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Dans un régime économique fondé sur la liberté des contrats, le partage des gains est déterminé selon les conventions adoptées par les gens qui coopèrent dans l’entreprise. En droit naturel, l’autorité publique n’a rien à y changer dès lors que les règles convenues ne sont pas léonines, immorales, attentatoires à la santé des travailleurs, à la liberté de changer d’employeurs ou d’employés.
l’imputation des pertes ou des profits aux seuls capitalistes et entrepreneurs constitue l’élément stabilisateur du pouvoir d’achat des moyens de paiement. Quel ministre des Finances d’une économie dirigiste pourrait trouver un mécanisme aussi efficace et, finalement, aussi équitable ?
L’entreprise privée, où nous entrons non de force mais par accord mutuel, nous offre — autant qu’il est réalisable dans la vie économique — la possibilité de choisir au mieux de nos affinités. Donc de nous sentir plus aisément proches les uns des autres. Donc l’entreprise privée, fondée sur le contrat, est plus conforme à l’objet de la société que l’économie étatisée, fondée sur la contrainte.
la vie humaine n’est possible que parce que l’instinct de conservation est équilibré par l’instinct social. La sagesse consiste à laisser jouer normalement l’un comme l’autre, sans prétendre y substituer le pouvoir d’une société sortie du cerveau d’idéologues. la conformité des structures — en tant que telle — avec la morale, se définit par le respect des règles d’un marché libre, ouvert et informé.
Lorsqu’un progrès technique a un quelconque mérite économique, on n’a que faire de l’intervention de l’État pour le promouvoir. Les industriels sont mieux placés pour imaginer comment l’employer, afin d’offrir des services meilleurs ou nouveaux à des consommateurs qui les paieront de plein gré. Ce que l’État recherche à travers son soutien, ce sont des moyens de domination ou d’intimidation.
Rappelons une fois de plus que les institutions étant des conventions, tâches et responsabilités qui incombent en réalité à des personnes en chair et en os : simples citoyens, gouvernants ou agents de l’État. C’est donc aussi pour une meilleure efficacité, qu’il faut viser à ce que les individus se chargent seuls de leurs intérêts et recourent aux institutions publiques uniquement pour assurer leurs droits.
La tradition napoléonienne fait que, sur le continent, on n’imagine guère de moyens de définir le droit, autre que : légiférer et réglementer. L’avènement du suffrage universel a renforcé ce privilège du pouvoir comme législateur, et entraîné malencontreusement les Britanniques sur la même pente.
Étant une institution, l’État ne peut être proprement qualifié de « libre » à l’égard des hommes qui composent la nation. Seuls des hommes peuvent être libres, et dans les bornes de leurs engagements mutuels. Cette objection apparemment académique est d’une importance considérable, car elle fonde en raison le principe — aujourd’hui continuellement violé — de la non-rétroactivité des « lois et actes de la puissance publique ».
S’il n’y avait pas de routes, de ports, de télécommunications, des entreprises privées en fourniraient (et souvent à meilleur compte que les régies d’État). Mais leurs services ne seraient pas gratuits. Par conséquent, l’État qui les fournit reste un producteur, même s’il est trop onéreux.
Un très grave inconvénient du monopole reconnu à l’État est de tarir des possibilités de solution qu’aurait explorées l’initiative privée. Le monopole, et le financement par l’impôt, protègent l’État contre le jugement que l’utilisateur porterait à travers un marché concurrentiel. Il n’y a plus de profits privés, mais pas non plus de juste prix. Enfin, en concédant le droit de grève aux employés des monopoles d’État, on prive les « usagers » de la garantie de permanence qui était la justification initiale du service public.
La cité, aujourd’hui, est formée d’États, et en partie de super-États. Il y a péril dans ce gonflement qui met les gouvernants de plus en plus loin de leurs mandants et de leurs intérêts concrets. Mais il ne suffirait pas de décentraliser les pouvoirs pour écarter ce danger : il faut en contrepartie revitaliser l’autonomie des personnes. Là encore c’est la spécification des tâches qui est le moyen nécessaire.
Plus il y a d’entreprises libres de toutes dimensions, et plus leur inépuisable variété d’objectifs effectue cette exploration « tous azimuts », et augmente, chemin faisant, l’arsenal de la technologie pour l’usage de tous. Depuis le veilleur de nuit et le manutentionnaire jusqu’au laboratoire hautement qualifié qui informe la direction des utilisations possibles des recherches de science pure, que subventionne la firme, toutes les aptitudes se trouvent valorisées les unes par les autres.
L’ordre de la production n’est pas un agencement antérieur et extérieur à l’activité. Il est comparable à la structure d’une chaîne, qui tient ensemble de bout en bout parce que chaque maillon est fermé sur lui-même et sur les deux maillons voisins.
L’entreprise constitue la structure spontanée qui découle de deux groupes de prérogatives que le droit naturel reconnaît à l’individu : propriété, c’est-à-dire faculté exclusive de décider de l’emploi de ses ressources ; autonomie des contrats, c’est-à-dire faculté de débattre, accepter ou refuser les termes d’un engagement mutuel.
