Frédéric Bastiat (1801-1850), icône de l’École Française d’économie

buste bastiatFrédéric Bastiat (1801-1850), icône de l’École Française d’économie

Cet article est publié avec l’aimable autorisation de son auteur, PA Berryer, donc vous pouvez consulter l’article ici sur son blog. Il a été également publié sur le site France – Histoire – Espérance.

On entend souvent dire que « le libéralisme est une perversion de la pensée humaine » [1], anglo-saxon, inefficace, pervers, apatride, etc. (pour la liste complète des doux qualificatifs du libéralisme vous n’avez qu’à consulter un média ou un homme politique français). Notre modernité a la mémoire courte et si aucune de ces désignations n’est juste, on peut démontrer que le libéralisme possède d’indéniables racines françaises et qu’une de ses plus belles figures est Frédéric Bastiat.

Né à Bayonne, il est issu d’une riche famille de négociant. Il perd ses parents très jeunes et est recueilli par ses grands-parents. Il commence la carrière commerciale à 17 ans avant de se consacrer à des domaines familiaux qui lui donnent une aisance matérielle qui va lui permettre de se consacrer à la défense des idées libre-échangistes. Il effectue différents voyages, en particuliers en Angleterre et au Portugal qui renforceront ses convictions.

Sa carrière dans le monde des lettres débute en 1844 avec la publication d’un article dans le Journal des Économistes [2]. Il s’en suit une carrière très féconde. Bastiat a un indéniable talent de polémiste (on se référera à sa controverse avec Proudhon). En matière de satire sa plus célèbre est sa Pétition des marchands de chandelles [3] écrite pour lutter contre le protectionnisme. On notera aussi ses Sophismes Économiques [4] et ses Harmonies Économiques, qui sont rien de moins que d’excellents traités d’économie.

Bastiat est l’auteur d’un concept très célèbre en économie : ce que l’on voit et ce que l’on ne voit pas. Pour Bastiat, dans une action économique il y a des effets qui sont perceptibles et d’autres moins. Il les a résumés dans le sophisme de la vitre cassée. Un enfant casse la vitre d’un bourgeois. Le bourgeois peste mais on lui répond que cela permet au vitrier de vivre et qu’il contribue donc à l’enrichissement général. Bastiat rétorque que cela est faux car pour le bourgeois c’est une perte sèche. Avec l’argent de la vitre il aurait pu s’acheter un livre, une nouvelle paire de soulier, etc. Ainsi au lieu d’avoir un livre et une vitre, il n’a plus qu’une vitre. Toute destruction ne peut être source de richesse, n’en déplaise à nos pipaunomistes modernes qui se réjouissent d’une catastrophe naturelle comme étant bénéfique économiquement.

Bastiat est élu à la constituante de 1848. S’il siège au centre gauche il vote tantôt avec un côté, tantôt avec l’autre. Il n’a pas de goût pour la politique pure, par contre il défend inlassablement ses idées de liberté, en particulier ses idées libres échangistes. Malade il part se soigner en Italie et meurt à Rome. Il est enterré à Saint-Louis-des-Français.

Bastiat est une figure à connaître car il permet de réfuter bon nombre d’âneries journalistico-politiques. Non le libéralisme n’est pas anglo-saxon, il a des racines et des représentants français dont l’influence est indéniable.

Bastiat est membre de ce que l’on a appelé l’École de Paris. Cette école est l’héritière des Physiocrates du XVIIIe siècle qui compte parmi ses illustres membres Quesnay (médecin de Louis XV), Cantillon, Turgot (qui fit paraître son enquête sur la richesse des nations 10 ans avant Smith), Condillac, Mirabeau Père. Cette école, principalement française, a grandement influencé Adam Smith, celui-ci la complète en percevant que l’industrie et le commerce sont créateurs de richesses (et non pas simplement l’agriculture).

L’École de Paris n’est pas une imitatrice de l’École classique fondée par Smith, mais la grande école libérale française. On peut y rattacher des auteurs comme Destutt de Tracy, Jean-Baptiste Say, Condorcet, Constant, Adolphe Blanqui, Charles Coquelin, Laboulaye, Gustave de Molinari (fils spirituel de Bastiat et précurseur de l’anarcho-capitalisme). Cette école à une postérité, l’École Autrichienne d’Économie (Menger, Mises, Hayek). La raison est fort simple, le français, comme il s’agissait de la langue intellectuelle de l’Europe, les travaux français pouvaient être lus sans traduction dans les cercles intellectuels autrichiens, au contraire de l’anglais, l’École Autrichienne est devenu ainsi l’héritière de l’École Française.

Bastiat, figure majeure de l’École de Paris, a été oublié en France, mais ailleurs non. Outre son influence sur l’École Autrichienne il est également précurseur d’une autre école appelée École des Choix Publics. Celle-ci étudie le comportement des politiques en partant du postulat que ces derniers ne recherchent pas l’intérêt général mais celui d’être élu. Ils agissent donc en ce sens. Bastiat a également eu un certain nombre d’émules comme Reagan, dont il était l’économiste préféré, ou Thatcher.

Pour finir Bastiat est un excellent pédagogue. Il est facile à lire et à comprendre, il est donc parfait pour s’intéresser à l’économie. L’Institut Coppet a été fondé pour ressusciter l’École française d’Économie. On peut y télécharger nombre d’ouvrage de manière gratuite et libre de droit. Ce serait dommage de se priver d’une telle manne. Et surtout LISEZ Bastiat !

L’État, c’est la grande fiction à travers laquelle tout le monde s’efforce de vivre aux dépens de tout le monde. Car, aujourd’hui comme autrefois, chacun, un peu plus, un peu moins, voudrait bien profiter du travail d’autrui. Ce sentiment, on n’ose l’afficher, on se le dissimule à soi-même; et alors que fait-on? On imagine un intermédiaire, on s’adresse à l’État, et chaque classe tour à tour vient lui dire: « Vous qui pouvez prendre loyalement, honnêtement, prenez au public, et nous partagerons. »

[1] Jacquot dans Entretien avec Pierre Péan, L’inconnu de l’Elysée, p.459

[2]  Que l’on peut lire ici : //bastiat.org/fr/tarifs_francais_anglais.html

[4] //www.librairal.org/wiki/Frédéric_Bastiat:Sophismes_Économiques

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