Le développement des idées économiques en France (1750-1756), par Antoin Murphy

AntoinNewSpécialiste reconnu de Cantillon, dont il a fourni la première biographie jamais parue (Richard Cantillon: Entrepreneur and Economist, 1987), Antoin Murphy s’intéresse ici aux économistes français du milieu du XVIIIe siècle, immédiats prédécesseurs de François Quesnay et des Physiocrates. Avec cet article de fond, fruit d’une recherche minutieuse, il nous fait pénétrer dans une période décisive pour le libéralisme en France, période marquée par le combat permanent entre la censure publique et la liberté croissante de parole qui constituera le caractère des Lumières, ainsi que par la contribution de certains auteurs fondamentaux comme Vincent de Gournay. Cette enquête dans le milieu de la théorie économique en France au milieu du XVIIIe siècle nous apparaît d’autant plus précieuse que l’historien y investigue les faits avec rigueur et que la période, malgré son importance cruciale, est longtemps restée et reste encore peu étudiée et mal connue. B.M.

 


LE DÉVELOPPEMENT DES IDÉES ÉCONOMIQUES EN FRANCE (1750-1756)

Par Antoin Murphy

Revue d’histoire moderne et contemporaine, tome XXXIII, octobre-décembre 1986

De profonds changements eurent lieu dans la pensée française en matière d’économie, entre 1750 et 1756. Alors que Weulersse et Meek situent les débuts de la Physiocratie respectivement en 1756 et 1757, nous disposons de peu d’études sur l’évolution de la pensée économique dans les six années qui ont précédé la constitution de l’école physiocratique. [1]

Quand j’ai commencé cette étude, j’effectuais des recherches sur les conditions de publication du célèbre essai de Richard Cantillon Essai sur la nature du commerce en général ; ces recherches faisaient partie d’une étude biographique plus large sur Cantillon et étaient aussi motivées par l’étude bibliographique récente que Tsuda venait de publier sur l’Essai de Cantillon. [2] En effet, si sur le fond j’étais d’accord avec Tsuda pour affirmer l’importance du groupe d’économistes qui entourait Vincent Gournay, je n’étais pas d’accord sur certains liens et rapports qu’il établissait. [3]

Il m’apparut ensuite que la période de 1750 à 1756 avait été singulièrement négligée par les historiens de la pensée économique, pour des raisons qui relèvent en fait de l’épistémologie de l’histoire. En effet, malgré l’insistance de Morellet et de Dupont de Nemours[4] à affirmer l’importance de Gournay et de son groupe, ces derniers se trouvent injustement classés par les historiens de la pensée économique comme pré-physiocrates ou comme néo-mercantilistes ; avec toutes les connotations négatives que les préfixes « pré » et « néo » peuvent suggérer. Les mouvements en « isme », qu’il s’agisse du mercantilisme, du socialisme, du keynésianisme ou du monétarisme moderne semblent concentrer toute l’attention des historiens de la pensée, bien plus que les approches moins dogmatiques qui se situent à la croisée de divers courants en « isme ». Qu’un auteur s’écarte tant soit peu d’un dogme « pur » et il se verra plongé dans le puits sans fond de l’oubli. Ceci est le résultat d’une certaine conception des « écoles » ou des « mouvements » qui prévaut parfois dans l’histoire de la pensée économique. Les membres du groupe de Gournay, écrivant entre 1750 et 1756, ne pouvant se classer facilement ni comme mercantilistes, ni comme physiocrates ont été victimes d’une de ces injustices de l’histoire économique. Les historiens de la pensée ont vu dans leurs œuvres soit les derniers feux du mercantilisme, soit un prélude à la physiocratie.

Il me semble que ces classifications sont schématiques à l’excès et qu’il convient de considérer que : d’une part, ce groupe tenta d’infléchir la pensée économique de son temps, en France ; d’autre part, affirma pour la première fois la nécessité d’une méthodologie économique cohérente, sur laquelle fonder toute pensée.

  1. — LE GROUPE GOURNAY, LES CONDITIONS DE PUBLICATION DES ÉCRITS ÉCONOMIQUES EN FRANCE ENTRE 1750 ET 1755

Vingt-et-un ans, presque jour pour jour, après le meurtre de Richard Cantillon, était publié à Londres, chez Fletcher Gyles, dans Holborn, l’Essai sur la nature du commerce en général. Il fut bien vite évident que cette œuvre anonyme était de la main de Cantillon et avait été publiée en France, et non à Londres. Les mystères de la vie et de la mort de Cantillon s’étendaient maintenant à son œuvre. Qui l’avait fait publier ? Pourquoi était-elle publiée sous le nom d’un éditeur fictif ? Était-ce par pur coïncidence que cet Essai était publié à la date où la science économique naissait, selon Dupont de Nemours[5] ? La publication de cette œuvre sous le camouflage d’une maison d’édition étrangère et d’un mystérieux auteur irlandais, faisait-elle partie d’une étude de « marché » des idées nouvelles de l’économie ? La mise en évidence du camouflage nous aidera à éclairer les conditions de diffusion de la littérature économique en France à cette époque et la façon dont certains à l’intérieur du système économique français tentaient de réformer la pensée économique.

L’œuvre de Cantillon est fondamentale, non seulement pour son évaluation lucide du fonctionnement du système financier, mais aussi pour sa description magistrale (aux yeux des physiocrates tout au moins) des forces réellement en action en économie (livre I de l’Essai).

Ces parties de l’œuvre de Cantillon qui traitent de l’importance de l’agriculture, du rôle de l’offre et de la demande ainsi que sa description du mouvement circulatoire du revenu représentent une des pierres de fondation de la pensée des physiocrates. L’Essai, de ce point de vue, s’intègre dans le calendrier des publications physiocratiques qui établit le lien entre Fermiers (1756), Grains (1757) et le grand œuvre de la pensée de Quesnay : Le tableau Économique (1759). [6]

Mais, si Quesnay fut inspiré par l’Essai de Cantillon, il semble que ce soit Vincent Gournay qui l’ait fait publier. Vincent Gournay (1715-1759) fut l’un des « économistes » les plus brillants des années 1750. Il doit sa célébrité à la maxime « laissez faire, laissez passer », le mot d’ordre des économistes classiques, plus qu’à ses écrits. Si ces écrits imprimés sont en effet peu nombreux (il n’est même pas mentionné par la Biographie générale, Paris, 1857), son influence sur l’évolution de la pensée économique en France est considérable, grâce à son rôle dans l’administration commerciale française, grâce à son travail de direction des études économiques à l’Académie d’Amiens et surtout grâce à son rôle officieux dans la publication de travaux économiques. [7]

Devenu expert en commerce international, grâce à son activité d’homme d’affaires à Cadix de 1727 à 1744, Gournay, qui fut Intendant du Commerce, écrivit de 1751 à 1758 bon nombre de mémoires tendant à améliorer le système commercial français. Tsuda montre que Gournay, commentant les Traités sur le Commerce de Child, n’était pas un partisan invétéré du libre-échange. [8] Selon Tsuda, la formule « laissez faire, laisser passer », attribuée à Gournay, pourrait être remplacée par une formule de « liberté et protection ». Il est important de noter que, dans ses mémoires, Gournay critiquait le système économique français en tant que fonctionnaire de haut rang, qui le connaissait de l’intérieur et visait à le réformer, et non pas en tant que pamphlétaire, l’évaluant de l’extérieur.

Mais, il était assez réaliste pour comprendre que le débat devait être ouvert au public et non pas confiné à l’administration. Sous le patronage du duc de Chaulnes, Gournay dirigea un programme de recherches à l’Académie d’Amiens. Il communiqua ainsi au grand public ses idées sur la gestion économique, à travers les travaux de lauréats de l’Académie, comme Claude Carlier et Simon Clicquot-Blervache. Mais ces travaux ne sont qu’une partie d’un programme de travaux économiques bien plus vaste, apparemment mené à l’instigation de Gournay. L’Essai sur la nature du commerce en général de Richard Cantillon est l’une de ces œuvres.

