Pour une lecture libérale d’Adolphe de B. Constant, par B. Malbranque (2/4)

Pour une lecture libérale d’Adolphe

(étude insérée en tête de la réédition d’Adolphe, Institut Coppet, 2016, p.5-69)

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Introduction. — I. Un roman biographique

II. Individualisme et subjectivisme

III. La société face à l’individu

IV. Un héros en quête de liberté Conclusion


II. Individualisme et subjectivisme.

Dans le domaine de la littérature, les genres, les thèmes et les schémas sont infinis. Rattacher un roman à l’un d’eux est un exercice salutaire, qui simplifie la compréhension du projet de l’auteur. Mais pour notre propos, les considérations qui fondent l’opinion selon laquelle Adolphe serait un roman psychologique, romantique, ou tragique, ont peu d’importance. Nous croyons d’ailleurs que ces qualificatifs sont justifiés, et nous renvoyons aux études des experts comme Paul Delbouille ou Gustave Rudler pour les détails et les justifications.

Quant à nous, nous préférons nous attacher à la mission de prouver qu’Adolphe est un roman empreint d’individualisme et de subjectivisme. Pour présenter les choses par contraste, il nous apparaît que le roman de Benjamin Constant est l’exact opposé de ces fresques sociales immenses où l’auteur balade sa vision superbe, tel un aigle au-dessus de la masse. Adolphe au contraire est le récit d’un homme et d’un seul, considéré depuis son propre point de vue, et le sien seul.

Une telle caractéristique, dira-t-on, ne suffit pas à en assurer l’originalité. Soit. Mais il ne faut pas oublier que nous cherchons moins à défendre le roman et à caractériser son originalité, qu’à en conduire une lecture libérale. Or l’individualisme se trouve véritablement au fond de l’idéologie libérale. Le libéralisme, en effet, est cette idée que l’individu a des droits fondamentaux qu’aucun gouvernement n’a le droit de piétiner ; dans la pratique, il consiste à agrandir la sphère de l’action individuelle et à resserrer celle de la contrainte étatique. Le subjectivisme, lui aussi, est au cœur du projet libéral : il en solidifie même les bases, en montrant la pluralité des jugements et l’incapacité qu’a une loi à s’appliquer à des situations différentes.

Il s’avère que l’individualisme est une caractéristique essentielle d’Adolphe. Dès le titre, nous savons qu’au fond il veut nous présenter le cas d’un homme, Adolphe ; mais il pourrait fort bien, à la manière du Père Goriot de Balzac, ne se servir de ce héros que comme un point d’ancrage, un centre de gravité autour duquel la fresque sociale imaginée par l’auteur pourrait se dérouler et s’animer. Benjamin Constant ne partage pas un tel souhait. Dès les premières pages, le lecteur comprend qu’il ne s’agira que d’Adolphe, rien que d’Adolphe. Il est cet individu qui fera face à la société.

Le premier chapitre, qui doit planter le décor et annoncer l’intrigue, est tout entier réservé à la description — description psychologique : nous reviendrons sur ce détail — du héros Adolphe. « Je venais de finir à vingt-deux ans mes études à l’Université de Gottingue. » [1] Sans préambule, la première phrase nous introduit à notre héros et à celui qui guidera tout le récit. Nous allons découvrir sa personnalité, son passé, avant de découvrir l’histoire qu’il entend nous raconter. Car Adolphe, son caractère, sa personnalité, son individualité, constituent le point de départ du roman : « Si on veut bien reprendre les choses à leur début, écrira Paul Delbouille, on constate que le vrai point de départ, non seulement de la narration, mais de l’aventure elle-même, réside dans le caractère d’Adolphe. Cette vérité n’a pas besoin d’être démontrée : les deux premiers chapitres du roman sont suffisamment explicites sur ce point, qui nous exposent avec un certain luxe de détails le fondement psychologique de l’attitude d’Adolphe. » [2]

