brillants entrepreneurs, tels Louis Renault ou André Citroën ; ils ont associé l’usine à un monde de souffrance, d’exploitation, de saleté et de bruit : l’usine, pour les Français, c’est Germinal. ». Et Zemmour ne s’interroge pas une ligne pour savoir si cette impression est juste (ne parlons pas du fait de parler ainsi au nom des « Français »). Mais alors en quoi consiste le rôle « moteur » de la liberté pour Zemmour ? On nage en pleine confusion. A un moment de ma lecture, j’ai cru comprendre que cette position de Zemmour vient d’une très superficielle observation empirique de l’histoire industrielle française, lorsqu’il dit : « L’industrialisation française sera fort tardive, et liée au volontarisme d’hommes d’État exceptionnels – sans remonter au précurseur Colbert, Napoléon III, de Gaulle et Pompidou ». Certes, on a vu apparaître les manufactures sous Louis XIV, les chemins de fer et la sidérurgie se développer fortement sous le Second Empire, l’industrie en général durant les Trente Glorieuses.

           Il en déduit que sans Colbert, Napoléon III et De Gaulle, la France ne se serait jamais développée. Il dit : « La France a toujours souffert d’un manque chronique d’investisseurs à long terme, car l’épargne abondante préfère l’immobilier à l’entreprise. Quand l’État ne soutient plus ce capitalisme sans capitaux, c’est la France qui est désarmée. » Cette vision des choses est fausse. Sous Louis XIV, si la France manquait sans doute de capitaux pour se développer, c’est pour deux raisons : elle a libéré les campagnes du système de droits d’usage au profit d’un vrai droit de propriété privée seulement au XVIIIe siècle, quand les enclosures en Angleterre ont massivement affirmé le droit de propriété privée dès le XVIe siècle  (voir mon article à ce sujet) ; d’autre part les capitaux bourgeois étaient massivement engloutis dans l’achat de charges royales, notamment anoblissantes. Il y avait donc un fort effet d’éviction provenant de la soif de capitaux de l’Etat. Que Louis XIV ait fondé quelques manufactures avec l’argent qu’il récupérait en vendant des charges et en percevant des impôts ne fait nullement de Colbert un génie économique. Il suffit de voir les résultats obtenus à la même époque par la Hollande, dix fois moins peuplée, pour comprendre qu’il n’y a pas à s’enorgueillir de Colbert.

       Au XIXe siècle, la France ne manquait pas de capitaux, mais de liberté économique : la Restauration et la Monarchie de Juillet, régimes de rentiers dont le gouvernement ressemblait à un « conseil d’administration » selon Tocqueville, et dont Bastiat vilipenda tant le protectionnisme, furent la cause de décennies de retard dans la mécanisation de la France : il était plus facile aux industriels d’écraser la main d’œuvre que d’investir. Et si l’on doit quelque chose à Napoléon III (mais encore faudrait-il admettre que cela n’aurait pas eu lieu sans lui) c’est le Traité Franco-Anglais de 1860 et le libre échange avec l’Angleterre… c’est-à-dire tout ce que Zemmour, qui exalte notre « tradition protectionniste » devrait détester puisqu’il reproche à l’Europe d’avoir instauré « la liberté totale à l’intérieur de l’Union européenne des mouvements de capitaux, de marchandises et d’hommes. C’était l’adieu définitif aux droits de douane, aux contingentements, au contrôle des changes, à l’encadrement du crédit (et à la maîtrise de l’immigration) ; ce fut même l’interdiction faite aux États de toute politique industrielle […] contrairement à notre tradition protectionniste ». Mais l’accélération du Second Empire doit sans doute plus à des entrepreneurs comme les frères Pereire qu’à l’État d’alors.

           Enfin, si aujourd’hui l’épargne va trop vers l’immobilier, c’est parce que se loger est une priorité des Français, et que ce qu’il devrait leur rester pour investir ailleurs leur est pris par l’impôt. Zemmour ne voit pas cela, et pourtant il se montre lucide sur le problème du manque de capitaux, lié à celui de la retraite par répartition : « Nos gouvernants commettent une erreur funeste : ils abandonnent le traditionnel capitalisme d’État – pour céder à la mode libérale – mais ne créent pas des fonds de pension qui auraient drainé l’épargne nationale vers les entreprises, car la gauche refuse de mettre en danger le système de retraite par répartition, au profit de celui par capitalisation. Le capitalisme français est nu…. Nos élites technocratiques ont résolu de se jeter dans le grand bain du capitalisme, en oubliant qu’il est d’abord une affaire de capitaux. » Là encore, une idée lucide, à savoir que la retraite par répartition prive la France de l’avantage économique que seraient les capitaux abondants de Français qui, culturellement, épargnent beaucoup, se noie au milieu d’idioties : « la mode libérale », l’efficacité mythique du « traditionnel capitalisme d’État »…

          Il faut aussi noter, à ce sujet, qu’Eric Zemmour n’a même pas l’excuse d’ignorer Bastiat, qu’il évoque : « Il y a depuis l’origine une tentation providentialiste parmi les théoriciens du libre-échange. Ils ont tendance à considérer que la liberté des échanges est une bénédiction des peuples venue du Très-Haut pour apporter la prospérité et la paix entre les hommes ; tous ceux qui sont hostiles ou réservés sont des émanations du démon. Quand il voulut se moquer des réflexes corporatistes et protectionnistes, le grand penseur français du libéralisme du XIXe siècle, Frédéric Bastiat, n’évoqua pas par hasard une révolte des marchands de bougie suppliant l’État de les protéger de la concurrence scandaleuse du soleil ! » Connaître la Pétition des marchands de chandelles et contester malgré tout le libre-échange, sans même essayer d’argumenter, c’est impardonnable (et on ne voit pas le rapport avec un « providentialisme » chez Bastiat). Ce n’est pas le moindre reproche que l’on peut faire à Zemmour : pour quelqu’un qui passe son temps à reprocher à ses contradicteurs (à raison, le plus souvent) de nier la réalité, de ne pas faire attention aux faits, de ne pas user de leur raison, on trouve sous sa plume bien peu de raisonnements construits sur plus d’une demi-page. Certes, s’est-il défendu face à Aymeric Caron, son livre n’est pas une thèse universitaire. Mais pour autant, il défend une thèse politique, économique et sociale, il prétend livrer une démonstration. Et tout lecteur de Bastiat ne peut que se prendre la tête à deux mains en lisant des sentences du genre : « « Nos élites faisaient alors le choix – qu’on payerait au prix fort des années plus tard – du consommateur contre le producteur ».