Selon Henry Higgs[9], Gournay rencontra Turgot en 1754 et le convainquit de traduire le livre de Josiah Tucker, Reflections on the Expediency of a law for the Naturalisation of French Protestants (1751), sous le titre de Questions importantes sur le Commerce (à Londres, chez Fletcher Gyles, dans Holborn). C’est cette traduction qui donna à Higgs l’idée que Gournay aurait pu faire publier le livre de Cantillon.

Il y avait certes, à Londres, un éditeur et libraire du nom de Fletcher Gyles, mais il était mort d’apoplexie le 8 novembre 1741, soit bien avant la publication de ces deux œuvres. [10]

Les experts en techniques d’imprimerie du XVIIIe siècle s’accordent à dire que le livre de Cantillon fut imprimé sur le continent et non pas en Grande-Bretagne. [11] Le nom de Fletcher Gyles et l’adresse d’édition à Londres étaient donc des « pavillons de complaisance » pour le lancement de l’Essai de Cantillon et des Questions importantes de Tucker. Higgs pense que Barrois, quai des Augustins à Paris, aurait pu publier l’Essai parce que l’exemplaire du professeur Foxwell (1755) comporte onze pages de catalogue de livres vendus par Barrois. [12] Tsuda établit aussi un lien entre l’Essai et Barrois, mais selon lui, si Barrois vendait le livre, il n’en était pas l’éditeur. [13] En faisant une ingénieuse comparaison de vignettes, il conclut que le livre aurait pu être imprimé par Jacques Guérin. Cependant, Tsuda reconnaît lui-même que l’analyse des vignettes est un critère très hasardeux pour remonter à l’éditeur. En fait, par ce procédé on peut trouver un nouveau lien avec Barrois (voir tabl. 1).

Il nous faut ici faire une distinction entre éditeur et imprimeur, car les deux n’étaient pas nécessairement la même personne au XVIIIe siècle, pas plus que de nos jours. Il pouvait arriver au XVIIIe siècle que des éditeurs d’œuvres économiques les fassent imprimer par plusieurs imprimeurs ou que des imprimeurs se prêtent ou se vendent des vignettes ou des caractères. Rien d’étonnant, dans ce cas, à ce que les même vignettes se trouvent sur des ouvrages différents.

La censure en France dans les années 1750.

Avant d’en venir à nos propres découvertes, il convient de dire quelques mots des systèmes de contrôle auxquels les livres étaient soumis avant d’être publiés légalement ou dans une semi-légalité. Ceci nous aidera à évaluer la validité de l’analyse des documents et à brosser un tableau du milieu intellectuel et administratif dans lequel les livres étaient édités.

Depuis la mort de Louis XIV, la censure s’était adoucie ; l’ancien système du « privilège » accordé aux livres était considéré comme trop strict à une époque qui devenait de plus en plus libérale. Pour obtenir un « privilège », un livre devait recevoir l’« imprimatur » du directeur de la Librairie et d’un censeur. Comme le nom du censeur figurait dans l’autorisation de publier, imprimée dans le livre, les censeurs étaient ultraconservateurs, tout particulièrement pour la publication d’ouvrages de politique, philosophie ou théologie. Si, après publication, l’ouvrage était trouvé pernicieux par l’Église ou la Couronne, le censeur courait le risque de perdre son emploi ou d’être sévèrement sanctionné.

Deux sortes de pressions contribuèrent à assouplir la censure par trop rigide. Premièrement, il était admis que les vieilles lois de censure portaient tort aux éditeurs, imprimeurs et libraires français, et favorisaient leurs concurrents étrangers. Les professionnels du livre français poussaient donc à une réforme du système. De plus, les autorités reconnaissaient l’impossibilité d’empêcher la publication d’un nombre croissant de livres. Plutôt que de rejeter les éditeurs dans l’illégalité et, pour maintenir une forme de contrôle, le système plus souple de la « permission tacite » fut introduit et devint quasi officiel. Celle-ci était un exemple caractéristique d’un « compromis à la française » : elle facilitait la publication d’œuvres qui n’auraient pas reçu de « privilège ». D’un point de vue strictement légaliste la « permission tacite » était illégale ; cependant, pour ne pas défavoriser l’industrie française du livre au profit de concurrents étrangers, les autorités, tout en ne la légalisant pas, finirent par lui accorder un statut quasi officiel. [14]

Auteurs et éditeurs continuaient à se soumettre à la procédure du contrôle par le directeur de la Librairie et par les censeurs, mais ni l’imprimatur, ni le nom du censeur ne figuraient sur un livre qui avait reçu une permission tacite. L’anonymat protégeait les censeurs et les rendait plus libéraux.

Malesherbes hérita du système de permissions tacite lors de sa prise de fonctions comme directeur de la Librairie en 1750. Il le trouvait insuffisant et eût aimé le voir légalisé.

Le registre des permissions tacites s’intitulait le « Registre des livres d’impression étrangère présentés à Monseigneur le Chancelier pour la permission de débiter ».

La fiction selon laquelle les permissions tacites ne s’appliquaient qu’aux livres publiés à l’étranger explique que les éditeurs français se soient cachés derrière des maisons d’édition situées à Amsterdam, Berlin, Dresde, Genève ou Londres, etc. Ce stratagème ne trompait pas les experts de l’édition tels que d’Hémery ou Malesherbes, mais ils « fermaient les yeux ».

Une fois ceci rappelé, nous comprenons la fausse maison d’édition londonienne de l’Essai, mais restent à découvrir le véritable éditeur français et les réactions des autorités françaises lors de sa publication. Le tableau 1 présente les diverses étapes de délivrance d’une « permission tacite » pour la période de 1750 à 1758. [15] Dans les années 1760, le système s’assouplit encore et le directeur de la Librairie accorda des permissions verbales de publier.

En théorie, il est possible de consulter bon nombre de documents, établis lors des diverses étapes administratives de demande de permissions tacites. Ceux-ci et leurs cotes de référence à la Bibliothèque nationale sont répertoriés dans la colonne B du tableau 1.

 

TABLEAU 1

Les étapes de contrôle de la censure
des publications postulant à une permission tacite (1752-1758)

 

 

(A) (B)
Étape 1 : Enregistrement de l’ouvrage auprès du Bureau du directeur de la Librairie. (1) Répertoire alphabétique des Registres de la Librairie de 1750 à 1760 (MF 21, 297).
Étape 2 : Le directeur de la Librairie nomme un censeur. (2) Registres des livres d’impression étrangère (MF 21, 994).
Étape 3 : Le censeur soumet son rapport au directeur de la Librairie. (3) Jugements des Censeurs (MF 22, 137 – MF 22, 140).
Étape 4 : Enregistrement de la décision du directeur de la Librairie auprès de ses services et de la Chambre syndicale. (4) Registres des Déclarations Données aux Syndics et Adjoints de la Librairie par les Imprimeurs des Ouvrages Nouveaux (MF 21, 982). Aussi, Registres des livres d’impression étrangère (MF 21, 994). Voir (2).
Étape 5 : Ouvrage examiné par le directeur de la Librairie, Joseph d’Hémery. (5) Le Journal de la Librairie de Joseph d’Hémery (MF 22, 156 – 22, 161).
 

 

Toutes les références portent sur des documents trouvés dans les manuscrits français de la Bibliothèque nationale.

 

Malheureusement, ni le Répertoire Alphabétique des Registres, ni les Jugements des Censeurs ne sont très utiles pour notre recherche sur les ouvrages d’économie. Les censeurs ne rédigeaient de rapports écrits que sur les livres demandant le « privilège », pas sur ceux qui postulaient une « permission tacite », de façon à conserver l’anonymat.

Il nous reste donc trois sources officielles : (2) (4) et (5) de la colonne B du tableau 1. Idéalement, ces sources devaient être complémentaires et se corroborer.