L’omniprésence d’Adolphe est à ce point complète que les personnages secondaires, qui sont l’occasion, dans bien des romans, de longues pages descriptives, ne sont ici qu’à peine esquissés. Pour la plupart, on ne connait pas même leur nom : ainsi sont le comte de P***, le baron de T***, le père d’Adolphe, l’amie d’Ellénore, ses enfants. Nous sommes loin de l’attitude d’un Balzac ou d’un Zola, qui passaient des jours, des semaines, des mois peut-être à trouver le nom qui convienne à leur personnage, et qui en outre consacraient des pages et des pages à la description des personnages les plus éloignés de l’intrigue centrale. Dans Adolphe, tout est fait pour nous transmettre le sentiment qu’au fond les autres sont sans importance. Clairement, il n’y a qu’Adolphe et Ellénore, un couple face à une société indifférenciée qui le tyrannise.

Aucun personnage secondaire ne nous est vraiment connu. Les deux enfants qu’Ellénore a eu avec le comte de P*** interviennent dans le récit, mais nous ne connaissons ni leur nom, ni leur âge, ni leur sexe, ni même, a fortiori, une quelconque information physique sur eux.

D’une manière générale, les corps sont assez absents du roman ; l’esprit prime. Le roman contient peu de descriptions physiques, sauf quand elles sont d’une extrême nécessité, comme lorsqu’Ellénore apparaît pâle, ou que le plaisir ou la terreur se manifeste sur son visage. En vérité, ce n’est qu’avec la mort d’Ellénore que le corps fait véritablement son apparition sur la scène.

Ellénore, d’ailleurs, ne nous est pas mieux connue que les autres personnages principaux, preuve, s’il en était besoin, que seul Adolphe compte, que tout est centré sur lui. Dans le cas d’Ellénore, cette absence d’indications étonne. Cette femme qui va être séduite par notre héros et qui va l’exaspérer par son amour tyrannique, nous ne connaissons ni la couleur de ses yeux ni celle de ses cheveux. Était-elle même belle ? Grande ou petite ?

Dans ces descriptions minimalistes, il est une caractéristique qui, en revanche, mérite qu’on s’y attarde. La volonté de Constant de s’enfoncer dans l’explication subjective des motifs personnels de l’individu se traduit par l’utilisation renforcée et toujours très représentative de l’expression « parce que » dans la construction de ses phrases. C’est qu’au-delà des données, quelles qu’elles soient, l’auteur s’intéresse à la psychologie de l’individu, aux raisons de ses choix et de ses comportements. Voici, à titre d’exemple, le morceau qui doit nous décrire Ellénore :

« Ellénore n’avait qu’un esprit ordinaire ; mais ses idées étaient justes, et ses expressions, toujours simples, étaient quelquefois frappantes par la noblesse et l’élévation de ses sentiments. Elle avait beaucoup de préjugés ; mais tous ses préjugés étaient en sens inverse de son intérêt. Elle attachait le plus grand prix à la régularité de la conduite, précisément parce que la sienne n’était pas régulière suivant les notions reçues. Elle était très religieuse, parce que la religion condamnait rigoureusement son genre de vie. Elle repoussait sévèrement dans la conversation tout ce qui n’aurait paru à d’autres femmes que des plaisanteries innocentes, parce qu’elle craignait toujours qu’on ne se crût autorisé par son état à lui en adresser de déplacées. Elle aurait désiré ne recevoir chez elle que des hommes du rang le plus élevé et de mœurs irréprochables, parce que les femmes à qui elle frémissait d’être comparée se forment d’ordinaire une société mélangée, et, se résignant à la perte de la considération, ne cherchent dans leurs relations que l’amusement. Ellénore, en un mot, était en lutte constante avec sa destinée. » [3]

Ce roman, dont les personnages secondaires sont peu connus, se distingue aussi par son absence de décor. Cette caractéristique, encore une fois, nous surprend d’autant plus que dans les romans du XIXe siècle, la description suivie et approfondie des lieux de scène s’étend habituellement sur de nombreuses pages. Rien de semblable dans Adolphe. Ce n’est pas tant que le récit se déroule dans un lieu fixe et immuable : bien au contraire, au cours des chapitres, les personnages vont et viennent, se promènent, se rendent dans des réceptions, etc. Toute cette richesse potentielle de tableaux n’est pas exploitée par l’auteur, qui préfère le spectacle de son seul Adolphe. Et quand l’occasion rend la description inévitable, il faut voir avec quelle concision, avec quel choix de termes, tous plus abstraits et vagues les uns que les autres, les paysages nous sont rendus. Ainsi en est-il au septième chapitre, quand Adolphe erre dans une promenade nocturne et solitaire. Le décor nous est décrit en une seule phrase :

