Sur le livre de Paul Brandat : Les Droits de l’homme

Frédéric Passy, « Sur le livre de Paul Brandat : Les Droits de l’homme » (Journal des économistes, octobre 1871.)


LES DROITS DE L’HOMME, par Paul BRANDAT. Paris, Bellaire, librairie Franklin, in-32. 

Je ne fais que signaler aujourd’hui, faute de temps pour l’examiner comme il conviendrait, cette nouvelle publication d’un écrivain dont j’ai plus d’une fois recommandé les études aux esprits sérieux, amis de la franchise, et que n’effarouche pas outre mesure la rudesse, quelquefois un peu excessive, d’une plume qui semble fuir, autant que d’autres les recherchent, les circonlocutions adoucies et les sous-entendus inoffensifs. M. Brandat sent vivement, trop vivement quelquefois, et il dit les choses comme il les sent : avec âpreté, avec indignation, avec enthousiasme, mais avec une entière loyauté toujours. Sous ce feu, d’ailleurs, dont l’aliment est un ardent amour de la France et de l’humanité, il y a une grande puissance de méditation, et une habitude ancienne des problèmes politiques, philosophiques et religieux. De tout cela résulte un ensemble original, animé, attrayant souvent, instructif presque toujours, que l’on soit ou que l’on ne soit pas de l’avis de l’auteur ; quelque chose, enfin, qui sort de l’ordinaire et que l’on aime pour ses qualités, et parfois, tout en maugréant contre eux, pour ses défauts. On sent qu’on a affaire à un homme, pour tout dire, et non à un écrivain de métier.

La pensée fondamentale de cette intéressante étude est aisée à indiquer. C’est, d’après l’auteur lui-même, « la prééminence du père de famille. » « Je trouve dit M. Brandat, le suffrage universel souverainement injuste, quand il met sur le pied d’égalité le père chargé d’une nombreuse famille et le fils aîné le jour où il a atteint ses 21 ans. Je voudrais voir la famille tenir une place sérieuse dans la constitution politique. C’est pourquoi j’ai repris cette thèse, que j’avais déjà effleurée dans mes Mers de la Chine. Si je pouvais attirer seulement la discussion sur ce terrain, mon but serait rempli. Si la cause est bonne, elle trouvera de meilleurs avocats que moi. La dissolution de la famille, là est à mes yeux le danger ; tant que la famille sera maintenue, la société ne peut être sérieusement ébranlée. »

Le danger qui préoccupe si naturellement et si légitimement M. P. Brandat peut-il être écarté, comme il le pense, par des modifications plus ou moins étendues dans l’organisation politique de la société ? Les moyens proposés par l’auteur sont-ils, dans cette hypothèse, les mieux appropriés au but à atteindre ? Convient-il, au contraire, de les repousser comme inapplicables ou impuissants, et est-ce dans d’autres voies que doit être cherché le salut que nous désirons tous ? Cette discussion ne nous est malheureusement pas possible en ce moment, et nous nous bornerons à appeler sur la thèse, et sur le publiciste distingué qui la soutient, toute l’attention des esprits réfléchis et des critiques compétents.

FRÉDÉRIC PASSY.

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