Il serait fort pratique que toute œuvre fût enregistrée dans chacune de ces sources ; ce n’est malheureusement pas le cas. Le Registre des Livres d’Impression Étrangère ne mentionne que très peu d’ouvrages d’économie. Pour la période du 19 février 1752 au 7 septembre 1754, le Registre des Déclarations Données aux Syndics et Adjoints reste vierge et ne mentionne pas maints ouvrages d’économie publiés entre 1750 et 1758. Il est difficile de dire avec certitude pourquoi des œuvres que d’Hémery enregistre comme ayant reçu des « permissions tacites » n’apparaissent pas dans ces registres. Peut-être des registres plus complets furent-ils établis et perdus pendant la Révolution ? Peut-être d’Hémery enregistra-t-il pour les protéger des ouvrages qui n’avaient pas obtenu de permission tacite. Quoi qu’il en soit, le Journal de la Librairie écrit par Joseph d’Hémery est la meilleure source d’information sur les conditions de publication des livres d’économie au cours de cette période. [16] On peut vérifier les informations données par d’Hémery en les confrontant aux deux autres registres mentionnés. Je n’ai pas relevé de cas de contradiction entre ces derniers et le Journal de la Librairie.

Après les structures institutionnelles et légales de l’édition en France en 1750, il convient d’examiner les hommes chargés de l’administration et de la politique officielle des publications. Il faut se garder de tous les considérer comme des hommes pointilleux et répressifs ; c’est en fait l’inverse qui est vrai. Lamoignon de Malesherbes, directeur de la Librairie de 1750 à 1763, est l’une des grandes personnalités littéraires du XVIIIe siècle en France. C’est sous son administration libérale que furent publiés L’Enclyclopédie et les écrits des grands penseurs des Lumières.

Malesherbes lui-même écrivit sur les problèmes économiques et, selon Dupont de Nemours, était membre du Cercle de Vincent Gournay. Le jeune abbé Morellet, membre du groupe de Gournay, décrit la façon dont, vers le milieu des années 1750, « M. Gournay, M. Turgot, M. Malesherbes furent aussi très contents de moi ». [17] Malesherbes était un appui important à la Cour pour les auteurs d’ouvrages économiques. D’Hémery décrit dans son Journal de la librairie en date du 26 avril 1758, la façon dont le livre de Forbonnais, Recherches et considérations sur les Finances de la France depuis l’année 1595 jusqu’à l’année 1721 fut « imprimé en Avignon et distribué à Paris avec une espèce de tolérance de la part de Monsieur de Malesherbes. Cet ouvrage qui pourra faire du bruit est du Sire Veron de Forbonnais qui n’a jamais pu obtenir la permission de le faire imprimer ».

L’inspecteur de la Librairie Joseph d’Hémery était de la même composition que Malesherbes : tolérant et libéral. De plus, il remplissait les fonctions de critique littéraire pour Mme de Pompadour et l’informait ainsi des toutes dernières publications dans le monde littéraire. Il est peu douteux que cette fonction lui ait permis de rencontrer Quesnay, qui était le médecin personnel de la maîtresse du Roi.

Le Journal de la librairie d’Hémery.

D’Hémery n’était ni un défenseur fanatique de l’ordre établi, ni un censeur répressif, comme l’ont souligné Jean-Louis et Maria Flandrin. [18] C’était plutôt une sorte d’homme de lettres amateur, qui s’intéressait autant au style et au contenu des œuvres qu’il lisait qu’à la recherche de passages ou d’idées pernicieux pour la monarchie.

Le Journal couvre la période de 1750 à 1769 ; nous l’avons étudié pour les années 1750-1758. [19] Avant 1750, les publications d’économie étaient rares et irrégulières. Après 1758, l’initiative des travaux économiques semble être passée du groupe Gournay au groupe Quesnay (ce qui s’explique peut-être par la maladie et la mort de Gournay à l’âge de 48 ans).

Le Journal de la librairie n’était pas un journal personnel ; il était accessible aux supérieurs d’Hémery, le lieutenant général de Police et le directeur de la Librairie.

Pour les années précédant 1754, il comporte un supplément de notes, peut-être destinées à Mme de Pompadour : des commérages, les tout derniers vers satiriques, des descriptions de personnes. À partir de 1754, ces notes disparaissent et le Journal ne contient que la liste précise des ouvrages et les commentaires d’Hémery. Le Journal fournit une description technique du livre, le type de permission accordée, le nom de l’auteur et une critique personnelle ; par exemple, le 5 février 1756, il écrit :

La noblesse Commerçante. Brochure in-12 de 214 pages. Imp. par Duchesne avec permission tacite. C’est l’Abbé Coyer qui est l’auteur de cette jolie plaisanterie.

D’Hémery fait preuve de beaucoup de précision et d’attention scrupuleuse dans la correction des erreurs qu’il lui arrive de commettre. Il se distingue par son talent à retrouver les véritables éditeurs des livres publiés.

L’éditeur de l’Essai de Cantillon

Dans le Journal de la librairie, en date du 29 mai 1755, d’Hémery note :

Essai sur la nature du Commerce en général, traduit de l’Anglois, vol. in-12, imprimé par Guillyn, avec permission tacite.

Cette note est fondamentale, car c’est la première référence connue sur la publication de l’Essai ; de plus, elle nous indique qu’il n’était pas publié à Londres ou clandestinement en France, mais bénéficiait d’une permission tacite du bureau du directeur de la Librairie.

D’Hémery aurait-il pu se tromper ? Après tout Barrois, Quai des Augustins, est inscrit comme vendeur de l’Essai dans deux revues littéraires : le Journal des Sçavans et la Suite de la Clef. Étant donné l’expertise d’Hémery en matière d’édition, il est peu probable qu’il ait fait une telle erreur.

Nous avons confirmation du fait que Guillyn est bien l’éditeur de l’Essai, dans le Journal de la librairie, en date du 22 janvier 1756 :

Questions importantes sur le Commerce à l’Occasion des oppositions au dernier Bill de Naturalisation : ouvrage traduit de l’Anglois de Josiah Tucker, recteur du Collège de Saint Estienne à Bristol et chapelain de l’Évêque de Bristol. Brochure in-12 imprimée par Guillyn et Société avec permission tacite.

Nous avons vu que l’Essai de Cantillon et les Questions importantes sur le Commerce portaient tous les deux le faux « imprint » de Fletcher Gyles, éditeur à Holborn, Londres. D’Hémery ne s’y trompa pourtant point.

De plus, au catalogue des livres en vente chez Guillyn, se trouve les Questions Importantes sur le Commerce de Tucker. [20] Que Guillyn soit l’éditeur de ces deux œuvres confirme, à mon avis, le rôle dominant de Gournay dans la publication des travaux économiques, entre 1752 et 1758. Un autre ouvrage économique, publié en 1755, semble lié à Guillyn et Gournay. Il s’agit de la traduction par Bûtel-Dumont du livre de John Cary Essai sur l’état du Commerce d’Angleterre. [21] Si l’on se souvient que Bûtel-Dumont, traducteur de Cary, s’était associé à Gournay pour la traduction des Traités sur le Commerce de Child, on retrouve la relation entre Gournay et Guillyn.

L’éditeur Guillyn.

Pierre-André Guillyn, fils de Louis Guillyn, naquit en 1715 ; il fit son apprentissage dans l’édition et devint libraire en 1742 (le 19 janvier). Son adresse était au Lis d’Or, du côté du Pont Saint-Michel, quai des Augustins, Paris. Il mourut à Monthléry le 9 juin 1781.

Le Journal d’Hémery et les Registres de permissions tacites indiquent qu’il fut un éditeur important, qui publia une grande variété de livres. Il était, de toute évidence, en faveur à la Cour, car il publia bon nombre d’ouvrages militaires, tels que Victoires Mémorables des François de F. d’Alletz (mentionné par d’Hémery en 1754) et, plus tard, les dix volumes des Essais Historiques sur les Régimens d’Infanterie, Cavalerie et Dragons 1765-1767 de Roussel. De tels ouvrages n’auraient pas été confiés à une maison d’édition clandestine.