          On s’amuse, bien sûr, quand Zemmour étrille « Loulou » Schweitzer, figure archétypique du connivard, mais c’est l’occasion de remarques imbéciles comme « En vingt ans, sous la houlette de Louis Schweitzer, Renault a aggravé le chômage en France, accéléré la désindustrialisation de notre pays, et nui à la balance commerciale de la France », comme si le rôle d’une entreprise était de donner du travail aux gens ou de servir le destin national. On comprend aussi que Zemmour n’a pas d’autre image de l’entreprise et du capitalisme que ce grand patron issu de la fonction publique ; et quand il parle de Steve Jobs ou Bill Gates, il semble croire que ce sont des personnages comparables, sans s’interroger sur les bienfaits de leurs innovations, non plus que sur le remarquable recul de la pauvreté chez les ouvriers chinois : « Les multinationales américaines délocalisent leurs usines en Chine pour profiter des salaires misérables des ouvriers chinois et exporter leurs produits dans le monde entier, au plus grand profit des nouveaux condottieri capitalistes, Bill Gates, Steve Jobs, etc. Pékin se sert de la cupidité des dirigeants des compagnies américaines pour ériger, à une vitesse unique dans l’Histoire, cette puissance industrielle dont Mao avait rêvé ». Sur tous ces points, il n’y a aucune originalité dans la pensée anticapitaliste de Zemmour, il porte tous les poncifs habituels, omniprésents dans le discours politique français. C’est pourquoi ses détracteurs n’ont absolument pas parlé de cet aspect du livre.

            Sa détestation confuse du libéralisme dépasse le domaine économique et s’étend au domaine politique et social : il fustige l’évolution « libérale » ou « néolibérale » de la société française, tout en déplorant le recul de la liberté d’expression consacrée par la loi de 1881, dont il semble ignorer qu’elle était une loi… libérale, la IIIe République ayant été la période de notre histoire globalement la plus libérale (poids de l’État dans le PIB à la veille de la Première guerre mondiale : autour de 9%, rappelons-le, bien loin du « capitalisme d’Etat » cher à Zemmour). A propos de la loi Pleven de 1972, sur l’incitation à la haine raciale, Zemmour note : « En dépit de la pureté de ses intentions, la loi est une régression. Elle introduit la subjectivité là où régnait l’objectivité ; elle condamne l’intention et non les faits ; elle donne au juge le droit et le devoir de sonder les cœurs et les âmes ; de faire l’archéologie des pensées et des arrière-pensées. Elle contraint le magistrat à transgresser ce principe général du droit fort protecteur selon lequel « la loi pénale est d’interprétation strictement restrictive ». Le droit à la diffamation prévoyait une exception de vérité ; désormais, non seulement la vérité ne rend plus libre, mais elle peut conduire en prison. » Là encore, on l’approuve, mais que ne voit-il que le problème est dans l’étatisme qu’il défend par ailleurs ? Récemment, il cotoyait Philippe Nemo sur le plateau de Frédéric Taddéi. A-t-il lu sa France aveuglée par le socialisme ? Si c’est le cas, il ne l’a pas compris.

            De la même façon, au plan sociétal, il accuse le capitalisme de favoriser le féminisme, l’homosexualité (pour des raisons mercantiles) : « On a vu le travail de sape réalisé par le capitalisme américain et ses épigones occidentaux pour abattre la figure du père » ; en même temps, il remarque que, dans les divorces et la nouvelle pauvreté résultant de la multiplication des familles monoparentales, les féministes voient « la perversité profonde d’un système patriarcal et capitaliste ». A aucun moment il n’a la saine curiosité de se demander pourquoi ses ennemies jurées dans un domaine (le système patriarcal) dénonceraient pareillement le capitalisme. Bourré de ce genre de contradictions patentes que Zemmour ne se donne pas un instant la peine d’interroger, son livre est une source presque continue d’agacement et de déception intellectuelle, par ses  vols de concepts et son auto-réfutation permanente.

L’Islam et l’immigration

            Enfin, comme chacun sait, l’un des chevaux de bataille de Zemmour est l’Islam et l’immigration arabo-musulmane. Il répète à ce sujet le vieux poncif des invasions barbares ayant tué Rome, à propos de l’affaire du voile : « La question posée par ce morceau de tissu n’était donc pas celle de la laïcité, mais celle de l’assimilation. Parce qu’on avait renoncé à celle-ci, on essaya de faire jouer son rôle à celle-là. On prit donc la mauvaise arme pour frapper, et on s’étonna de manquer la cible. En France, le modèle d’intégration républicain des étrangers s’était accompli par l’assimilation, imitant le lointain exemple de l’Empire romain : « À Rome, fais comme les Romains. » Dans la Rome antique, les nouveaux citoyens devaient porter la toge et changer de prénom, voire de nom, qu’ils latinisaient. Les premiers dérèglements annonciateurs de la chute de l’Empire romain furent le refus croissant des « barbares » de changer de patronyme et… la décision de garder leurs armes. » Là encore, Zemmour répond à côté du sujet. Il ne voit que l’assimilation politique quand le problème est avant tout socioéconomique : le principal instrument d’intégration à un groupe est l’activité économique, le travail ; et chez nous comme à Rome, le vrai problème n’est pas l’immigration, mais le socialisme. D’une part l’attractivité migratoire de la France est renforcée artificiellement par l’existence de prestations sociales trop généreuses, qui constituent une subvention à l’immigration, et pas à l’immigration la plus apte à offrir un retour sur investissement correct. Ensuite, et surtout, Zemmour ne voit pas que l’assimilation des immigrés pauvres est quasi-impossible dans la mesure où la réglementation leur interdit de travailler (résultat du salaire minimum, très élevé qui plus est) et les pousse soit à travailler au noir dans des conditions douteuses, soit à vivre dans l’oisiveté, en dehors du brassage social qu’impose le monde du travail.