« Le jour s’affaiblissait : le ciel était serein ; la campagne devenait déserte ; les travaux des hommes avaient cessé : ils abandonnaient la nature à elle-même. » [4]

Fort de ces quelques précisions, le narrateur poursuit : « Mes pensées prirent graduellement une teinte plus grave et plus imposante. » Et ainsi reprend le récit habituel, brièvement interrompu, des sentiments et des réflexions d’Adolphe. Pour l’auteur, on le sent, c’est là l’essentiel du roman.

L’emploi des mots est d’ailleurs significatif. Comme l’illustre le passage cité, Constant fait un grand usage des termes vagues et abstraits, comme s’il avait peur de donner un véritable relief à ses décors, comme s’il avait peur que, l’espace d’un instant, le lecteur ne détourne l’œil de son héros. Les choses matérielles, qui sont d’habitude la base des descriptions, n’apparaissent pour ainsi dire pas. De manière significative, les deux emplois du mot table sont dans « sortir de table » et « se mettre à table », l’auteur n’ayant pas jugé important de nous représenter ni ce qui est servi dans les dîners auxquels assistent Adolphe et Ellénore, ni même l’apparence qu’ont les tables de ces réceptions.

Le meilleur exemple de cette écriture volontairement et radicalement individualiste se trouve justement à une telle occasion. Il y a mille et une manières de décrire une fête avec beaucoup de convives ; celle de l’auteur d’Adolphe n’est pas commune :

« L’assemblée était nombreuse ; on m’examinait avec attention. J’entendais répéter tout bas, autour de moi, le nom de mon père, celui d’Ellénore, celui du comte de P***. On se taisait à mon approche ; on recommençait quand je m’éloignais. Il m’était démontré que l’on se racontait mon histoire, et chacun, sans doute, la racontait à sa manière ; ma situation était insupportable ; mon front était couvert d’une sueur froide. Tour à tour je rougissais et je pâlissais. » [5]

La focalisation sur Adolphe apparaît presque maladive. Pas une phrase n’oublie de parler de notre Adolphe ; pas une phrase n’est consacrée aux personnes qui l’environnent. Dans d’autres circonstances, nous pesterions contre cet excès d’égoïsme, contre cet oubli d’autrui ; mais nous sommes en présence d’un roman de l’individu.

La relation du héros avec son environnement est donc celui d’un individu auquel on accorde toute l’importance et qu’on a placé, seul, au centre du jeu. Les rapports qu’il entretient avec les personnages secondaires viennent confirmer cette conclusion. En effet, les paroles rapportées d’autres personnages ne nous servent pas à mieux comprendre ces personnages, mais à mieux comprendre Adolphe lui-même ; elles l’éclairent sous un nouveau jour. Paul Delbouille commente le procédé en ces termes : « Quand Adolphe donne la parole à un autre que lui-même pour nous faire entendre le jugement dont il était l’objet, Adolphe ne modifie pas fondamentalement la perspective, il ne nous fait pas exactement prendre un autre point de vue, mais il nous met devant les yeux un miroir où nous retrouvons son visage sous un angle inconnu. Le détour est heureux, parce que ces paroles qui n’ont en apparence qu’un intérêt historique, qui ne sont reproduites, semble-t-il, que pour leur valeur d’évènement, nous permettent malgré tout de contrôler, au moins partiellement, l’analyse qu’Adolphe fait de lui-même. » [6] Les exemples abondent de l’usage de ce procédé curieux mais très utile, qui permet de continuer à parler d’Adolphe même quand la parole est cédée à d’autres protagonistes, et qui a pour effet d’accentuer l’individualisme littéraire du roman. Prenons le baron de T*** ; son action se limite à des interventions, d’ailleurs maladroites, et à des échanges avec notre héros. À une occasion, voici ce qu’il dit à Adolphe : « Je lis dans votre âme, malgré vous et mieux que vous ; vous n’êtes plus amoureux de la femme qui vous domine et qui vous traîne après elle ; si vous l’aimiez encore, vous ne seriez pas venu chez moi. Vous saviez que votre père m’avait écrit ; il vous était aisé de prévoir ce que j’avais à vous dire : vous n’avez pas été fâché d’entendre de ma bouche des raisonnements que vous vous répétez sans cesse à vous-même, et toujours inutilement. » [7] « Pourquoi voulez-vous rester dans une situation dont vous souffrez, demande-t-il une autre fois ? À qui faites-vous du bien ? Croyez-vous que l’on ne sache pas ce qui se passe entre vous et Ellénore ? Tout le monde est informé de votre aigreur et de votre mécontentement réciproque. Vous vous faites du tort par votre faiblesse, vous ne vous en faites pas moins par votre dureté ; car, pour comble d’inconséquence, vous ne la rendez pas heureuse, cette femme qui vous rend si malheureux. » [8]

