Les vicissitudes de la loi de Say, par Stéphane Mozejka

La loi des débouchés est l’une des théories les plus fameuses de Jean-Baptiste Say. Dans cet article, Stéphane Mozejka revient sur la signification, la portée et le destin de cette « loi de Say ».


Les vicissitudes de la loi de Say

par Stéphane Mozejka

Jean-Baptiste Say est surtout connu pour la loi des débouchés, aussi appelée loi de Say, ou loi des marchés. Ce qui est un peu injuste car son œuvre est bien plus vaste. Il a notamment mis à l’honneur l’entrepreneur, qui est d’ailleurs lié à la loi de Say. Mais cette loi a largement échappé à celui qui l’a énoncée. Depuis le début du 19ème siècle, elle a connu de multiples utilisations et interprétations. Ces évolutions sont liées à la manière d’appréhender l’économie depuis l’époque de Say.

Steven Kates, dans son ouvrage Say’s law and the keynesian revolution[1], décrit les interprétations de la loi de Say.  Son titre indique que Keynes est pour quelque chose dans cette évolution. Le sous-titre, How macroeconomic lost its way souligne que cette évolution n’a pas forcément été dans le bon sens. Keynes a fait de la réfutation de la loi de Say la base de sa théorie, mais en la dénaturant complètement.

Cependant, Keynes n’est pas le seul responsable des différentes interprétations de la loi de Say. Le passage d’une économie en tant que science humaine à une économie mathématique est aussi en cause. La loi de Say a été interprétée pour entrer dans le carcan de la mathématisation, alors qu’elle n’avait pas été pensée dans ce contexte.

La loi des débouchés chez les classiques.

La loi des débouchés.

La loi des débouchée correspond au chapitre intitulé Des débouchés du Traité d’économie politique de Jean-Baptiste Say. Cet ouvrage a été écrit et réécrit au cours du premier tiers du 19 ème siècle. L’auteur n’y énonce pas une loi. Il y pourfend une croyance des marchands : si les produits ne se vendent pas, c’est que l’argent est rare. Say répond que les produits s’échangent contre des produits. Ou des services, car, de façon très moderne pour son époque, Say considérait aussi l’échange de services. La dynamique de l’économie, c’est l’échange. Chacun produit quelque chose à échanger. Plus il y a « d’échangeurs », plus il y a d’activité. L’argent n’est qu’un intermédiaire. D’ailleurs, l’argent, sous forme d’or ou d’argent, est une marchandise. Say en veut pour preuve le dynamisme des cités qui comportent de nombreux artisans et marchands. Ce n’est pas l’argent qui crée l’activité, mais l’industrie de chacun.

« Les entrepreneurs de diverses branches d’industrie ont coutume de dire que la difficulté n’est pas de produire mais de vendre ; qu’on produirait toujours assez de marchandises, si l’on pouvait facilement en trouver le débit. Lorsque le placement de leurs produits est lent, pénible, peu avantageux, ils disent que l’argent est rare (…).

L’homme dont l’industrie s’applique à donner de la valeur aux choses en leur créant un usage quelconque, ne peut espérer que cette valeur sera appréciée et payée que là où d’autres hommes auront les moyens d’en faire l’acquisition. Ces moyens, en quoi consistent-ils ? En d’autres valeurs, d’autres produits, fruits de leur industrie, de leurs capitaux, de leurs terres : d’où il résulte, quoiqu’au premier aperçu cela semble un paradoxe, que c’est la production qui ouvre des débouchés aux produits. »[2]

Cette loi des débouchés est liée à une théorie de l’entrepreneur. Comme le souligne Murray Rothbard[3], ou encore Gérard Minart[4],contrairement aux économistes anglais, Jean-Baptiste Say, dans la lignée notamment de Richard Cantillon, met l’entrepreneur à l’honneur. La dynamique de l’économie est celle de l’entrepreneur et de l’échange. C’est l’entrepreneur qui permet la production qui est échangée.