            La situation des enfants d’immigrés pauvres est pire, puisqu’on les oblige à se rendre à l’école et qu’on leur interdit plus fortement encore de travailler. Or de nombreux adolescents, s’ils n’aiment pas l’école, n’en souhaitent pas moins gagner leur vie. L’Etat leur interdisant de faire cela, ils se tournent vers les seuls qui le leur permettent : les criminels. Peut-on vraiment croire qu’un adolescent jouant le guetteur pour des trafiquants de drogue, pour des revenus très inférieurs au SMIC et une ambiance de travail qui  est celle du crime, ne se tournerait pas vers une activité légale si cela ne lui était pas interdit ? Tous les délinquants ne le sont pas par vice, et l’Etat pousse ainsi vers la criminalité des individus qui pourraient travailler, et plus encore ne seraient probablement pas contre. Or la criminalité, problème en soi, est également l’antichambre de la recherche d’un sens de la vie, que de nombreux délinquants trouvent aujourd’hui dans le fondamentalisme religieux. Certes, on voit régulièrement des exemples de médecins ou d’ingénieurs musulmans apparemment bien intégrés à l’Occident que l’on découvre impliqués dans des organisations djihadistes radicales, mais ce n’est pas le gros des bataillons. Comme les SA hitlériennes jadis, les groupes violents se composent d’abord d’un lumpenprolétariat, de petits voyous qui ont cherché à donner un sens à leur délinquance en la transformant en combat politique. S’arrêter, comme le fait Zemmour, à une supposée nature violente de l’Islam, qu’il faudrait contraindre politiquement, c’est encore un réflexe étatiste. Si les fameux immigrés portuguais, italiens et polonais de jadis ne posaient pas de problème, c’était aussi parce qu’on ne leur interdisait pas de travailler.

             Je ne contesterai pas que l’Islam traverse une phase de son histoire où les extrémistes ont le vent en poupe, pour un tas de raisons historiques et conjoncturelles, mais l’ampleur du phénomène serait sans doute réduite si, pour la première fois dans l’histoire de l’immigration française, la législation du travail n’excluait pas depuis quarante ans la main d’œuvre non-qualifiée, dont l’utilité économique a toujours été la raison d’être de l’immigration pauvre. On peut discuter de la part réelle de ces facteurs dans le résultat observable, mais Zemmour ne les considère même pas, pour lui il n’y a que deux données : un Islam trop revendicatif, et un Etat trop permissif. Rien sur la crise de l’Etat-Providence, et encore moins sur la critique en soi de l’idée d’Etat-Providence. Pour Zemmour, les coupables des difficultés de l’Etat-Providence, ce sont les entreprises qui délocalisent et entraînent ainsi des dépenses sociales supplémentaires pour l’Etat ; c’est le vieil argument collectiviste : le beau projet collectiviste ne fonctionne pas parce que les patrons « ne jouent pas le jeu » (l’une des deux ou trois expressions politiciennes les plus agaçantes de l’Univers).  L’Etat-Providence est une bonne chose, point :  « De Gaulle renouait avec la tradition monarchique, catholique, de soutien des pauvres et d’organisation holiste de la société – que la IIIe République libérale avait abandonnée. » Le libéralisme de la IIIe ne le dérangeait pas quand il accouchait de la loi de 1881 ; cela dit, l’analyse sur l’attitude de De Gaulle est juste puisque, en faisant passer le socialisme à droite, il a restauré les structures étouffantes de l’Etat absolutiste d’Ancien Régime (voir mon article ici). Ce qui explique que nous soyons aujourd’hui dans une situation pré-révolutionnaire. Mais Zemmour, lui ne vit que dans la nostalgie. Comme Mélenchon, il fait partie du nouveau parti dévot de la République socialiste (voir également cet article), j’y reviendrai.

            On l’aura donc compris, le livre de Zemmour est loin d’être un livre « brillant ». Mais au-delà de ces quelques points que j’ai tenté de résumer de mon mieux, il est fascinant de constater à quel point cet ouvrage est une synthèse de certaines tendances politiques actuelles, susceptibles de nous conduire vers ce que j’ai récemment appelé le « nouveau boulangisme ».

Perspective : Zemmour et le paysage politique actuel

            Dans l’étatisme passéiste et réactionnaire d’Eric Zemmour on retrouve, de prime abord, une grande partie du socialisme droitier qu’est devenu le discours programmatique du Front National de Marine Le Pen.

            On y trouve, outre tout ce que j’ai déjà exposé, l’un des thèmes fondateurs du Front National, qui plonge ses racines, avec la carrière politique de Jean-Marie Le Pen, dans le mouvement poujadiste français : La grande distribution est intouchable. Inattaquable. Inatteignable. Indéboulonnable. Les gouvernements tremblent devant un coup de gueule télévisuel de Michel-Édouard Leclerc, ou une pression discrète des patrons de Carrefour ou de Casino. Les politiques défendent le « pouvoir d’achat » ; la grande distribution agit pour les « prix bas ». Les politiques luttent contre le chômage, en particulier des non-qualifiés ; la grande distribution aussi : 3 millions de salariés y travaillent (20 % des emplois privés). Ils créent entre 10 000 et 20 000 emplois par an. Et tant pis si trois emplois de proximité sont détruits pour un emploi créé dans la grande distribution ! Celle-ci a forgé un nouveau prolétariat à la Zola, en majorité féminin, taillable et corvéable à merci. ». Je ne doute pas de de ce que la puissance économique de la grande distribution lui donne une influence auprès des politiciens, matérialisée ou non par des petites enveloppes en papier craft bien garnies. Mais que d’inintelligence économique dans cette idée que la grande distribution détruit des emplois ! Décidément, la seule Pétition des marchands de chandelles de Bastiat réfute les trois quarts des assertions économiques de Zemmour. Mais plus spécifiquement, il faut voir que ces propos sur le combat des petits commerçants locaux et de la paysannerie contre  la grande distribution est une simple reprise des discours de Pierre Poujade dans les années 1950 et 1960. De ce fait, Zemmour est un authentique héritier du poujadisme.

            Mais plus intéressant encore, on remarque que certains de ses thèmes, en particulier l’immigration et l’indépendance vis-à-vis des États-Unis, le font se sentir très proches des communistes d’il y a trente ans, proximité à laquelle il donne l’imprimatur  gaullien, puisque De Gaulle s’allia avec les communistes par antiaméricanisme et antilibéralisme – Zemmour essaie de nous vendre qu’il le fit pour éviter la guerre civile, ce qui est la vulgate gaulliste habituelle. La ficelle est un peu grosse.

