Quand le libéralisme français se saisissait de la question des femmes

Dans la préface de la réédition que l'Institut Coppet publie ce mois-ci du livre de Paul Leroy-Beaulieu, Le Travail des Femmes au XIXe siècle (1873), Benoît Malbranque présente la période de publication de cet ouvrage comme marquant un point de bascule dans l'histoire du libéralisme français : auparavant, la question des femmes est traitée avec dédain ; vers 1870 cependant, on s'en occupe comme d'une question politique importante, digne d'intérêt, et dans un sens qui sera plus tard celui des authentiques libéraux féministes, comme Yves Guyot.

Liberté et autorité

Pour Ambroise Clément, le maintien de la compression des libertés individuelles, et la vogue des théoriciens qui les soutiennent, s’explique avant tout par une méprise grave commise par l’immense majorité du public, et même nombre d’esprits soi-disant libéraux, sur le vrai sens de ces deux notions : liberté et autorité. Contre les timides et les modérés, A. Clément proclame ce qu’est le vrai sens de l’un et de l’autre, en s’appuyant sur les principes posés jadis par Charles Comte et Charles Dunoyer, et que les économistes libéraux du Journal des économistes paraissent encore les seuls à comprendre et à maintenir.

Essai sur les garanties individuelles que réclame l’état actuel de la société (1818)

Texte d'une puissance rare, et sorte de testament intellectuel, l'Essai sur les garanties individuelles que réclame l’état actuel de la société (1818) de Pierre Claude François Daunou présente une défense raisonnée et complète des principes qui fondent le libéralisme, tant dans ses aspects économiques, que politiques et même sociaux. Classique encore trop peu lu, il est aujourd'hui disponible dans une réédition de l'Institut Coppet.

De l’incapacité des étrangers de remplir aucune fonction publique

En 1833, la mort de Jean-Baptiste Say laissant vacante sa chaire d’économie politique au Collège de France, plusieurs prétendants sont envisagés. En premier lieu vient son propre gendre, Charles Comte, aux positions radicales. Il fait face à la concurrence d’un étranger, Pellegrino Rossi, aux idées plus consensuelles. — Dans la courte brochure rééditée ici pour la première fois, C. Comte démontre qu’un étranger ne saurait remplir aucune fonction publique, et que cette exclusion se fonde sur des raisons évidentes et très nombreuses. Cette curieuse profession de foi, dictée par un intérêt de carrière, témoigne aussi de la désunion qui règne alors dans le camp du libéralisme français.

La liberté des théâtres et le droit des pauvres

Dans cet article de 1869, Gustave de Molinari poursuit, dans le Journal des économistes, sa défense engagée depuis 20 ans déjà pour la liberté des théâtres. Le régime de monopole désormais aboli, il reste, analyse-t-il, à détruire la censure, la fiscalité exceptionnelle, et les nombreux règlements qui pèsent encore gravement sur cette industrie des spectacles et qui en arrêtent le développement.

Table des articles de la 3e série du Journal des économistes (1866-1877)

L'Institut Coppet poursuit la mise au net de la table complète des articles de cette publication classique dans l'histoire du libéralisme français qu'est le Journal des économistes (1841-1940), avec l'ajout du contenu de la 3e série, couvrant les années de 1866 à 1877. Celle-ci vient s'ajouter aux deux séries déjà présentes sur notre site dans la zone bibliographie. — Cet outil, une fois complet, permettra de retrouver les articles consacrés à chaque thématique dans cette grande revue de référence.

De la protection des richesses naturelles (1869)

Dans cet article du Journal des économistes, Clémence Royer examine si l’épuisement possible des ressources naturelles par l’industrie privée n’est pas une raison de s’écarter, en cela, de la règle générale du laissez faire, laissez passer, adoptée par les économistes. Elle trace, de la disponibilité du charbon ou du pétrole américain nouvellement découvert, un tableau qui l’incite à demander une intervention publique à des fins de protection.

Utilité de l’enseignement des notions de la science économique aux jeunes filles

L’économie politique est la science qui traite des prix, des salaires, des impôts, des échanges, et en somme des interactions humaines : elle est par conséquent utile à connaître pour tous les hommes, et aussi pour les femmes, auxquelles ces questions ne peuvent être indifférentes, ainsi que tâche de le démontrer Frédéric Passy dans cette conférence préliminaire d’un cours d’économie politique, en 1870.