En 1765, Guillyn collabora avec Barrois à la publication des dix volumes de la Description Historique de la ville de Paris par Piganiol de la Force. Étant donné la proximité de la librairie de Barrois sur le quai des Augustins, on peut penser que les deux librairies-éditeurs coopéraient pour la diffusion des ouvrages économiques ; ce qui expliquerait que Barrois figurât sur la liste des librairies qui vendaient l’Essai de Cantillon en 1755.

Dans la période de 1755 à 1758, nous trouvons Vincent Gournay directement ou indirectement en relation avec les œuvres de Turgot, Bûtel-Dumont, Clicquot-Blervache et Carlier, qui étaient tous étudiants à l’Académie d’Amiens. Gournay est le co-auteur avec son élève Clicquot-Blervache des Considérations sur le commerce et en particulier sur les compagnies sociétés et maîtrises, publié par Guillyn, et dont Dupont de Nemours écrivit :

Ce mémoire a été composé par M. de l’Isle, sous les yeux et les conseils de l’illustre M. de Gournay… On y reconnaît, comme dans tout ce qui émane de ce digne magistrat, d’excellents principes sur la liberté du commerce. [22]

Enfin, Gournay fut le maître de l’abbé Carlier, lui-même auteur d’un Mémoire sur les laines en 1755 et des Instructions sur la manière d’élever et de perfectionner les bestes à laine en 1756, dont l’éditeur fut Guillyn. En 1764, Guillyn publia aussi l’Histoire du Duché de Valois en trois volumes, dont l’auteur était encore l’abbé Carlier.

Des relations Gournay-Guillyn et Guillyn-Cantillon, nous induisons celles de Gournay avec Cantillon. Plus précisément Gournay semble avoir suscité la publication de l’Essai de Cantillon. À l’appui de cette théorie, on peut souligner une similitude frappante entre un passage du chapitre I du livre III de l’Essai et des commentaires de Gournay, écrits avant la publication de ce dernier.

Takumi Tsuda m’a fait remarquer un parallèle évident entre un manuscrit de Vincent Gournay écrit avant le 13 mars 1755 et un passage de Cantillon sur la production de la dentelle flamande. [23] Tsuda en conclut que Gournay avait lu l’Essai de Cantillon avant sa publication. De plus, nous savons par Morellet que Gournay incita ses amis à lire l’Essai après sa publication :

Il [Gournay] fit surtout lire beaucoup l’Essai sur le commerce en général, ouvrage excellent qu’on négligeait. [24]

Ces informations, que je viens de livrer, ne sont pas exhaustives, mais elles illustrent le schéma de l’action de Gournay dans la publication des œuvres d’économie, dans la période 1753 à 1758, qui fut si importante pour le développement des idées économiques

2. — L’ACCUEIL RÉSERVÉ PAR LES LECTEURS AUX PUBLICATIONS DU GROUPE GOURNAY

Nous avons dressé la liste (au tabl. 2) des œuvres principales inspirées par Gournay, telle que l’abbé Morellet l’avait établie[25], plus quelques autres travaux auxquels Gournay aurait participé. La liste du tableau 3 n’est pas exhaustive, mais elle représente l’ensemble des travaux économiques, jugés dignes de longs comptes rendus par le Journal des Sçavans ou le Journal de Verdun (suite de La Clef).

Avant 1750, les écrits économiques étaient peu nombreux et peu lus par le grand public. Vers 1755, eut lieu, selon les termes d’un critique, « une heureuse révolution » dans la publication d’ouvrages économiques.

Ce phénomène fut remarqué par de nombreux critiques en 1755 : par Grimm, d’abord, dans la Correspondance Littéraire, en mars[26], puis par le Journal de Verdun, en mai[27] et enfin par le Journal des Sçavans, en septembre[28].

TABLEAU 2

Ouvrages économiques pouvant être mis en rapport avec Vincent Gournay (1753-1758)

 

Date 1 Auteur Titre et éditeur réel 2 Relations avec Gournay
7 juin 1753 Forbonnais (d’après King). Le Négociant Anglais (Les Frères Estienne). Morellet.
28 février 1754 Dangeul. Remarques sur les Avantages et les Désavantages de la Grande-Bretagne par rapport au Commerce (Estienne). Morellet.
21 mars 1754 Forbonnais. Éléments du Commerce (Briasson, David, Le Breton, Durand). Morellet.
1er août 1754 Child (tr. Gournay). Traités sur le Commerce (Guérin et de La Tour). Traducteur.
13 mars 1755 Bûtel-Dumont (d’après Cary). Essai sur l’État Présent du Commerce d’Angleterre (Guillyn). Par inférence.
29 mai 1755 Cantillon. Essai sur la Nature de Commerce en Général (Guillyn). Par inférence.
22 janvier 1756 Tucker (tr. Turgot). Questions importantes sur le Commerce (Guillyn).

 

Par inférence.
20 juillet 1758 Clicquot-Blervache & Gournay. Considérations sur le Commerce et en particulier sur les Compagnies, Sociétés et Maîtrises (Guillyn).

 

Co-auteur
 

1. Les dates font référence à la première mention du livre en question dans le Journal de la Librairie de Joseph d’Hémery.

2. Les éditeurs cités le sont d’après le Journal de d’Hémery.

De leurs commentaires, il ressort que les écrits économiques étaient bien reçus par les lecteurs et que l’espoir se faisait jour de voir la nouvelle discipline révolutionner les habitudes commerciales et le rôle de l’État dans l’économie. Il est clair qu’il se passait quelque chose d’important pour le développement de la pensée économique en France. Même le roi Louis XV prétendait avoir lu les Remarques de Dangeul ; selon le Marquis d’Argenson : « …le roi prétend le lire, ainsi que les autres courtisans, et en attendant, ils le louent sans savoir ce qu’ils disent ». [29]

Presque tous les ouvrages dont la liste figure au tableau 2 firent l’objet de longs comptes rendus dans le Journal des Sçavans et le Journal de Verdun, comme l’indique le tableau 3.

Le groupe de Gournay comprenait Bûtel-Dumont, Clicquot-Blervache, Dangeul, Forbonnais et Turgot ; il ne constituait pas une « école » comme celle de Quesnay ; Forbonnais et Turgot étaient trop indépendants pour rester dans le même groupe pendant une longue période. À notre avis, Morellet les rattache au groupe de Gournay parce que pendant une période brève, mais cruciale, ils écrivirent sur le « commerce en général », à l’instigation de Gournay.

En 1754, Forbonnais et Dangeul avaient 32 ans, Bûtel-Dumont 29 ans, Clicquot-Blervache 31 ans et Turgot 28 ans ; tous commençaient à « faire parler d’eux » à Paris. Tous étaient issus de familles commerçantes et tous leurs écrits traitaient de « commerce ». Ceci nous amène à remettre en question l’assertion de Weulersse, selon laquelle « dans la littérature économique, l’agriculture occupait la place d’honneur ». [30] Plus récemment, Stephen Kaplan reprend la même idée : « La littérature économique pré-physiocratique s’aventura rarement au-delà du problème des grains, elle ne parvint pas à développer le germe de la puissante théorie libérale en une conception globale et cohérente de l’économie politique. » [31]

Certes, l’agriculture tenait une place importante dans ces écrits, ce qui semble normal, compte tenu de la part qu’elle avait dans le produit national brut. Néanmoins, comme l’indiquent les titres de leurs ouvrages, ils avaient des conceptions bien plus globales que celles, purement agriculturalistes, que Quesnay et ses disciples développèrent par la suite. Ils reconnurent le travail comme facteur important de production, au même titre que la terre, et ils établirent que la croissance économique provenait autant du secteur industriel que du secteur agricole. Notons au passage qu’Adam Smith emprunta son exemple de l’usine d’épingles à la France des années 1750 plutôt qu’à la Grande-Bretagne des années 1770. L’exemple des épingles provient de l’article de l’Encyclopédie, publié en 1755. [32]