            Ainsi Zemmour tisse-t-il carrément des lauriers à … feu Georges Marchais, qualifié de « Dernier des gaullistes » : « Marchais tente une nouvelle fois, dans la veine colberto-gaulliste, d’utiliser l’État pour contenir les tentations internationalistes du patronat français qui conduiront à cette hémorragie de l’industrie française dont Giscard, trente ans plus tard, avouera n’avoir pas deviné la portée.  Les communistes, eux, ont bien compris que l’Europe faisait le lien entre l’otanisation de la France et la contreréforme libérale. » Une synthèse, comme aurait dit Audiard : du patron apatride, du colberto-gaullisme, des communistes, de l’anti-américanisme, de la « contreréforme libérale ».

            Mais Zemmour ne s’arrête pas là. Il est aussi nostalgique du temps où le Parti Communiste « tenait » les banlieues françaises, et y faisait régner l’ordre avant leur décomposition sous l’effet de l’immigration : « la banlieue est à l’époque tenue en main par le parti communiste qui, avec ses innombrables associations, crée et forge le lien social indispensable à ces populations, une Église matérialiste qui a son Saint-Siège à Moscou remplaçant une Église catholique en déclin. C’est ce monde-là que le capitalisme consumériste, les idéologies libertaires et l’immigration de masse s’apprêtent à détruire. » et « On ne sait pas – on ne saura peut-être jamais – si la lutte contre l’islam aux confins de l’Empire russe a conduit Georges Marchais à s’interroger en géostratège qu’il n’était pas, sur l’immersion soudaine de l’islam sur les rives de la Seine. En revanche, tous les élus des banlieues rouges alertaient depuis des mois leur secrétaire général des conséquences catastrophiques causées par l’arrivée brutale, mal préparée, d’innombrables familles maghrébines dans leurs cités. » L’Islam aurait donc détruit l’ordre communiste régnant sur les banlieues françaises, comme les barbares ont déferlé sur l’Empire romain. Ayant écrit un livre expliquant que les barbares ont détruit l’Empire précisément parce qu’il était déjà rongé par le socialisme, je ne contesterai pas la mécanique. Mais j’aurais tendance à incriminer le communisme, quand Zemmour s’en éprend.

            Et il s’en éprend au point de faire sa profession de foi marxiste : « Pourtant, la grille de lecture marxiste n’a jamais été aussi efficiente qu’en cette fin des années 1970 où un nouveau capitalisme mondialisé apparaît lentement dans les brumes de la fin des Trente Glorieuses et des crises du pétrole. Conformément aux intuitions de Marx, le capitalisme a entamé un nouveau cycle révolutionnaire – afin de rétablir une meilleure rentabilité du capital – qui passe par une contre-réforme sociale destinée à limiter et rogner les « acquis des travailleurs » depuis la Libération, sur fond de financiarisation et d’internationalisation des productions et des marchés » et surtout, perle d’entre les perles : « Là aussi, là encore, la grille de lecture marxiste donnait aux communistes l’intelligence de ce qui se passait sous leurs yeux. »

Et en effet, les résultats de cette analyse marxiste étaient d’une prodigieuse intelligence… : « Le 7 février 1981, le maire de Montigny-lès-Cormeilles, un certain Robert Hue, accusait une famille marocaine de vendre de la drogue à des enfants, et organisait une manifestation hostile sous ses fenêtres. »

           Zemmour admire cette « résistance à l’envahisseur » du Parti Communiste. Et ne prend plus aucune précaution dans son discours anticapitaliste : « Le capitalisme à l’ère informatisée redevient une jungle où règne la loi du plus fort, un monde hobbesien de la guerre de tous contre tous. Une violence de type féodal resurgit. L’économie informatisée ultracapitalistique redonne au capitalisme sa vocation meurtrière de pousse-au-crime, un système « qui porte la guerre comme la nuée porte l’orage », disait Jaurès ».

           Ce discours, c’est celui de l’électorat communiste traditionnel qui aujourd’hui se tourne vers Marine Le Pen. Le livre de Zemmour est donc pleinement représentatif de ce qui fait actuellement la dynamique du Front National, le cumul du vieux discours d’extrême-droite et la récupération d’une grande partie de l’électorat traditionnel d’extrême-gauche, en une tentative d’addition des extrêmes.

           Pour terminer, lisons ce passage, qui au fond ne m’a pas surpris : «  Cette défense farouche de l’autorité du pouvoir et de l’unité de la nation contre les effets délétères de l’individualisme des droits de l’homme a rassemblé les réactionnaires maurrassiens et les jacobins, marxistes-léninistes, ou républicains farouches qui reconnaissaient à Robespierre le mérite d’avoir sauvé « la patrie en danger »… C’est cette Histoire-là qu’on enseigna aux enfants jusqu’à la fin des années 1960 ; cette Histoire-là que la nouvelle historiographie autour de François Furet abattit peu à peu au nom des droits de l’homme et de l’individu, et de l’hostilité au nationalisme. » François Furet et les historiens ont commis le crime de dénigrer Robespierre ! Et ce par idéologie, bien sûr, pas question de voir dans le travail des historiens une recherche des faits historiques. Mais… cela ne nous rappelle-t-il pas ces cris d’orfraie de Jean-Luc Mélenchon et Alexis Corbière, poussés contre un jeu vidéo accusé de faire de la « propagande » contre le peuple ? La boucle est bouclée : Zemmour marxiste, Zemmour nostalgique de l’ordre communiste sur les banlieues françaises, et finalement Zemmour communiant avec « Méluche » dans une même dévotion à l’Incorruptible… comme dans la défense de Poutine, pour lequel s’est prononcé Mélenchon et que Zemmour a également déclaré « admirer », ce qui les rattache l’un et l’autre évidemment à ce large courant où se retrouvent les souverainistes radicaux issus de la droite comme les communistes qui, par antiaméricanisme,  ont conservé leur attachement au « parti russe » (ce dont j’ai parlé là). Alliance des collectivistes de tout bord que Guy Millière a désigné, fort justement, comme expression française d’une  « internationale néo-fasciste ».