Pourquoi trente ans de monopole ? Observations sur le projet relatif à la Banque de France

En 1891, le renouvellement du privilège de la Banque de France est en débat. Adolphe Coste, spécialiste des questions monétaires, publie alors une courte brochure aux éditions Guillaumin, pour présenter ses propositions de réforme. Le renouvellement pour 30 ans, par exemple, le gêne. « Pourquoi s’enchaîner pour une si longue période, écrit-il, quand on ignore quelles seront les exigences de l’avenir, quand la question monétaire, la question douanière, la question du crédit agricole, la question des banques libres, la question des chèques et des compensations sont à peine posées et loin d’être résolues ? »

L’abolition de l’esclavage africain

Dans cet article de janvier 1890, Gustave de Molinari revient sur ses propositions pour abolir la traite et l’esclavage, sans usage ni de prohibitions ni de force, mais par le vecteur de la concurrence et de la liberté. « La prohibition de la traite, écrit-il, aurait pour résultat certain d’augmenter le déchet et les souffrances des victimes de ce commerce de chair humaine, sans y mettre un terme. Le seul moyen de le supprimer, c’est de le ruiner par la concurrence de l’exportation du travail libre. »

L’Ancien Régime et le nouveau

Dans sa recension de l’Ancien régime et la Révolution de Tocqueville (1856), Frédéric Passy salue avant tout l’œuvre de l’historien impartial et consciencieux, qui met au jour des documents nouveaux, et inaugure une nouvelle interprétation de la Révolution. Il trouve encore dans ce livre la justification des doctrines de liberté que propagent aussi l’économie politique.

Quels moyens de subsistance ont les femmes

En 1862, le Journal des économistes ouvre ses pages à Mlle Julie-Victoire Daubié, féministe, première bachelière de l’histoire (1861), et auteur d’un mémoire sur l’amélioration du sort des femmes. Dans ce texte, elle appelle à une prise de conscience sur le sort économique des femmes, concurrencées dans leurs métiers traditionnels par la grande industrie et le recours à des ouvriers mâles ; elle réclame pour les femmes une égale liberté et davantage de considération. « Quand la vie est devenue un combat, écrit-elle, les arbitres ne peuvent sans iniquité jeter inégalement des armes dans la lice, pour que la femme pauvre, considérée comme la balayure d’une rue qu’on veut assainir, se trouve partout écrasée sous le char de la civilisation. »

Le choléra asiatique et la question des quarantaines, par Arthur Mangin

En décembre 1866 se clôt une seconde année marquée par le choléra, qui meurtrit l’Europe et auquel on lutte par des vexations, des restrictions aux transports et des quarantaines. « Comme pour se railler des vaines barrières qu’on prétendait lui opposer, écrit alors Arthur Mangin dans le Journal des économistes, c’est précisément dans les pays où les mesures les plus rigoureuses avaient été prises qu’il a sévi le plus cruellement. » Lui plaide pour une enquête scientifique sérieuse sur les causes de l’épidémie et ses moyens de transmission, car les gouvernements ont trop voulu postuler qu’ils savent ce qu’en vérité ils ignorent.

Spoliateurs ou producteurs. Le débat sur la Noblesse commerçante au XVIIIe siècle

Une liberté qui ne fait plus débat, et dont on jouit sans y penser, n’inspire rien, et n’est habituellement pas grandement documentée. Le débat furieux sur la « noblesse commerçante », dont les contributions majeures de l’abbé Coyer et du chevalier d’Arcq viennent d’être rééditées dans une édition savante par Christian Cheminade, aux éditions Classiques Garnier, en fournit une illustration digne d’attention.

Laissons Faire, n°39, novembre 2021

Au programme de ce nouveau numéro : Les inspirations libérales d’Émile Zola dans Germinal, par Benoît Malbranque. — Les bienfaits de la concurrence en matière de religion, par Henri Basnage de Beauval (1684). — Changements opérés dans le climat par les défrichements, par Volney (1803). — Recension : Christian Cheminade, Noblesse commerçante contre noblesse militaire. Une querelle des Lumières (1756-1759), éditions Classiques Garnier, septembre 2021, 372 pages.

Le problème des transports maritimes de la France

En février 1921, Yves Guyot était réélu à la présidence de la Société d’économie politique. « Elle est une société de doctrine, disait-il, dont l’objet est de maintenir les vérités acquises, en recherchant de quelle manière elles peuvent être complétées et en essayant de dégager leurs rapports avec les faits qui se produisent. » Malheureusement le courant était contraire, dans cette société même, comme la discussion du jour, sur les transports maritimes, l’illustrait par son ton bien moins libéral que jadis.

Rousseau et le libéralisme

Jean-Jacques Rousseau, qui se présente comme un ami de la liberté dans ses écrits, et qui parfois la défend très correctement, a aussi été l’un de ses plus dangereux ennemis, notamment dans ses écrits politiques comme le Contrat social. Dans cette courte communication orale, Benoît Malbranque présente synthétiquement les influences positives et négatives de Rousseau sur l'histoire du libéralisme français.

Du développement des travaux publics en temps de crise comme moyen d’en atténuer les effets

Réunie le 5 avril 1883, la Société d’économie politique examine la question du recours à l’État entrepreneur de travaux publics, comme ressource en temps de crise. La plupart des membres qui s’y expriment soutiennent, comme Frédéric Passy, que cette intervention est malavisée, coûteuse et inefficace, et que les crises ne se liquident bien que d’elles-mêmes.