Chez les classiques

La loi des débouchés s’inscrit dans la théorie économique de son époque, la théorie classique. Ainsi, Steven Kates souligne que la paternité de la loi des débouchés pourrait être attribuée aussi bien à Jean-Baptiste Say qu’à James Mill. En effet, il y a eu interaction entre les deux auteurs. Say publiant une première version de son traité en 1803, Mill approfondissant l’analyse en 1807 dans son Commerce defended. Puis Say modifiant son traité à la lumière de l’analyse de Mill. Au final, c’est le nom de Say qui a été retenu, et Steven Kates, de l’université de Melbourne n’y trouve rien à redire. A l’époque, on ne parle pas de loi de Say d’ailleurs. Mais de la loi des débouchés côté français, et de la loi des marchés côté anglais.

La loi des débouchés  a ainsi  été un argument, après le décès de son auteur, dans le débat sur la possibilité d’une crise de surproduction généralisée. Malthus, par exemple, défendait l’idée que l’économie pourrait être en crise car aucun produit ne trouverait de débouchés en quantité suffisante. La loi des débouchés était utilisée comme argument contre cette idée. Même si ce n’est pas dans ce but qu ‘elle a été énoncée. C’est l’idée que la dynamique de l’économie dépend de ce que proposent les producteurs.

Une théorie du cycle économique

Steven Kates montre que la loi des débouchés permet également d’expliquer les crises économiques. Celles-ci se produisent quand les producteurs se trompent. Ils produisent des produits qui ne trouvent pas preneur. Si les produits ne trouvent pas preneur, il n’y a pas échange, donc crise. La crise peut s’étendre à toute l’économie par un effet domino. Mais ce n’est pas une crise de surproduction. C’est une inadéquation dans la structure de l’offre et la demande. Dans la loi des débouchés, il n’y a pas d’un côté l’offre et de l’autre la demande. C’est la confrontation entre les deux. Là encore, il s’agit de la thèse classique, défendu aussi par Ricardo par exemple.

Pour Ludwig von Mises, figure centrale de l’école autrichienne, dont Hayek est le membre le plus connu, la loi de Say est plus un préliminaire à la théorie économique qu’une véritable loi. C’est la réfutation des anciennes croyances. Pour Mises, cette loi des débouchés est ainsi presque une évidence.

« Maintenant, il est important de réaliser que ce qui est appelé la loi de Say était en premier lieu conçu comme une réfutation de théories populairement tenues dans les temps précédant l’économie comme une branche du savoir humain. Ce n’était pas une partie intégrante de la nouvelle science économique telle qu’elle était élaborée par les économistes classiques. »

Pour Mises, les gouvernements ont toujours tendance à utiliser la dépense publique pour relancer l’économie. Les économistes sont ceux qui les rappellent à l’ordre, en expliquant que cela ne sert à rien. Mises, et Hayek, ont développé la théorie autrichienne des cycles. Selon celle-ci, les crises sont dues à la création monétaire. Une création monétaire excessive entraîne de mauvaises décisions chez les entrepreneurs. Ceux-ci font des malinvestissements. Ce qui entraîne des crises.

Ce raisonnement, dont les prémices remontent à Ricardo selon Murray Rothbard, a quelque parenté avec celui de la loi des débouchés, selon lequel les crises s’explique par une inadéquation entre l’offre et la demande. Ce qui montre que l’école autrichienne est proche du raisonnement de Say. D’ailleurs, Rothbard considère que l’école française d ‘économie est comme une proto économie autrichienne. Ceci pour souligner que Mises ne dénigre pas la loi des débouchés. Il la considère comme un truisme pour un économiste.

Les évolutions de la loi de Say

La réfutation keynésienne.

La loi des débouchés, ou loi des marchés en anglais, était tombée quasiment dans l’oubli au début du 20ème siècle, selon Steven Kates. Elle était intégrée au corpus économique. C’est cependant à cette époque qu’elle aurait pris le nom de loi de Say chez les auteurs anglophones. Steven Kates accorde cette paternité à Fred Taylor (1855-1932) :

« La première utilisation de l’expression « Loi de Say » est trouvée dans un article de 1909 sur « Teaching elementary economics  » publié dans le Journal of political economy. »

La loi de Say a en fait été remis à l’honneur par John Maynard Keynes. Sa théorie de la relance, dans son livre Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie[5], est en effet basée explicitement sur la réfutation de la loi de Say. Keynes élabore une théorie totalement contraire à la loi de say. Selon lui, les crises sont dues à un déficit de demande. Il faut donc stimuler la demande pour relancer l’économie.