            Zemmour fasciste, n’est-ce pas un peu fort ? Il est vrai que le personnage a malgré tout l’air sympathique et peu porté sur la violence, mais ce qui m’intéresse ici n’est pas l’individu, mais ce à quoi mènent les idées qu’il défend, et qui viennent de s’écouler à plusieurs centaines de milliers d’exemplaires en un mois. Zemmour mélange nationalisme, étatisme, culte de l’ordre social embrigadé dans le communisme, mépris répété des droits de l’homme et des droits individuels. C’est précisément le cocktail fasciste. Il n’y a pas un « danger Zemmour », il y a un danger fasciste, disons plutôt boulangiste pour exprimer sa profonde confusion idéologique, son caractère désorganisé et hasardeux. Ce danger n’a jamais existé durant les décennies où on cherchait à effrayer le peuple avec la montée du FN. Mais à force de crier au loup, à force de discours antilibéraux et de politiques désastreuses, nos gouvernants, et les médias qu’ils achètent à coups de subventions, ont bien remué le shaker et concocté contre eux-mêmes une émulsion très inquiétante. Et le livre d’Eric Zemmour est pratiquement une synthèse doctrinale de ce boulangisme qui s’annonce, réunissant les orphelins du Parti Communiste triomphant, les vieux gaullistes, les vieux poujadistes, et potentiellement, selon l’aggravation de la situation, tout ce qu’il y a d’antilibéral dans ce pays, c’est-à-dire beaucoup de monde dans une France où l’ensemble de l’échiquier politique est pénétré par les thèses socialistes. Avec Eric Zemmour, c’est carrément le passage du marxisme à l’extrême-droite qui est consacré. Le Suicide Français, c’est le monstrueux hybride entre le Front National et le Front de Gauche qui menace, aujourd’hui, de faire basculer notre pays. En considérant ce nouveau socialisme de droite, le titre du livre est moins un diagnostic qu’un programme.

* Philippe Fabry est l’auteur de Rome, du libéralisme au socialisme : Leçon antique pour notre temps. Éditions Jean-Cyrille Godefroy, 2014.

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19 Réponses

  1. Schalck

    Effectivement j’ai arrêté de lire son bouquin au bout d’une centaine de pages
    Déçu par Z qui n’a pas toujours pas compris que le problème était l’étatisme et pas le libéralisme (politique)
    Un ancien d’idées action

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  2. Marchenoir

    Critique nécessaire et pertinente dans l’ensemble, mais vous-même n’échappez pas à des préjugés symétriques non basés sur la réalité. Je prends cet exemple : « Peut-on vraiment croire qu’un adolescent jouant le guetteur pour des trafiquants de drogue, pour des revenus très inférieurs au SMIC et une ambiance de travail qui est celle du crime, ne se tournerait pas vers une activité légale si cela ne lui était pas interdit ? »

    Bien sûr qu’on peut le croire, puisque c’est ce qui se passe.

    Tout d’abord, il est abusif de prétendre qu’une activité légale est interdite à ces gens-là. On les entend toujours se plaindre qu’il n’y a pas de travail « pour eux » (sous-entendu : Noirs et Arabes), mais ils oublient toujours de préciser qu’il n’y en a pas non plus pour les adolescents français de souche de la Creuse, les diplômés blancs, ou les « vieux » de plus de 40 ans.

    Bien au contraire, il y a de nombreux emplois qui sont réservés aux Noirs et aux Arabes, par un mécanisme de discrimination positive semblable à celui qui existe aux Etats-Unis : ce sont, en général (mais pas toujours), des emplois où le recruteur est la puissance publique.

    Il y a quelques années, un salon de recrutement fut organisé spécialement à l’intention des jeunes « issus de l’immigration ». Avec tout le tambour étatique et institutionnel que l’on peut imaginer, la retape des « assoces », etc. De nombreux postes étaient effectivement offerts par de nombreux exposants. Fiasco total : personne n’est venu, et les rares visiteurs se traînaient avec la tenue racaille réglementaire, et l’attitude qui va avec.

    Ensuite, les revenus d’un trafiquant de drogue sont très largement supérieurs au SMIC. Certes pas pour les enfants qui débutent dans le « métier », mais s’ils y débutent, c’est précisément dans l’espoir, largement justifié, de gagner beaucoup plus que dans un métier légal.

    Combien de fois des professeurs ne se sont-il pas vu moquer ouvertement, en classe, par leurs élèves issus de l’immigration, pour leur salaire jugé misérable, bien inférieur à ce que procure le « bizness » ? N’avez-vous jamais donc vu des « immigrés ostensibles » de vingt ans au volant de voitures qu’un Français de souche respectueux de la loi ne peut espérer se payer qu’après 40 ans — si jamais il y arrive ?

    Enfin, vous partez du principe que l’ambiance de travail d’un milieu criminel est moins séduisante que celle d’une entreprise légale. Vous faites preuve d’une naïveté touchante : ça dépend pour qui ! Pour des personnes qui possèdent des inclinations criminelles — car une telle chose existe –, c’est le contraire !

    Vous écrivez cela au moment même où de nombreux jeunes quittent la France pour aller se battre en Syrie, où « l’ambiance de travail » consiste à torturer les prisonniers, à égorger des gens comme des cochons, et à se faire tuer soi-même ! .

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  3. Philippe Fabry

    Je ne fais pas montre de « préjugés symétriques ».

    Je confirme qu’une activité légale est interdite à nombre de ces gens-là, en ce sens tout simple qu’ils ne sont pas rentables au SMIC. Alors certes, par discrimination positive, vous en aurez un bon paquet qui seront embauchés, par les collectivités locales principalement (par clientélisme et/ou idéologie), mais cela ne signifie nullement qu’ils sont rentables puisque l’on est face à une dépense d’argent volé déconnecté de toute donnée de marché. Economiquement, il faut voir que les individus non rentables au SMIC qui sont cependant embauchés au SMIC le sont aux dépens de ceux qui sont totalement exclus du marché du travail.

    Ensuite, les jeunes de banlieue (disons à partir de 12-14 ans, l’âge auquel ils commencent à entrer dans la délinquance) sont évidemment sous le coup d’une intervention légale de travailler, liée à la scolarisation obligatoire.

    Il est évident que ces limitations s’appliquent aussi aux français de souche. Mais le fait est qu’il est moins facile de tomber dans les trafics dans la Creuse. Question d’environnement et d’opportunités. Dans ces endroits-là, on tombe plutôt dans la dépression et l’alcoolisme. Ce n’est guère mieux.

    Les revenus dans le milieu de la drogue peuvent effectivement être très importants… mais comme dans les activités légales, c’est le cas d’un très petit nombre de personnes (environ un millier en France). Les autres ont un revenu très bas : http://www.lefigaro.fr/actualites/2007/12/03/01001-20071203ARTFIG00304-ce-que-gagne-vraiment-un-dealer-de-cannabis.php

    Enfin, il n’est nullement étonnant que des jeunes issus de l’immigration et proches de la délinquance moquent les salaires minables de leurs enseignants : les trafiquants perçoivent des revenus intégralement nets. Si les enseignants touchaient leur salaire complet, leurs revenus auraient l’air beaucoup moins ridicule. Il y a donc là un biais de perception.