Jusque dans les interventions des personnages secondaires, Adolphe se présente donc à nous com-me un vrai roman de l’individu. Toute la lumière est dirigée vers un seul personnage ; tout tourne autour de lui, tout dépend de lui. Il est le centre du monde, le centre de son monde, comme l’est tout individu.

La question des faits, des évènements dans Adolphe, nous conduira à faire des déductions similaires. Aussi discrets que les personnages secondaires et que les décors, les faits sont volontairement laissés au second plan. Ils sont simples et racontés avec sobriété. Simples d’abord, parce qu’à l’évidence, il ne se passe pas grand-chose dans Adolphe. La séduction, le délitement du lien amoureux : ce sont deux phases qui se suivent et que n’agrémentent que très peu de péripéties supplémentaires. Et quand évènement il y a, l’auteur semble se plaire à laisser au fait un rôle accessoire, presque anecdotique. Ainsi en est-il tout particulièrement de l’épisode du duel. Un homme met en jeu sa vie pour sauver l’honneur de sa bien-aimée : dans bien des romans l’épisode aurait valu un développement conséquent, fort en rebondissements, en suspens et en émotion. Constant prend le contre-pied de cet usage, et voici en quels termes il présente l’affaire :

« Un homme, qui venait habituellement chez Ellénore, et qui, depuis sa rupture avec le comte de P***, lui avait témoigné la passion la plus vive, l’ayant forcée, par ses persécutions indiscrètes, à ne plus le recevoir, se permit contre elle des railleries outrageantes qu’il me parut impossible de souffrir. Nous nous battîmes ; je le blessai dangereusement, je fus blessé moi-même. » [9]

De toute évidence, les péripéties du couple qui naît puis qui s’éteint n’ont qu’un rôle secondaire. Les évènements se succèdent sans grande continuité, et surtout sans approfondissement quelconque. « Les faits sont rapportés en aussi peu de mots qu’il est possible, dira Paul Delbouille : ce qui importe, c’est bien plutôt l’état d’âme qui les a provoqués, qui les a rendus tels qu’ils sont. Cette analyse prend relativement ses aises. Et c’est ainsi qu’elle se taille une si belle place dans le roman. Tout au long de la relation de son aventure, Adolphe va agir de même, réduisant chaque évènement à sa signification essentielle, se décrivant surtout dans ses pensées et dans ses intentions secrètes. » [10] Dans tout le roman, Benjamin Constant préfère resserrer le récit des faits pour proposer d’abondants commentaires psychologiques, voire, à l’occasion, des considérations morales générales.

Cette organisation du roman répond à l’objectif individualiste de Constant. Ce qui compte dans le récit des évènements, c’est la psychologie d’Adolphe, ce sont ses sentiments, ses états d’âme. Dans chaque chapitre, l’auteur s’applique davantage à nous présenter la nouvelle évolution de sa condition de son héros, que l’étape supplémentaire du drame. C’est pour cela que les critères temporels, normalement déterminants, perdent ici leur raison d’être.

