Penseurs oubliés : Gabriel Tarde et Herbert Spencer

La chronique du Nouvel 1dividualiste (2)

Par Alain Laurent

Voici enfin le sociologue Gabriel Tarde (1843-1904) rétabli en son importance et sa vérité par les soins de Robert Leroux dans un fort pertinent petit livre paru en juin dernier aux Éditions Ellipses. S’il faut dire « rétabli », c’est à la fois parce qu’il est le grand oublié de l’école sociologique française de la fin du XIX° siècle – et que lorsque d’aventure on en a un peu parlé récemment, c’était pour le travestir en partie, en le présentant comme une sorte de socialiste méconnu ainsi que l’ont fait B. Latour et V.A. Lépinay dans L’Économie, science des intérêts passionnés (La Découverte, 2008).

Professeur de sociologie à l’université d’Ottawa, déjà auteur inspiré d’un Lire Bastiat (Hermann, 2008) et d’un Mises dans la collection d’Ellipses, Robert Leroux rappelle en effet opportunément « la sympathie de Tarde pour les idées libérales » (p.85).Surtout, il souligne à quel point ce sociologue attentif à rendre compte du social exclusivement à partir de l’individuel (« le social, c’est de l’individuel accumulé », « il n’est pas vrai qu’il y ait un esprit social distinct des esprits individuels »…) et du changement social par la diffusion par imitation d’innovations individuelles a été un pionnier de l’individualisme méthodologique.

Il achève son ouvrage par quelques aperçus sur « Tarde contre Durkheim » : peut-être aurait-il du plutôt dire… « Durkheim contre Tarde » tant Durkheim (que R. Boudon a eu grand tort de compter au nombre des penseurs libéraux !), pratiquant du holisme méthodologique, a œuvré pour limiter l’audience de Tarde dans les milieux universitaires. C’est hors de l’université que l’ancien magistrat de Sarlat a tardivement trouvé refuge pour enseigner : à l’École libre de sciences politiques puis au Collège de France…

Pour l’auteur de La logique sociale (1883) et de Les lois de l’imitation (1890) et du fait des processus mimétiques à l’œuvre, l’évolution sociale allait de l’hétérogène vers l’homogène. Ce en quoi il s’opposait à son contemporain Herbert Spencer (1820-1903), sur lequel vient de paraître, aux Presses universitaires de Vincennes, un ouvrage collectif dirigé par D. Becquemont (déjà co-auteur d’un Cas Spencer en 1998) et D. Ottavi, Penser Spencer.


Traiter de ce grand philosophe libéral anglais si célèbre en son temps mais si occulté ou stigmatisé en France, c’est suffisamment rare pour l’évènement mérite d’être signalé. Mais au contraire de ce à quoi on aurait pu s’attendre, ce livre ne s’attache pas aux principaux apports de Spencer en philosophie politique et en sociologie, qu’Yvan Blot avait si bien exposés dans son Herbert Spencer- Un évolutionniste contre l’étatisme (Belles Lettres, 2007) – scandaleusement absent de la bibliographie finale.

Les contributeurs s’y intéressent à des aspects marginaux et disparates de la philosophie spencerienne en physiologie, cosmologie (!) ou pédagogie qui ont sans doute un intérêt mais en feraient presque oublier l’individualisme radical et jusnaturaliste qui caractérise la pensée de celui qui inspiré Margaret Thatcher et tant de libertariens américains.

Alain Laurent

Une réponse

  1. Dionro Telro Julien

    bonjour! Aidez moi à bien comprendre la position de Gabriel Tarde sur l’individualisme méthodologique car j’ai assez de difficulté à le comprendre. Merci de votre compréhension.

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