    Une précision à propos des belles voitures : en tant qu’avocat stagiaire, j’ai pu voir arriver, chez un collègue pénaliste, des Roms ne parlant même pas français et empestant la crasse descendre d’une Audi rutilante. Mon maître de sage me fit remarquer, à juste titre, que si comme eux nous ne dépensions pratiquement rien en logement et économisions chaque jour sur le savon, nous aurions assez rapidement de quoi nous acheter la même voiture.

    Pour finir, j’ai dit explicitement dans ma critique qu’il y avait bien des gens qui se tournent vers la délinquance par vice. Simplement ils ne représentent pas la totalité de la population criminelle, et il faut dénoncer ce fait que l’Etat-Providence actuel jette dans les bras de la criminalité plus d’individus que la seule frange de la populations qui a le goût du crime.

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  4. ARCHER

    A l’attention de Monsieur Philippe FABRY,

    J’ai le plaisir de partager nombre de vos vues, analyses et impressions sur ce livre.

    Pour ma part, j’ai repris mes notes sous deux formes : un texte rapide et un texte plus étoffé lié à l’Europe. Je soumets ceux-ci à votre lecture.

    Eric Zemmour : le slalom de la Peur
    http://lecercle.lesechos.fr/node/113657/

    Monsieur Zemmour et notre Europe
    http://jeanyvesarcher.blog.lemonde.fr/?p=476

    Bien cordialement,
    Jean-Yves ARCHER
    Economiste

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  5. Marchenoir

    @ Philippe Fabry

    Je suis libéral. Je suis par conséquent opposé à l’assistanat, et au caractère massivement incitatif qu’il exerce sur l’immigration de masse, légale et illégale.

    En fait, mettre fin à l’assistanat serait un excellent moyen d’assurer la remigration, sans mettre les gens dans des fours crématoires, contrairement à ce que suggèrent ceux qui prétendent « qu’ils sont là » et donc « qu’on ne peut pas les renvoyer ».

    Mais je suis aussi conservateur : je suis opposé à l’immigration de masse par principe, pas seulement pour des motifs économiques.

    Je connais l’étude que vous citez. Sa présentation (et vraisemblablement son contenu) sont scandaleusement partiaux. Ces gens-là cherchent à nous convaincre que le trafic de drogue n’est pas profitable. C’est une plaisanterie. Il y a un moment où il faut arrêter de couper les statistiques en douze pour leur faire dire ce qu’on veut, et écouter ce que disent les gens eux-mêmes.

    Les trafiquants de drogue clament à qui veut l’entendre qu’ils font ça parce que ça rapporte beaucoup sans se fatiguer. C’est donc qu’ils disent vrai. Il n’y a pas besoin « d’études » pilotées par des fonctionnaires socialistes pour nous expliquer que la réalité n’existe pas, que le crime ne paie pas mais que la prison, en revanche, génère le crime, et autres fadaises de gauche. En somme, c’est toujours la même histoire : le délinquant n’y est pour rien, c’est la faute à la société (et au capitalisme).

    Une relecture rapide de l’article du Figaro (Le Figaro !…) suffit à m’apprendre que les auteurs de l’étude ont négligé un facteur que tous les policiers et les élus locaux connaissent : les trafiquants de drogue redistribuent massivement leurs gains au sein de leur cité. D’innombrables familles vivent des gains du trafic, et celles-là n’ont évidemment aucun intérêt à ce qu’il s’arrête.

    C’est un secret de polichinelle que les autorités tolèrent dans une certaine mesure l’économie criminelle, par crainte d’émeutes immigrées dans le cas où le robinet serait coupé.

    Donc même si la prétendue conclusion de l’étude, selon laquelle une « infime minorité » de trafiquants de drogue gagneraient bien leur vie (ça ne vous rappelle rien ?) –- même si cette conclusion était vraie, cela ne voudrait rien dire : nos sociologues de gauche (pléonasme) ne tiennent aucun compte de tous ceux qui touchent l’argent de la drogue, sans être recensés comme trafiquants -– et par définition, des chiffres relatifs à une activité clandestine et impunie sont largement sujets à caution.

    Vous me dites que si les professeurs touchaient leur salaire complet, leurs élèves musulmans ne se paieraient pas leur tête en public en leur disant que leurs « grands frères » gagnent infiniment plus qu’eux : c’est une plaisanterie.

    Je suis moi aussi pour le salaire complet et la mise en concurrence de la Sécurité sociale, mais penser que des enfants dotés d’une pareille mentalité changeraient d’avis sous prétexte que leurs profs gagneraient, allez, deux fois plus à tout casser, c’est vraiment être totalement détaché de la réalité.

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  6. Marchenoir

    Votre maître de stage est, excusez-moi, un menteur. Je n’ai aucune patience pour les gens qui travestissent la vérité et n’ai pas pour habitude de m’embarrasser de circonlocutions.

    Prétendre que vos Roms ont pu s’acheter leurs belles voitures en économisant sur le savon, c’est véritablement se moquer du monde. C’est aussi insulter ceux qui sont forcés d’économiser sur le savon, respectent la loi, et ont du mal à acheter de quoi manger avant la fin du mois –- ne parlons pas de voitures.

    Si les clients de votre avocat peuvent se payer ce luxe ostentatoire, ce n’est évidemment ni en économisant sur le savon, ni en économisant sur le logement (bien que ce dernier point compte, évidemment), mais parce qu’ils vivent du vol systématique, de la mendicité et de l’exploitation de la mendicité – et ce depuis des siècles, pour ne pas dire des millénaires. Voilà la vérité.

    Que votre maître de stage touche l’argent sale des Roms qu’il défend -– c’est son métier, et il faut bien des avocats pour défendre des gens qui sont, par définition, des délinquants –, mais qu’il ne vienne pas, en plus, polir son confort moral à nos dépens en suggérant que nous, à leur place, on ferait pareil.

    Il est des saloperies rhétoriques qui devraient être réservées aux prétoires.

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  7. Philippe+Fabry

    Je vous prie de ne pas traiter mon maître de stage de menteur, et ce d’autant moins que ce n’étaient pas ses clients mais ceux d’un confrère.

    Je comprends que vous pensiez que le calcul était sans doute exagéré, mais il ne faut certainement pas négliger le fait que vivre entièrement « au noir » fait faire des économies qui, par définition, existeraient en l’absence de l’Etat-Providence. Ce n’est donc pas entièrement probant, mais cela donne une idée.

