Yellen et la Réserve fédérale. Par Gérald O’Driscoll

Janet Yellen, nommée à la présidence de la Réserve fédérale

Dans cet article rédigé à l’occasion de la nomination de Janet Yellen à la tête de la Réserve Fédérale, la banque centrale américaine, Gerald P. O’Driscoll Jr, du Cato Institute, rappelle que cette institution monétaire américaine n’est pas indépendante. Peu importe, sauf exception, la personnalité de son président. Les pressions guident sa politique monétaire.

Traduit par l’Institut Coppet

La commission bancaire du Sénat américain vient de voter à 14 voix contre 8 pour confirmer la nomination de Janet Yellen à la tête de la Réserve Fédérale (NdT : la banque centrale américaine). Elle sera sans aucun doute confirmée à ce poste par l’ensemble du Sénat.

On s’est surtout intéressé à Yellen en tant que personne, alors que le véritable sujet est la Fed en tant qu’institution. Des personnalités ont parfois eu une profonde influence sur la politique de la Fed, comme Paul Volcker à la fin des années 1970 et durant les années 1980. À travers le temps, cependant, la structure institutionnelle de la banque centrale et les influences que subissent ceux qui décident de sa politique a davantage d’importance.

La Réserve Fédérale a, de manière bien connue, un double mandat qui est de favoriser l’emploi et la stabilité des prix. Le Federal Open Market Committee, qui fixe la politique monétaire, reste très discret sur le poids qu’il donne à chacun des deux objectifs. En pratique, la plupart du temps, le plein emploi pèse plus. Cela parce que la Fed est soumise aux mêmes pressions que les membres du Congrès à qui elle doit rendre des comptes. À court terme, les électeurs veulent voir plus de création d’emplois. Ce qui est spécialement vrai aujourd’hui. Les États-Unis subissent une croissance faible accompagnée d’une création d’emplois anémique.

Peu importe que la Fed ne soit pas capable de stimuler la création d’emplois, du moins d’une manière soutenable dans le temps. Elle a pour mandat l’emploi et elle a suscité une attente : qu’elle pouvait stimuler la croissance de l’emploi par la politique monétaire. La Fed a combattu l’inflation sous l’ère Volcker uniquement quand son niveau élevé a conduit à l’émergence de puissants courants politiques décidés à la combattre, même au prix d’une récession et de la création d’emplois.

La Réserve Fédérale clame son indépendance politique, mais cela a rarement été vrai. Même Volcker a pu prendre des décisions difficiles uniquement parce qu’il était soutenu par le Président Carter, qui l’avait nommé, et le Président Reagan, qui l’a reconduit. L’inflation, telle qu’elle est conventionnellement définie, est maintenant faible ; par conséquent la Fed, sous n’importe quelle présidence, continuera son programme de stimulation monétaire. Peut-être que personnellement Yellen inclinerait à le poursuivre plus longtemps que ne l’auraient fait d’autres candidats. Mais tous les chefs possibles de la Fed feraient face aux mêmes pressions pour « faire quelque chose » afin d’augmenter la croissance de l’emploi, même si les outils qu’elle utilise ne sont pas efficaces.

La période prolongée des taux d’intérêt bas a fait de la Fed le levier des déficits de l’État fédéral. La faiblesse des taux d’intérêt maintient à un bas niveau les coûts d’emprunt du gouvernement, du moins comparé à ce qu’ils seraient sous des taux d’intérêt « normaux » de 3-4%.

Le Congrès et le président se sont épargnés une crise fiscale, et ainsi bottent en touche de manière répétée toute réforme fiscale. Ils sont susceptibles d’agir ainsi jusqu’à ce que l’augmentation des taux d’intérêt précipite une crise. Jusqu’à quand les décisions pourront être reportées, la question reste posée.

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