La clef qui permet de comprendre et de singulariser les travaux du groupe Gournay, réside dans le mot « commerce » ; il doit être compris au sens moderne d’ « Économie ». Le terme « économie politique » était employé à l’époque, mais n’avait pas son sens moderne. La preuve en est que c’est à J.-J. Rousseau que fut confiée la rédaction de l’article « Économie » de l’Encyclopédie. Rousseau y traite de la base normale de l’autorité de l’État[33] : « la première et plus importante maxime du gouvernement légitime ou populaire… est de suivre en tout la volonté générale. » Tandis que c’est à Veron de Forbonnais, membre du groupe Gournay, que fut confié l’article « Commerce », qu’il définit comme suit[34] :

Par le mot de commerce, on entend dans le sens général une communication réciproque. Il s’applique plus particulièrement à la communication que les hommes se font entre eux des productions de leurs terres et de leur industrie (Les Éléments, p. 1). Ainsi, l’agriculture, les manufactures, les arts libéraux, la pêche, la navigation, les colonies, les assurances et le change forment huit branches du commerce (p. 4).

Tous les membres du groupe Gournay emploient constamment l’expression « le commerce en général »[35] ; tous s’efforcèrent de faire percevoir leur sujet comme une science. Le terme « la science du commerce » revient fréquemment dans la littérature de cette période. Gournay, dans ses Remarques sur les Traités de Child, écrit :

La Science du Commerce n’est donc autre chose que de tirer des avantages de son pays, d’y mettre les hommes et l’argent en action et les terres en valeur. [36]

Forbonnais, dans la publicité des Éléments du Commerce, écrit :

Enfin, je crois avoir rendu service au commerce, de l’avoir fait connaître comme une science dans une Nation… [37]

La forme embryonnaire de l’économie moderne était apparue. Les membres du groupe Gournay, conscients des effets néfastes de certaines politiques sur l’activité économique de la France de 1750 :

1° S’attachèrent à établir les principes canoniques de l’analyse des problèmes économiques ;

2° Analysèrent les affaires économiques de pays apparemment mieux dirigés, pour en imiter les politiques ;

3° Reconnurent l’importance des statistiques pour mesurer et quantifier les données économiques ;

4° Tirèrent des conclusions politiques, fondées sur les données économiques, l’analyse des théories et l’exemple d’autres pays.

Les livres recensés au tableau 3 cumulent ces quatre approches.

Les œuvres de Cantillon, Dangeul et Forbonnais (Éléments de Commerce) renferment un noyau solide de théorie économique. Les auteurs anglais Cary, Child, Tucker, King et autres furent traduits pour leurs enseignements sur la gestion économique en Grande-Bretagne et pour inciter la France à imiter cette dernière. Les Considérations de Gournay et Clicquot-Blervache renferment maintes recommandations politiques, tout comme les traductions des ouvrages anglais. L’anglomanie était à la mode, mais les ouvrages économiques anglais servaient à attaquer subrepticement ce qui n’allait pas en France. Dangeul alla jusqu’à prendre le pseudonyme anglais de Sir John Nicholls, mais fut vite mis à jour. D’autres traductions étaient des « traductions libres », où les commentaires explicatifs du traducteur français dépassaient en volume le texte anglais (voir la traduction de Cary par Bûtel-Dumont). Gournay tenta d’aboutir au même résultat, en ajoutant des remarques détaillées aux Traités de Child, mais elles ne furent pas acceptées à la publication. Les membres du groupe semblent avoir compris que des bases statistiques solides étaient une condition sine qua non de toute analyse économique. L’Arithmétique politique de Davenant fut incluse, dans la traduction de l’ouvrage de King, par Forbonnais. [38] Dangeul plaida en faveur d’un recensement de la population et des exploitations agricoles dans les Remarques ; et le livre I de l’Essai de Cantillon contient de nombreuses références annonçant un supplément statistique. Le tableau 4 donne un schéma général de l’approche de l’analyse économique qui était celle du groupe Gournay. Même si le groupe ne formula jamais ses conceptions de cette manière, nous espérons avoir mis en évidence les centres d’intérêt de leurs recherches.

TABLEAU 3

Comptes rendus d’ouvrages économiques (1753-1756)

Livre Journal des Sçavans Longueur Journal de Verdun Longueur
Théorie et pratique du commerce de la marine Avril 1753 6 1/2
Rétablissement des manufactures et du commerce d’Espagne Août 1753 5

 

Octobre 1753

 

5

 

Le Négociant Anglois Octobre 1753 6 Février 1754 3 1/2
Remarques sur les Avantages et les Désavantages de la France et de la Grande-Bretagne par rapport au Commerce Juin 1754 11 Mai 1755 9 1/2

 

Éléments du commerce Septembre 1754 7
Traités sur le commerce Novembre 1754 4 Février 1756 8
Histoire et commerce des colonies angloises Janvier 1755 5 Avril 1755 2
Essai sur l’état du commerce d’Angleterre Juin 1755 11
Essai sur la nature du commerce en général Septembre 1755 10 Mars 1756 9 1/2

 

Questions sur le commerce des François au Levant Novembre 1755 7
Examen des avantages et des désavantages de la prohibition des toiles peintes Décembre 1755 5
La noblesse commerçante Juillet 1756 8
Dissertations sur le commerce Septembre 1756 4
 

En 1757, le Journal de Verdun ne publia aucun compte rendu sur aucun ouvrage économique nouvellement édité.

TABLEAU 4

Résumé des idées du groupe Gournay

 

Programme de recherche Objectif Nature du problème Recommandations politiques
Le commerce en général, synonyme d’économie.

La richesse provient à la fois du travail et de la terre.

Plein emploi. Croissance démographique. Faiblesses de l’offre : Absence de compétition. Pratiques restrictives.

Faiblesses de la demande :

Forts taux d’intérêt. Thésaurisation.

Libre échange.

Intervention de l’État pour faire baisser les taux d’intérêts.

Nous traiterons plus particulièrement des œuvres de Cantillon, Dangeul, Forbonnais et Gournay. Nous avons inclu Cantillon au groupe, à titre posthume, étant donné l’insistance avec laquelle Gournay recommanda son œuvre. [39] Les contributions de Gournay ont été glanées dans ses Remarques non publiées sur les Traités de Child, remarques récemment retrouvées par le professeur Tsuda. En attendant leur publication par M. Tsuda, je me suis basé sur des Remarques sur le chapitre 9 touchant la balance du commerce par Gournay, que j’ai trouvées dans les Archives du ministère des Affaires étrangères à Paris.

3. — ÉVALUATION DES CONTRIBUTIONS ORIGINALES DU GROUPE GOURNAY À LA SCIENCE ÉCONOMIQUE

La première remarque à faire concernant ces écrits économiques du début des années 1750 est un parallèle avec les écrits des Lumières. Forbonnais et Turgot écrivirent des articles dans l’Encyclopédie. Comme les philosophes des Lumières, les économistes invoquaient une réforme du système visant à le libéraliser. Ils étaient favorables à une plus grande liberté politique et religieuse. Dangeul, le plus radical du groupe, appelait à une redistribution de la richesse et à l’adoption du système parlementaire britannique. [40] Turgot, faisant écho à Josiah Tucker, s’opposait aux lois discriminatoires en matière de religion. On trouve des critiques portant sur d’autres problèmes religieux, tels que le célibat des prêtres et le nombre de fêtes religieuses. Cantillon, Dangeul et Forbonnais s’accordent à dire que les fêtes religieuses font baisser la production nationale. [41]

Logique avec ses conceptions libérales en matière de politique et de religion, le groupe était vivement favorable au « libre échange » intérieur. Ses membres attaquèrent vigoureusement les monopoles, les pratiques limitant la libre circulation de la main-d’œuvre et des marchandises sur le marché intérieur. [42] Même si Turgot cite Gournay comme étant l’auteur de la maxime « laissez-faire, laissez-passer », les membres du groupe n’étaient pas des libre-échangistes aussi ardents que le Marquis d’Argenson. [43] Ils étaient favorables à l’intervention de l’État dans certains domaines de l’activité économique.