    Le fait que les caïds redistribuent une partie de ce qu’ils gagnent et que cela soit toléré par l’Etat ne change rien. Au contraire, on reste dans le modèle de l’Etat providence, dans lequel celui-ci, comme dit Rothbard, protège le monopole des cartels de la drogue et les tolère car ils suppléent aux limites de ses propres capacités redistributrices.

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  8. Isabelle

    Enfin une analyse de qualité sur le phénomène Zeymour, que j’ai été invitée à entendre…. Par un ancien libéral!

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  9. François Delpla

    « Là aussi, là encore, la grille de lecture marxiste donnait aux communistes l’intelligence de ce qui se passait sous leurs yeux. »

    Et en effet, les résultats de cette analyse marxiste étaient d’une prodigieuse intelligence… : « Le 7 février 1981, le maire de Montigny-lès-Cormeilles, un certain Robert Hue, accusait une famille marocaine de vendre de la drogue à des enfants, et organisait une manifestation hostile sous ses fenêtres. »

    Zemmour admire cette « résistance à l’envahisseur » du Parti Communiste.
    (…)
    Ce discours, c’est celui de l’électorat communiste traditionnel qui aujourd’hui se tourne vers Marine Le Pen.
    ******************************************************************

    Il se trouve que j’habite à Montigny depuis 2006 : je n’ai donc subi que deux ans et demi la dictature de Hue. Présentement, je sors du Salon du polar : un plus beau fleuron que la triste affaire que vous citez (et qui semble n’avoir laissé aucune trace); le goût de lire et d’écrire des histoires policières est un facteur d’intégration des populations d’origine diverses, dont tire parti dans la commune une grand nombre d’enseignants du primaire et du secondaire pour enseigner le français, les institutions, l’art du récit…
    Zemmour, que j’ai beaucoup critiqué par ailleurs http://www.herodote.net/Vichy_l_eleve_Zemmour_peut_mieux_faire_-article-1478.php , a en partie raison sur l’utilité sociale des municipalités à direction communiste et les conséquences fâcheuses de leur effacement.

    Et vous, vous avez tort de réduire le phénomène à cette embardée sécuritaire de 1981.

    NB : le FN obtient à Montigny des scores conformes à ses moyennes nationales, ni plus ni moins.

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  10. BEOTIEN

    A l’auteur de l’article à qui je ne serai jamais assez reconnaissant d’avoir épargné à ma dyslexie une lecture aussi oiseuse que l’usuelle logorrhée anxiogène de son auteur.

    Mais, pourquoi répondre à un fatras intellectuellement indéfendable par tant d’idées, souvent juste au cas par cas, mais dont l’ensemble n’est, in fine, que rideau de fumée d’éthiquement indéfendable.

    Pas qu’il y ait à contester l’incohérence de l’anxiété brouillonne d’un Zemmour. Mais y répondre en niant ce qu’il contient d’incontestable au nom de la défense du droit des loups à se régaler de tendre côtelettes est soit aveuglement, soit malhonnêteté éhontée.

    Poujadisme, boulangisme… pourquoi pas. Mais quid du désespoir qui les fonde ? Silence radio !

    Un seul exemple, parce qu’emblématique du produit de la concentration capitalistique, donc du pouvoir de toujours plus dominants sur de toujours plus dominés. Simple retour à l’ordre né du néolithique, cette confiscation des terres par les brutes au détriment de qui l’étaient moins. Ordre perturbé à la marge par quelques révolutions, à l’échelle de l’Histoire simples jacqueries dont le fruit aussi temporaire que relatif ne fut que menu rééquilibrage du rapport de force à l’occasion des massacres subis par les dominés au service des intérêts de leurs maîtres. Démographie, excès d’écœurement et nécessité de reconstruire obligent,

    L’exemple : la grande distribution. Telle que l’oligarchie financière au niveau international sur l’ensemble du tissus économique, elle détruit celui, local, qui assurait échange de marchandises, services et revenus depuis toujours source et produit de la cohésion des villes et villages qui, depuis n’ont cessé de se déliter. Certes pas sans apport de bénéfices souhaités par ceux qui en ont été séduits. Mais dans le quasi complet mépris du rapport coût/bénéfice à long terme pour le bien commun. Ce dont se contrefichent évidemment ceux dont la créativité les ont permis pour leur plus grand profit. A grand renfort « d’enveloppe kraft », chaque fois que nécessaire. Au nom d’un libéralisme qui se résume au droit auto-octroyé de prendre la liberté de contourner le Droit destiné à protéger la liberté d’autrui.

    Être libertaire n’est éthiquement soutenable que si la liberté revendiquée est celle du chasseur-cueilleur économe de la ressource commune. Tel qu’il fut par impuissance à mieux faire. Tel que nous devons tous redevenir par conscience de le rareté d’icelle. La survie de l’espèce accompagnée de la liberté accordée à chacun de pouvoir exprimer l’optimum de ses potentialités ne se pourra que sous conditions que si celle-ci ne nuit point aux autres.

    Truisme irréaliste aussi longtemps que ladite espèce ne pouvait contrôler sa démographie. Mieux que réaliste, prosaïque maintenant qu’elle le peut. Ne lui manque plus que de réaliser que le choix n’est pas entre libéralisme et dirigisme (ou ce que les « tout pour ma gueule » qualifient avec mépris de socialisme sans voir qu’il ne s’agit que de l’humanisme élémentaire tentant de mettre du Droit en lieu et place du sang).

    Et je ne dis pas que ce soit simple. Ni qu’il ne faille y consentir moult effort pédagogique. A commencer pour convaincre que remplacer le modèle de production agricole capitalistique actuel par celui respectueux de la ressource permettrait d’éliminer la famine tout en résorbant CO2 excédentaire et… chômage ! Et de quelques autres savoirs propres à saper l’idéologie libérale, et laisser place à bien plus de libertés pour tous. Bref, laisser une bonne fois pour toute l’esprit des lumières nous débarrasser de l’obscurantisme féodal des assoiffés de pouvoir. Pas changer l’Homme, juste le faire revenir à ce qu’il était avant qu’il ne commence à s’entretuer.

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  11. BEOTIEN

    On ne peut qu’adhérer à cette belle démonstration de réalisme. Dommage qu’elle ne reste qu’à la surface des choses. Ne s’interroge pas sur ce que sont les sources de ces activités criminelles, source de la demande, source de l’offre, source du Droit qui les qualifient telles, source des manquements à son application qui achète la paix de court terme au prix de la gangrène….