Selon Mises, ou Robert Lucas, la théorie keynésienne ne sert qu’à justifier a posteriori les politiques des gouvernements, qui ont tendance à utiliser la dépense publique en temps de crise. Mais l’ouvrage de Keynes n’est paru qu’en 1936, après les premières politiques de relances.

 Cependant, dans sa réfutation de la loi de Say, Keynes dénature totalement celle-ci. Keynes écrit :

« Depuis JB Say et Ricardo les économistes classiques ont cru que l’offre crée sa propre demande (…). »[6]

L’idée exprimée par Keynes est que les économistes classiques (et néoclassiques, Keynes englobant les deux courants sous le terme classique), sont incapables d’expliquer les crises. Pour eux, le chômage involontaire est impossible. L’économie ne peut être qu’en situation de plein emploi. La raison est leur croyance en la loi de Say. Et, selon cette loi, l’offre crée sa propre demande.

Il y a deux erreurs dans cette explication. La loi de Say n’a jamais signifié que l’offre créait sa propre demande. Elle énonce que les produits s’échangent contre des produits. Il n’y a pas une offre globale qui est envisagée, qui s’échangerait contre une demande globale. La loi de Say constate que la dynamique de l’économie vient de l’échange. Elle considère ce processus d’échange. Et, ce qui permet ce processus, c’est que chacun apporte quelque chose à échanger. Pas que l’offre crée sa propre demande.

Ajoutons que la loi des débouchés est couplé chez Say à une théorie de l’entrepreneur. Sans lui, pas de production, pas de débouchés. L’entrepreneur est totalement absent chez Keynes.

Ensuite, que les classiques n’envisageaient pas les crises est une autre erreur de Keynes. Non seulement ils envisageaient les crises, mais la loi de Say était utilisée pour les expliquer. Les crises peuvent survenir quand les producteurs se trompent, et mettent sur le marché des produits qui ne trouvent pas preneur. Si les produits ne s’échangent pas, il y a crise.

Selon Steven Kates, c’est la découverte des écrits de Malthus qui a inspiré Keynes. Ce dernier s’en réfère d’ailleurs explicitement.

« Dans l’Economie ricardienne, qui est à la base de tout ce qui a été enseigné depuis plus d’un siècle, l’idée qu’on a le droit de négliger la fonction de demande globale est fondamentale. A vrai dire, la thèse de Ricardo que la demande effective ne peut être insuffisante avait été vivement combattue par Malthus, mais sans succès. Car faute d’expliquer (si ce n’est par les faits d’observation courante) comment et pourquoi la demande effective pouvait être insuffisante, Malthus n’est pas parvenu à fournir une thèse capable de remplacer celle qu’il attaquait ; et Ricardo conquit l’Angleterre aussi complètement que la Sainte Inquisition l’Espagne. »

Paradoxalement, Keynes a plus fait que n’importe qui pour la réputation de Say. La loi des débouchés, connue sous l’expression loi des marchés Au Royaume-Uni, devient officiellement la lopi de Say. Mais cette loi est connue sous une forme totalement dénaturée et fausse. On pourrait presque penser à une perfidie d’Albion!

Or, Keynes a profondément influencé la compréhension de la loi de Say. Après lui, plus personne ne l’a pensée dans son aspect original. D’ailleurs, on distingue aujourd’hui les économistes de l’offre, et ceux de la demande, preuve parmi d’autres de l’influence de Keynes. On peut citer, comme exemple, cet extrait d’un manuel de macroéconomie, paru en 2006 :

« La loi des débouchés, ou comme on la nomme dans la littérature de langue anglaise, la loi de Say (car on doit à l’économiste français Jean-Baptiste Say de l’avoir pour la première fois formulée de manière explicite et d’en avoir fait un principe essentiel de l’école classique), affirme, en fait plus qu’elle ne démontre, que toute production trouve nécessairement une demande qui lui est équivalente (…) »[7]

Kates cite aussi Thomas Sowell, auteur d’un des principaux ouvrages sur la loi de Say, La loi de Say, une analyse historique, qui adopte la présentation de Keynes de l’offre qui crée sa propre demande. Alors même que Sowell est critique vis-à-vis de Keynes.

La mathématisation de la science économie.