La principale leçon que nous fournit l’expérience des États qui, comme l’URSS, ont prétendu s’affranchir de la « tyrannie » du marché à l’intérieur de leurs frontières, est qu’ils n’eurent plus le moyen de comparer la valeur des produits, fabriqués. Le marché permet seul le calcul économique qui rend rationnelle l’affectation des facteurs de production.
Les institutions sont œuvre d’hommes, et leur structure porte la marque du milieu comme de l’époque. Mais les hommes ne peuvent impunément choisir n’importe quelle règle : le contenu de celles-ci est déterminé quant au fond, à la fois par le besoin commun auquel il faut répondre, et par les exigences immanentes que nous appelons le droit naturel.
L’essentiel pour la salubrité du milieu économique est de ne pas laisser persister les causes de perte de substance, que représentent les activités non rentables, ni se gonfler durablement les injections de crédit. L’existence de monnaies réelles, l’exigence de solvabilité à échéances rapprochées, et la procédure de faillite sont les moyens légitimes et efficaces que l’économie privée a spontanément inventés pour s’assainir elle-même.
La supériorité de la marchandise qu’est un métal monnayable consiste (outre ses avantages pratiques d’homogénéité et de divisibilité) dans le fait que le métal est inaltérable, alors que toutes les autres marchandises se dégradent avec le temps. Le service exclusif que rendait la monnaie métallique était donc de conserver durablement le pouvoir d’achat inutilisé.
La monnaie fiduciaire et scripturale remplit l’un des trois rôles de la monnaie métallique : celui d’instrument de transfert. Elle ne remplit pas celui d’étalon des prix, ni celui de conservatoire du pouvoir d’achat.
« L’Action Humaine » de Ludwig von Mises est une œuvre considérable qui est la synthèse de la pensée de Mises. Un de ses élèves, George Reisman, dans un hommage prononcé pour le centenaire de Mises nous en donne une introduction.
Celui qui est payé en or peut s’en servir aussitôt pour acheter autre chose ; mais il peut aussi, sans recours à quiconque, conserver et transporter n’importe où, le pouvoir d’achat inutilisé. Son épargne est gagée sur une marchandise dont le troc est toujours possible. En épargnant il achète de la sécurité. La libre circulation du métal monnayé peut seule fournir la preuve du pouvoir d’achat des pièces, la mesure de ses fluctuations, et sa stabilisation maxima par l’intercommunication de tous les marchés.
Le régime monétaire conforme au droit naturel, que constituent la libre circulation et la libre inter-convertibilité de toutes les formes de moyens de paiement, réduit l’or au rôle de marchandise d’appoint et de test de solvabilité universel. L’expérience de 1815 à 1914 montre que ce rôle était en pratique aussi restreint – et aussi utile – que celui du thermomètre en médecine
Le cours forcé a pour effet d’imposer un sacrifice spécial aux porteurs de monnaie métallique, et aux exportateurs de biens et services. Il met en échec le droit de propriété ; et aussi le droit de contrat, puisque les nationaux ne peuvent stipuler entre eux des paiements en or. Le cours forcé est donc une atteinte au droit naturel.
L’Action humaine est à la fois un ouvrage militant par sa défense passionnée d’une conception réaliste de la science économique et de la liberté individuelle, un ouvrage didactique qui s’adresse à tous et non seulement aux économistes spécialisés, et néanmoins un ouvrage savant qui pousse la réflexion jusqu’à ses lointaines conséquences. Mises y synthétise et prolonge ses travaux antérieurs, pour en faire une véritable somme économique.
Après l’éclipse profonde du commerce au haut Moyen Âge, la multiplicité des monnaies féodales fit des changeurs les praticiens de l’étalon-argent et de la monnaie de compte. La souveraineté monétaire était ainsi revenue aux particuliers, malgré les apparences.
C’est toujours le même service qu’ont rendu les États d’avant l’ère contemporaine en « battant monnaie » ; mais comme cela leur procurait l’occasion de lever un impôt, ils s’en sont généralement réservé le monopole. Les monnaies nationales naquirent ainsi d’une restriction à la liberté des individus. Restriction mineure dès lors que la valeur « faciale » ne disparaissait à la fonte que pour céder la place à la valeur marchande du poids du métal fin.
Même sur le plan des réalités contemporaines, la question de la souveraineté est ainsi tranchée : elle appartient aux individus, l’usurpation étatique ne fait qu’en entraver, distordre ou, à la limite, bloquer l’exercice. Elle est sans pouvoir pour imposer un ordre factice à la vie économique internationale. Les monnaies-papier nationales sont des instruments de paiement simplement supplétifs et subordonnés.
Le bimétallisme consistait à pouvoir payer en pièces d’or et en pièces d’argent. Leur valeur faciale en monnaie nationale était gravée sur ces pièces (livres, dollars etc.). L’erreur du bimétallisme était de mettre en circulation des pièces exprimant non pas un poids de métal or, et un poids de métal argent, mais une unité de compte nationale.








