Piketty et le capital. Par Peter G. Klein

Thomas Piketty

Thomas Piketty

Piketty et le capital. Par Peter G. Klein

Traduit par Stéphane Mozejka, Institut Coppet

Peter G. Klein est l’auteur de The Capitalist & the Entrepreneur: Essays on Organizations & Markets. Il est directeur exécutif et membre du Carl Menger Research au Mises Institute. Klein enseigne à la Mises Academy. Il tient le blog Organizations and Markets.

Dans la continuité des remarques de Hunter, Piketty considère le capital comme un ensemble homogène et liquide de fonds, et non comme un stock hétérogène d’actifs financiers. Ce n’est pas une simple question de terminologie, comme le savent ceux qui sont familiers avec les débats sur la théorie du capital depuis les années 1930 et 1940. L’approche de Piketty est focalisée sur la quantité de capital, et, de manière plus importante, sur le taux de rendement du capital. Mais ces concepts ont peu de sens dans la perspective de la théorie autrichienne du capital, qui met l’accent sur la complexité, la variété, et la qualité de la structure capitalistique de l’économie. Il n’y a pas de moyen de mesurer la quantité de capital, et un tel chiffre n’aurait aucune signification non plus. La valeur des biens d’équipement hétérogènes dépend de leur place dans le plan subjectif de production d’un entrepreneur. La production est chargée d’incertitude. Les entrepreneurs acquièrent, déploient, combinent, et recombinent les biens d’équipement en cherchant le profit, mais il n’y a rien de tel qu’un « taux de rendement sur le capital investi ».

Les profits sont des quantités, non des taux. La vieille notion de capital comme un ensemble de fonds qui génèrent automatiquement un taux de rendement, juste en existant, est incompréhensible dans la perspective d’une théorie de la production moderne. Robert Solow, dans une élogieuse présentation du livre de Piketty, déclare : « Le point clef à propos de la richesse dans une économie capitaliste est qu’elle se reproduit d’elle-même et gagne habituellement un rendement net positif ». Mais c’est un non-sens du point de vue microéconomique, de l’entrepreneuriat, de l’incertitude, de l’innovation, de la stratégie, etc.

Le gros de l’excitation autour des travaux de Piketty repose sur son estimation du taux de rendement à long terme du capital, et sur sa comparaison de ce rendement avec le taux de croissance économique à long terme. J’ai entendu dire, par des tierces personnes, que les calculs de Piketty (les premiers travaux ont été faits avec Emmanuel Saez) sont minutieux et soignés, et je n’ai pas de raison de douter de la partie empirique du livre. Mais cela semble un exercice vain pour moi – je ne sais pas ce que les constructions sous-jacentes peuvent même signifier.

Bien sûr, il y a beaucoup d’autres questions en relation avec l’interprétation de ces données et ce qu’elles signifient pour la mobilité sociale, l’équité, etc. Par exemple, il y a plus de mobilité verticale que les thuriféraires de Piketty l’admettent – peu de gens demeurent dans une tranche de revenu toute leur vie.  Et la plupart des Américains sont des capitalistes, avec une partie de leur patrimoine financier investi en actions à travers leur portefeuille de retraite. Ainsi le lien entre la performance du marché des actions, des revenus fonciers et des ressources naturelles, ainsi que le rendement des intérêts et la répartition de la richesse financière entre les individus, est compliqué.

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