Leur attitude interventionniste découlait de leurs conceptions philosophiques et économiques sur la société. D’un point de vue philosophique, ils reconnaissaient la possibilité d’une incompatibilité entre les intérêts particuliers et les intérêts généraux de la société. Ils n’acceptaient pas totalement la doctrine de l’ordre naturel, dont on pouvait inférer l’idée d’une harmonie sociale originelle que l’homme devait se garder de modifier. Le gouvernement se devait d’intervenir pour régler les divergences entre les intérêts privés et les intérêts publics.

On voit tout de suite qu’une telle approche risque d’être jugée comme contradictoire, puisque les économistes du groupe Gournay recommandaient une attitude libre-échangiste du côté de l’offre, et, en revanche, l’intervention mesurée de l’État du côté de la demande. À une telle objection, nous opposerons l’argument que cette théorie économique modérée, hybride, entre le laissez-faire et l’interventionnisme, reflétait leur conception essentiellement équilibrée de l’économie. En accord avec cette conception, ils considéraient, nous l’avons vu, à la fois l’industrie et l’agriculture comme sources de production, plutôt que d’adhérer à la vision unidimensionnelle des Physiocrates sur le rôle de l’agriculture.

Logiques avec leurs conceptions philosophiques, ils ne se laissaient pas entraîner dans le dogme du laissez-faire, par la thèse de l’harmonie originelle de l’état de Nature. Si la Nature était réglée par des lois scientifiques, l’homme, en tant que créature pensante, avait la capacité d’améliorer le système dans lequel il vivait. Une telle amélioration devait nécessairement passer par l’accumulation des données économiques qui pouvaient ensuite être exploitées afin d’obtenir les meilleurs résultats dans la modification de la société.

Gournay et son groupe avaient déjà une vision macro-économique du monde, dont nous avons tenté de synthétiser les grandes idées au tableau 5. Une telle vision suppose une compréhension de la nature profondément équilibrée d’un système économique. Voici deux citations à l’appui de cette idée. La première est tirée du numéro de septembre 1755 du Journal des Sçavans :

Les hommes réfléchissent rarement sur les choses qu’ils sont dans l’habitude de voir. Ce qu’ils trouvent établi dans la société dont ils font partie leur paraît être l’effet du hasard. Non seulement ils n’en aperçoivent pas les causes, mais ils ne se doutent pas même qu’il y en ait. D’ailleurs, ces causes sont si compliquées, il y a si peu de personnes qui aient intérêt de les connaître, qu’il n’est pas étonnant qu’elles demeurent presque universellement ignorées. Cependant, il n’est pas indifférent d’être éclairé sur les principes qui ont produit le système sous lequel nous vivons, et de savoir quelles sont les raisons de la distribution locale des hommes sur la terre, de la distribution des travaux parmi ces hommes, et du produit de ces mêmes travaux. Cette économie est indépendante de l’action d’une infinité de ressorts que nous faisons mouvoir, et le dérangement d’un seul de ces ressorts est capable d’occasionner les désordres les plus fâcheux. Si nous pouvions en calculer tous les effets, il n’est pas douteux que nous serions plus en état d’entretenir la juste proportion qui doit régner entre eux.

(Extrait du compte rendu de l’Essai de Cantillon.)

La seconde est tirée des Remarques de Dangeul, Dresde, 1754, pp. 266-269 :

Mais que l’intelligence des hommes est bornée. Ces hommes à qui, sous la direction suprême d’une Providence qui embrasse tout l’Univers, le soin des choses terrestres est confié, connaissent à peine quelle est la forme de Société sous laquelle il leur est plus avantageux de vivre ; quelle est la distribution des hommes la plus favorable au système qu’ils ont préféré. Tant de circonstances qui n’ont pas dépendu des hommes ont contribué à former ces sociétés, ces systèmes, ces distributions, que ceux qui les trouvent établies sont tentés de les croire l’ouvrage du hasard. Le plus grand nombre des hommes existent sans en apercevoir les causes, et en sont l’effet sans le savoir : elles sont si combinées, et d’ailleurs l’intérêt de les connaître touche si peu d’esprits. Il est pourtant dans tout système de Gouvernement une proportion plus favorable qu’une autre de l’usage de la terre et des eaux et des productions qu’on arrache de son sein ; de la distribution locale des hommes, dans les campagnes, bourgs, villages et villes ; de la distribution des différents emplois de la Société parmi les hommes ; de la distribution des travaux dans chaque classe, et du produit de ces travaux les richesses ou l’aisance. Mais cette proportion supposée existante est sujette à tant de changements violents, comme les disettes, les pestes, les guerres ; à tant de changements imperceptibles comme le progrès du commerce, du luxe, des mœurs ; tant de variations que les rapports avec les autres États occasionnent ; tant d’autres qui sont l’ouvrage des lois que les hommes font, sans en prévoir toutes les conséquences.

Cependant, il n’est pas indifférent pour les hommes d’être éclairés sur cette économie, ses proportions, ses changements et leurs sujets ; c’est du rapport parfait de toutes ces causes entre elles que dépend l’existence du système sous lequel ils vivent ; eux mêmes sont soumis pour leur conservation à l’action de ces ressorts qu’ils font mouvoir sans en pouvoir calculer sûrement les effets ; un seul de ces ressorts détruit ou affaibli étend quelquefois ses désordres jusque sur les sources de la vie, et ces superbes créatures qui s’imaginent être les causes des choses terrestres périssent par leurs propres ouvrages et avec eux.

Ces deux passages présentent un intérêt considérable pour un certain nombre de raisons.

Premièrement, leur étude structurelle et stylistique indique qu’ils sont tous deux de la même main : celle de Plumard de Dangeul. Le Journal des Sçavans était une revue littéraire semi-officielle, puisque son éditeur était nommé par le directeur de la librairie. Que Dangeul ait été choisi pour rédiger le compte rendu de l’Essai de Cantillon, de façon aussi complète, indique l’intérêt que l’Administration avait à faire connaître cet essai. Voici qu’un administrateur et courtisan en vue, qui avait déjà publié avec un succès retentissant ses Remarques, sous le nom d’emprunt de Sir John Nicholls, se voyait chargé d’écrire le compte rendu d’un ouvrage anonyme sur le commerce en général. Ceci illustre bien le vif intérêt que portaient les administrateurs à la publication des œuvres économiques. Le directeur de la librairie ne se contentait pas de s’assurer que les ouvrages économiques passaient sans encombre les diverses étapes de la censure ; il nommait aussi indirectement des critiques choisis parmi les membres du groupe Gournay pour rédiger dans le Journal des Sçavans les comptes rendus d’ouvrages sélectionnés par le groupe pour la publication.

Cependant, l’originalité de la conception du rôle de l’économie que développe Dangeul est d’une importance encore plus grande. Le fait qu’il ait paraphrasé et copié certains de ses commentaires sur l’Essai de Cantillon déjà publiés dans ses Remarques est une preuve de l’importance qu’il accordait à cette conception de l’économie.

Ces passages illustrent la vision de l’économie profondément équilibrée de Dangeul. Les forces économiques qui opèrent dans le système sont interdépendantes. L’équilibre de ces forces peut être rompu par des chocs exogènes tels que la peste, la famine et la guerre et par des changements nettement moins visibles tels que ceux suscités par les progrès techniques, la croissance de la prospérité, les changements d’habitudes, les modifications dans les relations commerciales avec d’autres pays, etc.

Son approche est loin d’être passive : « Il est pourtant dans tout système de gouvernement une proportion plus favorable qu’une autre… » L’Homme, par son action même, influence le système. Le problème est de s’assurer que l’action de l’État est cohérente avec les forces économiques sous-jacentes qui sont mises en œuvre, sinon les hommes « périssent par leurs propres ouvrages et avec eux ».