L’interprétation de la loi de Say est influencée par Keynes, mais aussi par par d’autres évolutions de la théorie économique. Notamment par la mathématisation de l’économie. Un exemple d’une nouvelle interprétation de la loi de Say cité par Steven Kates est celle de Becker et Baumol :

« Becker et Baumol commencent par faire trois distinctions : entre la « loi de Walras », « l’identité de Say » et « l’égalité de Say ». La loi de Walras stipule que la valeur total de tous les biens et services demandés (monnaie incluse) est identiquement égale à la valeur total de tous les biens et services offerts (à nouveau en incluant la monnaie). L’identité de Say est définie d’une manière équivalente à ce que Lange et Patinkin faisait référence en tant que loi de Say. C’est la proposition que la demande totale de monnaie pour les biens et les services est identiquement égale à la valeur en monnaie du total de l’offre de biens et services. Finalement, l’égalité de Say est définie par la proposition que « l’offre créera sa propre demande » non en dépit de l’évolution du niveau des prix mais en raison de celle-ci. Le processus est décrit par Becker et Baumol ainsi :

Un excès d’offre de biens, obtenu en perturbant l’équilibre du marché par une réduction de cash, provoquera une baisse du niveau général des prix jusqu’au point où l’excès de demande pour la monnaie est éliminée, puisque le niveau des prix baissera tant que et seulement tant qu’il y a une demande en excès pour (l’insuffisance offre de) cash. »

Ce que l’on remarque dans cette interprétation de la loi de Say c’est à la fois l’influence kyenésienne et la volonté de faire rentrer cette loi dans le paradigme d’équilibre. C’est-à-dire dans des égalités mathématiques.

Or, Say considérait l’économie comme une science humaine.

« L’économie politique, de même que les sciences exactes, se compose d’un petit nombre de principes fondamentaux et d’un grand nombre de corollaires, ou déductions de ces principes. Ce qu’il y a d’important pour les progrès de la science, c’est que les principes découlent naturellementd de l’observation ; chaque auteur multiplie ensuite ou réduit à son gré le nombre des conséquences, suivant le but qu’il se propose. Celui sui voudrait montrer toutes les conséquences, donner toutes les explications, ferait un ouvrage colossal et nécessairement incomplet.

Et même, toute cette science sera perfectionnée et répandue, et moins on aura de conséquences à tirer, parce qu’elles sauteront aux yeux ; tout le monde sera en état de les trouver soi même et d’en faire des applications. Un Traité d’économie politique se réduira alors à un petit nombre de principes, qu’on n’aura pas même besoin d’appuyer depreuves, parce qu’ils ne seront que l’énoncé de ce que tout le monde saura, arrangé dans un ordre convenable pour en saisir l’ensemble et les rapports.

Mais ce serait vainement qu’on s’imaginerait donner plus de précision et une marche plus sûre à cette science, en appliquant à la solution de ses problèmes. »[8]

 Après lui est venue la mathématisation de l’économie. D’abord avec les néoclassique. Ceux-ci partaient de l’individu, et aboutissaient, avec Walras, à un équilibre général. C’est-à-dire une égalité mathématique. A la suite de Keynes, les économistes ne partent plus de l’individu, mais directement du niveau macroéconomique. Cependant, ils reprennent les outils mathématiques des néoclassiques, et raisonnent en termes d’équilibre. Becker et Baumol montrent que les économistes veulent faire rentrer la loi de Say dans les nouveaux paradigmes, sans même essayer de savoir si elle est compatible avec ceux-ci. Au lieu de s’interroger sur les faits, et de modifier la théorie en fonction de ceux-ci, on les triture pour les faire rentrer dans la théorie.

On notera aussi que cette interprétation de la loi de Say n’est pas liée à une théorie de l’entrepreneur. Pourtant, celle-ci est partie intégrante du traité d’économie de Say, et donc liée à la loi de Say. Mais l’économie mathématisée n’inclut pas l’entrepreneur.