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  12. petit-saconnex

    Eric Dupin dans un de ses posts de Slate a mentionné votre très remarquable article. Vous avez fait ce qu’il fallait faire : lire et discuter le livre de Zemmour. C’est aussi ce que devrait faire Eric Zemmour . Enquêter sérieusement sur les » cités » et l’intégration des migrants. Il constaterait que la situations plus complexe qu’il ne le prétend

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  13. Le suicide français : Zemmour a la corde au cou ! | HANDANSE

    […] Dans son ouvrage, M. Zemmour plaide pour un retour au protectionnisme, critique l’euro, l’Europe, et évoque les dangers de l’immigration. En ce qui concerne le fond de l’essai et les idées véhiculées, il faudrait un papier doublement plus grand que le pamphlet en lui même pour donner un avis dessus. Je laisse la chance à tout un chacun de se faire sa propre opinion, néanmoins, je vous invite à avoir plus d’informations sur cette question sur le site l’insitut Coppet. […]

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  14. Demain

    Un mot à Monsieur Philippe FABRY : vous êtes libéral, dites-vous et, dans la foulée, vous … ne permettez pas à un contradicteur de traiter votre maître de stage de menteur ! Un libéral qui ne permet pas : belle oxymore … Cela dit, votre maître de stage n’est pas un menteur, mais un escroc de la pensée. Affirmer qu’économiser sur le savon et le logement permettrait d’acheter une voiture de grand luxe, c’est oublier qu’un nombre croissant de nos concitoyens économisent bel et bien sur le savon et le logement, parce que leurs ressources ne leur permettent pas de faire autrement. Ces concitoyens, actuellement acculés à la pauvreté (à la misère pour certains) par le libéralisme dévoyé, cupide, agressif, arrogant, belliciste et barbare que vous représentez sans honte et sans complexe, ne s’achètent donc pas de voitures de luxe parce qu’ils n’en ont tout simplement pas les moyens, économies de savon ou pas, et qu’il leur reste la seule dignité de respecter une Loi pourtant devenue bien injuste sous la férule des gens que vous, Monsieur FABRY, portez aux nues.
    Alors oui, votre maître de stage est un tantinet frauduleux et spécieux dans ses affirmations : il résume un peu vite et occulte le fond au profit d’un « bon mot ».
    Je viens maintenant aux écrits d’Eric ZEMMOUR.
    Je fais partie de ceux, rares selon vous (comment savez-vous çà?), qui l’ont lu jusqu’au bout, et … sans ennui. Sa connaissance de l’Histoire est indéniable. L’interprétation qu’il en fait, pouvant évidemment être sujette à discussion selon sa condition et son niveau de savoir, m’a séduit. Les raccourcis saisissants qu’il fait entre évènements d’époques diverses, personnages historiques et acteurs de notre temps manquent parfois de subtilité, et parfois, plus d’explications auraient été nécessaires.
    Mais, Eric ZEMMOUR n’a pas écrit une thèse. Sinon ce n’est pas de 500 pages dont il aurait eu besoin, mais de plusieurs milliers tant les thèmes abordés sont nombreux et divers.
    De plus, Eric ZEMMOUR ne se pose pas en « expert » tel qu’on en voit tous les jours sur les chaînes télévisées, venant nous faire la leçon avec condescendance, avec des raisonnements abscons, et en démontrant, au passage, combien ils sont éloignés de la réalité de millions de Français, déconnectés du peuple, confits dans leurs certitudes de petits nantis, complices volontaires et lèche-bottes d’une mafia politique, médiatique et financière dont la seule aspiration (criminelle) est de drainer tout le profit à son exclusif avantage.
    Eric ZEMMOUR, à sa manière un peu « brute de décoffrage » a le mérite d’exposer les raisons de la situation calamiteuse dans laquelle se trouve aujourd’hui la France et l’immense majorité des Français. Il décille, s’il en était encore besoin (pour preuve, l’abstentionnisme galopant de la dernière décennie), les yeux de ses lecteurs, il presse le doigt là « où ça fait mal », il montre « l’élite » française auto-proclamée sous ses vrais atours : esprit de caste, cupidité, entassement des richesses matérielles jusqu’à l’orgie, mépris aristocratique de la plèbe (comme au temps des Romains), complexe exacerbé de supériorité, etc. En clair, Eric ZEMMOUR nous fait voir ce que sont les libéraux … libérés : de grands fauves, uniquement soumis à leurs plus bas instincts.
    Et surtout, Eric ZEMMOUR synthétise avec justesse et précision l’ensemble des causes qui nous amènent inévitablement et inexorablement à la vengeance d’un peuple cocufié, avili, appauvri, et marginalisé par une poignée de salopards de tous bords politiques au service d’une secte de financiers cosmopolites et des-humanisé.
    L’immigration incontrôlée (et devenue incontrôlable) dont nous sommes tous (immigrés compris) les victimes aujourd’hui a été un cheval de Troie introduit par nos chères élites pour casser la cohésion du peuple, pour dresser les uns contre les autres, pour démolir consciencieusement et méticuleusement tous les apports civilisationnels de plus de mille ans de royauté et d’une Révolution qui n’a pas, n’en déplaise à cette caste, dit son dernier mot.
    Pour ma part, je suis convaincu de la réalité de l’effet de balancier (l’Histoire du Monde en général, et de la France, en particulier, en est prodigue), et il me semble que le pendule a désormais atteint son apogée. Il ne tient plus en l’air que par la force d’inertie. Celle-ci n’est pas éternelle (physique basique) et le pendule ira rechercher sa position d’équilibre, non sans avoir, ce qui est normal, dépassé celle-ci vers des excès identiques à ceux d’aujourd’hui.
    Est-il encore possible de refonder le Contrat social pour éviter les temps de violence qui se préparent ? Ce le serait à condition que la classe dominante soit capable d’humilité. On en est loin tant prévalent chez elle l’aveuglement, voire l’autisme, la logique du « tout maintenant et tout de suite, et après moi le déluge », le racisme de classe. A cet égard, d’ailleurs, plus les libéraux s’évertuent à nous prouver que la lutte des classes est dépassée et qu’elle fait partie des vieilles lunes marxistes, plus leurs (mauvaises) actions la remettent au goût du jour.
    Ma conclusion : Ah ça ira, ça ira, ça ira …

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