L’action doit être menée sur deux fronts. Tout d’abord, Dangeul souhaite voir s’affirmer les analyses du système économique. Il faut, à tout prix, créer une information sur les données économiques et la préciser sans cesse. Dans le même chapitre des Remarques, d’où est tirée la citation ci-dessus, Dangeul plaide en faveur d’un recensement général de la population et en faveur d’un système d’exploitations agricoles.

L’interventionnisme ne se justifie que par une meilleure connaissance des données. Ici, Dangeul rentre dans ce que Coddington nommait récemment un « Keynesianisme hydraulique ». [44] Il conçoit le dirigeant économique comme placé en face d’une multitude de leviers (des ressorts) dont il lui faut jouer avec prudence pour obtenir l’équilibre optimum (« la juste proportion qui doit régner entre eux »).

Il faut néanmoins rester prudent dans notre interprétation du mot « intervention ». Du côté de l’offre, Gournay et son groupe lui donnèrent le sens de la nécessité de libération des marchés par l’État. Du côté de la demande, nous verrons que leur attitude concernant l’intervention de l’État alla d’une politique monétariste à tout prix à une politique plus modérée, qui n’ignorait pas les contraintes que subit une politique monétaire dans une économie ouverte. La liberté de mouvement sur les marchés des produits de base et des facteurs de production nécessitait du gouvernement qu’il abolisse la vaste gamme de pratiques restrictives qui gênaient la mobilité du capital, de la main-d’œuvre et des biens. Gournay résuma, avec Clicquot-Blervache, cette conception de l’offre, de la façon suivante :

Les principes du commerce ne sont pas nombreux et se réduisent à ceux-ci :

Rendre le commerce libre et nécessaire ;

Faire en sorte qu’il soit de l’intérêt des autres nations de commercer avec nous ;

Multiplier les mains et augmenter le peuple dans le commerce.

Pour cela, ajoutaient-ils, il ne faut ni monopoles, ni restrictions ; il faut que les ouvriers puissent se déplacer et ne soient pas astreints à rester dans une même localité ; que tous aient le droit d’avoir des métiers et de prendre des apprentis. Il est inutile de prolonger l’apprentissage et de le régler par la loi. [45]

Dangeul s’éleva vivement contre ces pratiques restrictives lui aussi et montra sa préférence pour la libre concurrence :

Savoir que, dans le commerce, l’industrie nait de la liberté ; la consommation intérieure et extérieure, du bon marché, suite de la concurrence ; de la consommation enfin, l’emploi des hommes et la population, seuls principes actifs et créateurs d’un État. [46]

Pour Forbonnais, la concurrence « est le principe le plus actif du commerce utile… il est l’âme et l’aiguillon de l’industrie ». [47] En dépit de ces remarques, Forbonnais a été accusé d’avoir des tendances mercantilistes parce qu’il était favorable à un système tarifaire sur les importations. Cependant, le tarif qu’il préconisait était de 15 %, taux extrêmement bas en France à cette époque. Forbonnais était partisan d’un tel tarif davantage pour protéger « une industrie naissante » que pour des conceptions profondément protectionnistes. [48]

Les membres du groupe attaquèrent aussi le lourd fardeau de la taxation qui annihilait tout encouragement au travail pour les travailleurs à bas salaires et ils condamnèrent l’effet anesthésiant du système des « charges », qui attirait l’esprit d’entreprise et le capital loin de l’industrie vers le domaine de la « fonction publique » et l’achat des charges d’État. Voici ce que Gournay écrivit du système des charges :

La multiplicité des charges de toute espèce que l’on regarde comme plus honnêtes, ou préférables à l’état du négociant, rien n’a plus contribué à engourdir l’industrie que ces charges sans nombre qui font le point de vue et l’ambition de presque toute Nation, et qui font qu’une partie des sujets du Roi se voue à l’oisiveté en achetant ces charges. [49]

Nous ne nous étendrons pas sur ce sujet et analyserons plutôt la façon dont Gournay préconisait l’intervention de l’État, dans le domaine de la demande.

Il était généralement admis que la France souffrait d’une énorme sous-utilisation de ses ressources. Pourquoi ? Mises à part les faiblesses de l’offre, il y avait aussi un grave problème de demande : une demande insuffisante causée par la thésaurisation. La thésaurisation entraînait l’insuffisance de la demande de consommation, car elle faisait monter les taux d’intérêt, réduisant ainsi les dépenses d’investissement.

Si les travaux initiaux du groupe de Gournay se basaient largement sur les écrits de Josiah Child, le marchand anglais du XVIIIe siècle, nous avons des indices quant à l’existence d’une divergence ultérieure du groupe par rapport à la politique monétariste à outrance de Child.

Gournay et Forbonnais, comme l’Écossais John Law, ne manquèrent pas de remarquer le problème de la thésaurisation. En résumant les problèmes du commerce français, Gournay parle de « la masse d’argent inutile » qui « croupit dans les coffres ». [50] Forbonnais aussi reconnaît les dangers de la thésaurisation. Mais il montre aussi, à la fois dans le chapitre IX des Éléments et dans les notes préliminaires du Négociant Anglois, qu’il y a des limites à l’accroissement de la masse monétaire :

S’il est vrai de dire que l’argent remplit dans un corps politique les fonctions du sang dans un corps humain, la surabondance de l’un doit être aussi dangereuse que celle de l’autre. La science du médecin tend à maintenir les liqueurs dans l’équilibre ; l’habileté du politique consiste à l’établir entre les diverses occupations du peuple. [51]

Dangeul et Forbonnais deviennent de plus en plus conscients qu’un accroissement trop grand de la masse monétaire pourrait avoir des répercussions néfastes sur les prix et sur la balance des paiements. Gournay, grand défenseur des faibles taux d’intérêt, semble aussi avoir pris conscience qu’il y avait des limites à l’accroissement de la masse monétaire. Bonnot de Mably rapporte la conversation suivante avec Gournay, lorsqu’il lui emprunta ses Remarques non publiées sur les Traités de Child. Gournay lui aurait dit que :

Le manque d’argent est un mal, mais j’ai eu tort de croire qu’on ne pouvait jamais en avoir trop. J’effacerai tout ce que j’ai dit sur le crédit public ; je le regardais comme un avantage, mais en le considérant plus attentivement, j’ai jugé qu’on en abuserait toujours. J’aime la liberté dans le commerce, mais je ne veux pas qu’elle dégénère en licence. [52]

Quelle fut la cause d’un retour à la modération sur le rôle de la politique monétaire ? C’est ici que nous concluons en revenant à notre énigmatique Cantillon. Les livres II et III de l’Essai représentent, à notre avis, la première analyse économique cohérente des problèmes monétaires. [53] Cantillon, qui connaissait les dangers du système du Mississippi de John Law, reconnut les contraintes auxquelles se heurterait l’État dans sa tentative d’accroissement de la masse monétaire. En établissant la distinction importante entre les biens exportables et les biens non exportables, Cantillon montra les propriétés auto-régulatrices d’une économie ouverte. [54] L’accroissement brutal de la masse monétaire par rapport à la demande causerait des dépenses accrues dans le secteur des biens exportables (réductions des exportations, accroissement des importations) autant que dans celui des biens non exportables (hausse de leurs prix). Il s’ensuivrait un déficit de la balance des paiements, qui causerait une chute de l’offre monétaire. Cantillon démontra magistralement les limites des politiques monétaires même si, d’un autre côté, il reconnaissait que la Banque Centrale pouvait et devait s’engager dans des opérations limitées sur un marché ouvert. [55]

Nous sommes persuadés que l’Essai de Richard Cantillon contribua considérablement à modifier l’interventionnisme, en matière de demande, de Gournay et de son groupe. Leur capacité à modifier leurs thèses en ce domaine prouve, une fois de plus, que leur conception de l’économie était très équilibrée.