***

Un roman de l’individu peut se construire de diverses façons. La plus naturelle, cependant, est l’écriture à la première personne du singulier, où le héros nous emmène de lui-même sur les traces de son destin. C’est le choix adopté par Constant ; non seulement il est heureux, mais il renforce l’individualisme déjà analysé par un subjectivisme très libéral.

Encore une fois, l’écriture à la première personne du singulier n’est pas en soi une nouveauté. En vérité, la plupart des grands classiques du XVIIIe siècle sont écrit ainsi et on pourrait dire que Constant s’en inspire. Mais Adolphe est un vrai roman écrit à la première personne, en ce sens que tout est filtré par le regard de ce personnage. Cela reste vrai, même si à certains moments ressurgit la dualité introduite par le décalage temporel : à côté du Adolphe acteur se place le Adolphe commentateur, celui qui raconte son histoire bien des années plus tard, et que l’on retrouve de temps à autre dans des formules telles que « la pauvre Ellénore, je l’écris dans ce moment avec un sentiment de remords… »[11]. Malgré cette dualité du je, c’est cependant toujours lui, toujours Adolphe qui regarde et qui juge. Tout passe par lui.

Cette forme d’écriture a des implications lourdes. Toute l’histoire du couple, de la rencontre des deux amants à la séduction de l’un par l’autre, jusqu’au drame final de l’échec amoureux, passera par le prisme d’Adolphe. Ce n’est que par ses yeux que nous verrons Ellénore se donner, perdre sa raison de vivre et mourir. De la même manière, ce n’est que par son regard subjectif que nous découvrirons la société et les paysages. Nous n’en saurons que ce qui a frappé son imagination et ses sens.

Ce point de vue subjectif dans Adolphe impliquait des contraintes pour Constant. « Le choix de la narration en je impose certaines limites à la liberté du jeu du romancier, note bien Delbouille. Celui qui parle devra respecter les possibilités d’information dont il dispose. Analyste subtil, psychologue averti, observateur attentif de lui-même et des autres, il ne peut savoir que ce qu’il est humainement possible de savoir, sous peine de condamner son récit à l’invraisemblance. » [12] En effet, il est impossible que le narrateur nous raconte une scène à laquelle il n’a pas assisté, à moins qu’un récit lui en ait été fait par un autre. De même, il ne peut que présumer la réflexion des personnes qui l’entourent. En bref, il n’est pas, il ne peut pas être omniscient.

Adolphe, nous pouvons le dire, satisfait à ces conditions de vraisemblance. Il juge Ellénore comme un être extérieur, qui perce avec beaucoup d’à-propos les états d’âme de son amante, mais sans capacité surnaturelle. Pour satisfaire le désir de cohérence, le héros accompagne même souvent ses commentaires sur la psychologie des personnages secondaires d’un préambule qui doit servir à faire entendre la méthode par laquelle il s’est acquis ces informations ou forgé ces pressentiments. Ainsi se justifie-t-il une fois d’avoir compris quelque chose à travers une discussion avec Ellénore : « Je démêlai par ses discours qu’elle attribuait à la solitude dans laquelle nous vivions le mécontentement qui me dévorait ». [13] Une autre fois, c’est son teint et sa voix qui la trahissent, et le narrateur nous explique : « Il était visible qu’elle se faisait un grand effort, et qu’elle ne croyait qu’à moitié ce qu’elle me disait. » [14] En bref, Adolphe tire ses informations de la réalité ou des autres ; il observe et tire ses conclusions. Ainsi nous sont fournis les faits : sous une forme résolument subjective.

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[1] Infra, p.83

[2] Paul Delbouille, Genèse, structure et destin d’Adolphe, op. cit., p.306

[3] Infra, p.93-94. Avant de revenir plus tard sur la pression sociale dans Adolphe, on notera déjà ici la morale de cette description : Ellénore fait dépendre sa conduite du jugement de la société.

[4] Infra, p.145

[5] Infra, p.161

[6] Paul Delbouille, op. cit., p.188-189

[7] Infra, p.140-141

[8] Infra, p.161

[9] Infra, p.124

[10] Paul Delbouille, op. cit., p.181

[11] Infra, p.160

[12] Paul Delbouille, op. cit., p.192

[13] Infra, p.151

[14] Infra, p.119

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