Une autre interprétation de la loi de Say peut être citée. Comme Jean-Marc Daniel dans 3 controverses de la pensées économique. Jean-Marc Daniel écrit :

« C’est l’offre qui, par le biais des revenus distribués, crée une demande. »

Il faut reconnaître sur Say n’est pas très précis dans son Traité d’économie politique. Cependant, il dit clairement, que ce n’est pas le manque d’argent qui explique les crises. Jean-Marc Daniel insiste sur la circulation monétaire. Il est facile de détourner cette explication en disant qu’il suffit d’introduire de la monnaie pour relancer l’économie. Or, telle n’est pas la loi de Say. Say considère que les entrepreneurs sont les moteurs de l’économie, et qu’ils échangent de produits. La théorie de l’entrepreneur est indissociable de la loi de Say. La monnaie est une marchandise intermédiaire, et même pas indispensable :

« Quand  l’argent vient à manquer à la masse des affaires , on y supplée aisément , et la nécessité d’y suppléer est une indication d’une circonstance bien favorable : elle une preuve qu’il y a une grande quantité de valeurs produites, avec lesquelles on désire se procurer une grande quantité d’autres valeurs. »

Avec la mathématisation de l’économie, on peut facilement croire qu’il suffit d’injecter de l’argent pour créer de la demande: c’est une égalité mathématique. Ce qui ignore totalement le rôle de l’entrepreneur, qui devient externe à la théorie économique, alors que ce rôle est internalisé dans le traité de Say.

Ce n’est pas un hasard si l’école autrichienne d’économie soit la plus proche de Jean-Baptiste Say. Elle considère l’économie comme une science humaine. Elle l’intègre dans la praxéologie, la science de l’action humaine. Et l’entrepreneur a un rôle central dans la théorie autrichienne.

Conclusion

La loi des débouchés a ainsi connu de nombreuses vicissitudes. Say n’a d’ailleurs jamais formulé de loi, rappelons le. C’est peut-être Mises qui a raison en écrivant qu’il s’agit juste de la réfutation d’anciennes croyances en économie. Mais la loi de Say est devenue symbolique avec Keynes, qui a basé sa Théorie générale sur sa réfutation. Il lui a donné la célébrité, son nom de loi de Say, tout en la dénaturant.

Mais le changement d’approche de la science économique a aussi changé l’interprétation de la loi de Say. Le raisonnement en termes d’égalité mathématiques dénature tout autant la loi de Say. Et efface également, tout comme chez Keynes, le rôle de l’entrepreneur.  On peut se demander au final si Keynes, au delà de sa découverte de Malthus, n’a pas été influencé par la mathématisation de l’économie pour énoncer sa théorie. Car celle-ci est si facilement mathématisable qu’elle l’a été rapidement: il suffit d’injecter de l’argent pour que celui-ci se retrouve dans la demande, qui est égale à l’offre, et qui donc la stimule.

Au final, la loi de Say, dans sa formulation d’origine, est à la fois d’actualité et en profonde contradiction avec la politique économique appliquée aujourd’hui. D’actualité, car nous sommes en crise. Le débat sur la cause de la crise est d’actualité. En contradiction, car on considère aujourd’hui que la création monétaire est nécessaire pour relancer l’économie, alors que Say écrivait que ce n’était pas parce que l’argent était rare que les produits ne se vendaient pas.

La vision keynésienne semble l’avoir emporté aujourd’hui. Peut-être à cause de la mathématisation de l’économie. Il est tellement facile de considérer que la production correspond aux revenus, et que ceux-ci, dépensés, correspondent à la demande. L’école autrichienne est la plus proche de la loi de Say, même si Mises ne lui accorde pas le titre de loi, mais la considère presque comme une évidence. Est-ce un hasard si cette école refuse la mathématisation de l’économie ?

La loi de say devrait être un sujet d’actualité. d’où vient la dynamique de l’économie ? Say répond que ce n’est pas l’argent. Mais l’échange, impulsé par les entrepreneurs. Une leçon pour sortir de la crise aujourd’hui.

__________________

[1]Steven Kates, Say’s law and the keynesian revolution, Edward Elgar

[2]Jean-Baptiste Say, Traité d’économie politique, Economica, p.245

[3]Murray N. Rothbard, An Austrian Perspective on the History of Economic Thought

[4]Gérard Minart, Entrepreneur et Esprit d’entreprise.

[5]John Maynard Keynes, Théorie Générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie, Payot.

[6]John Maynard Keynes, Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie, Payot.

[7]Macroéconomie, J.-L. Bailly, G. Caire, C. Lavialle, J.-J Quilès, Bréal.

[8]Jean-Baptiste say, Traité d’économie politique.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publié.