Puissent les économistes contemporains s’inspirer de l’ouverture d’esprit des membres du groupe de Gournay, qui furent parmi les pionniers de l’Économie moderne !

Antoine MURPHY, Trinity Collège, Dublin.

(Traduit par Michel Bertrand.)

________________

[1] Georges Weulersse, Le Mouvement Physiocratique en France de 1756 à 1770 (Paris, 1910) ; Ronal L. Meek, The Economics of Physiocracy (London, 1962), p. 15.

[2] Takumi Tsuda (éd.), Essai sur la Nature du Commerce en général (Tokyo, 1976).

[3] En particulier en ce qui concerne le libraire-éditeur de l’Essai de Cantillon et l’utilisation des vignettes pour montrer quels sont les éditeurs des livres.

[4] Pierre-Samuel Dupont de Nemours, Œuvres de M. Turgot (Paris, 1808-1811) ; Abbé André Morellet, Mémoires inédits de l’Abbé Morellet (Paris, 1821), vol. 1, pp. 36-37. La seule biographie est par Gustave Schelle, Vincent de Gournay (Paris, 1897).

[5] Op. cit.

[6] Quesnay a utilisé l’Essai de Cantillon d’une manière ambiguë. Dans une conversation avec le Marquis de Mirabeau, il a montré une attitude très hostile envers l’Essai, voir Correspondance Générale de J.-J. Rousseau, éd. T. Dufour, vol. XVII (1932), pp. 176-178. Mais en même temps il a cité l’Essai dans les Grains, et son Tableau Économique était probablement inspiré par l’Essai. Voir Joseph Schumpeter, A History of Economic Analysis, « Cantillon was to Quesnay… what Ricardo was to Marx ». Meek, op. cit., dit que c’était Marx qui a été le premier à découvrir les liens entre Cantillon et Quesnay.

[7] C’était Gournay et son étudiant, Clicquot-Blervache, qui ont écrit Considérations sur le Commerce.

[8] Tsuda (éd.), op. cit.

[9] Henry Higgs (éd.), Essai sur la Nature du Commerce en général (Macmillan, London, 1931). Higgs dit « this translation (Questions importantes sur le Commerce) is said to have been made by Turgot at the instigation of Gournay » (p. 385). Dupont de Nemours, Mémoires sur Turgot, constate que Turgot a rencontré Gournay à l’occasion d’une traduction que Turgot fit d’un pamphlet de Josiah Tucker. C’était vers 1754.

[10] H. R. Plomer, G. H. Bushnell and E. R. McDix, Dictionary of Booksellers and Printers 1726-1775 (Oxford, 1932).

[11] Voir Higgs (éd.), op. cit., article par Jevons, p. 341.

[12] Higgs (éd.), op. cit., p. 381.

[13] Tsuda (éd.), op. cit., p. 433.

[14] Voir Lamoignon de Malesherbes, Mémoire sur la Librairie et sur la Liberté de la Presse (1809).

[15] Voir Robert Estivals, La Statistique bibliographique de la France sous la Monarchie au XVIIIe siècle (Paris, 1965).

[16] Joseph D’Hémery, Journal de la Librairie (Bibliothèque Nationale, Manuscrits Français 22, 160).

[17] Morellet, op. cit., p. 39.

[18] Jean-Louis et Maria Flandrin, « La circulation du livre dans la société du XVIIIe siècle : un sondage à travers quelques sources », Livre et Société dans la France du XVIIIe siècle, vol. 2, éd. François Furet (Paris, 1970).

[19] Journal de la Librairie, 1750-1769 (Manuscrits Français 22, 156 – 22, 165).

[20] Ce catalogue se trouve dans un volume qui contient trois œuvres par l’Abbé Carlier, publiées par Guillyn (Trinity Collège Dublin OLS 200 N. 57). « Catalogue de quelques livres d’Agriculture, etc., qui se trouvent à Paris, chez Guillyn, libraire, quai des Augustins. » Inclus Questions importantes sur le Commerce, Essai sur le l’état du Commerce d’Angleterre… de John Cari, et Considérations sur le Commerce. Le livre est en date de 1763.

[21] Registre des Livres d’Impression étrangère (Manuscrits Français, 21, 994). Essai sur l’état du Commerce d’Angleterre (permission tacite) donné à Guislin (Guillyn).

[22] Du Pont de Nemours, Éphémérides du Citoyen (Paris, 1769). Cité par Schelle, op. cit., p. 126.

[23] T. Tsuda (éd.), Vincent de Gournay, « Si le travail des gens de mainmorte et la faculté qui leur serait accordée d’en mettre les productions dans le commerce serait utile ou préjudiciable à l’État » (Keizai Kenyku, Japon, April 1980).

[24] Morellet, op. cit., pp. 36-37.

[25] Op. cit.

[26] Grimm, Correspondance Littéraire (Paris, 1812-1813).

[27] Journal de Verdun, mai 1755. Une revue des Remarques sur les Avantages et les Désavantages de la Grande-Bretagne par rapport au Commerce (Dangeul).

[28] Journal des Sçavans, septembre 1755. Une revue de l’Essai de Cantillon.

[29] Journal et Mémoires d’Argenson, 14 avril 1754, éd. E.J.B. Rathery, vol. 8, p. 274 (Paris, 1866).

[30] Weulersse, op. cit.

[31] Stephen Kaplan, Bread, Politics and Political Economy in the Reign of Louis XV, pp. 114-115 (La Haye, 1976).

[32] Adam Smith, The Wealth of Nations, éd. Edwin Cannan, p. 6 (London, 1930, 5th edition).

[33] Jean-Jacques Rousseau, article « L’économie », Encyclopédie, 1755.

[34] Véron de Forbonnais, article « Le commerce », Encyclopédie, 1751.

[35] Voir le titre de l’Essai de Cantillon, chapitre 1 des Éléments de Forbonnais, « Le commerce en général », et Dangeul, Remarques sur les Avantages et les Désavantages… (Dresde, 1754), pp. 263, 265.

[36] Vincent De Gournay, « Remarques sur le chapitre 9 touchant la balance du commerce » (Paris AAE, Mém. et Doc. France, vol. 2009), p. 112 r.

[37] Véron de Forbonnais, Éléments du Commerce. Voir l’avertissement.

[38] Le Négociant Anglais (1753).

[39] Morellet, op. cit., vol. 1, p. 37.

[40] Dangeul, Remarques, op. cit., p. 58, pp. 155-159.

[41] Cantillon (Higgs éd.), p. 94 ; Dangeul, p. 29 ; Forbonnais, Éléments du Commerce (Amsterdam, 1755), pp. 265-266.

[42] Dangeul, op. cit., pp. 208-216 ; Cliquot-Blervache et Gournay, Considérations sur le Commerce (1758).

[43] Journal Œconomique, avril 1751.

[44] Alan Coddington, Journal of Economic Literature, December 1976, pp. 1258-1273.

[45] Cliquot-Blervache et Gournay, op. cit.

[46] Dangeul, op. cit., p. 265.

[47] Forbonnais, op. cit., p. 88.

[48] Voir Christian Morrison, « Le libéralisme de Forbonnais et ses limites », Questions financières aux XVIIIe et XIXe siècles, par Christian Morrison et Robert Goffin (P.U.F., Paris, 1967), p. 12.

[49] Gournay, Remarques, op. cit., p. 122 v.

[50] Ibid., p. 115 r.

[51] Véron de Forbonnais, Le Négociant Anglois (1753), notes préliminaires, p. 141.

[52] B. de Mably, Œuvres Complètes de Mably, Du Commerce des Grains, vol. XIII, p. 294.

[53] Voir Antoin Murphy, « Cantillon and the Monetary Approach to the Balance of Payments » (Trinity College Dublin, Discussion Paper).

[54] Cantillon (Higgs éd.), pp. 173, 177, 179

[55] Ibid., p. 185.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publié.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.