E. Allix, J.-B. Say et les origines de l’industrialisme (1910)

Edgard Allix (1874-1938), fut doyen de la Faculté de Droit de l’Université de Paris. Cet article fut publié originellement dans la Revue d’Économie Politique qui comptait un certain nombre de collaborateurs comme Menger, Brentano ou Bôhm-Bawerk (voir la dernière page du pdf plus bas).

Il n’y a que deux moyens, dit Say, pour un gouvernement d’accroître la richesse générale : faire régner la sûreté et respecter la propriété, ou bien dépouiller les autres nations. Ce dernier système « est analogue à celui que suivent les gens qui abusent de leur pouvoir et de leur adresse pour s’enrichir. Ils ne produisent pas, ils ravissent les produits des autres ». Les disciples de Say, Charles Comte et Charles Dunoyer, développeront cette opposition qui deviendra leur arme favorite contre le despotisme. Elle sera reprise sous le nom de lutte des classes par Marx qui en modifiera le contenu. Chez Say, le prédateur est un bureaucrate, chez Marx, c’est un bourgeois.

Selon l’historien américain contemporain Ralph Raico :

La théorie libérale de la lutte de classes a émergé sous une forme policée en France, pendant la période de la Restauration, suite à la défaite définitive de Napoléon et son exil. De 1817 à 1819, deux jeunes intellectuels libéraux, Charles Comte et Charles Dunoyer, éditaient le journal « Le Censeur Européen » ; à partir du second numéro, Augustin Thierry collabora étroitement avec eux. Le Censeur Européen élabora et diffusa une version radicale du libéralisme. (…) Comte et Dunoyer appelaient « industrialisme » leur doctrine.

Après la seconde guerre mondiale, il revient à Leonard P. Liggio d’avoir le premier reconnu l’importance des auteurs industrialistes dans un article remarquable : Charles Dunoyer and French Classical Liberalism, Journal of Libertarian Studies 1, no. 3 (1977) : 153–78. Un article en cours de traduction par l’Institut Coppet.

A sa suite, David M. Hart a consacré sa thèse de doctorat à la théorie libérale des classes : Class Analysis, Slavery and the Industrialist Theory of History in French Liberal Thought, 1814-1830: The Radical Liberalism of Charles Comte and Charles Dunoyer (King’s College Cambridge, 1994). Il écrit :

Ma conclusion est que les historiens, à quelques très rares exceptions près, ont mal compris la nature du libéralisme du début du XIXe siècle en se concentrant trop sur les questions politiques et économiques. Une étude des libéraux comme Comte et Dunoyer montre qu’il y a une autre dimension du libéralisme, qui n’a pas été suffisamment appréciée, une dimension « sociale » dans laquelle les problèmes de classe, d’exploitation et d’évolution des sociétés à travers des étapes économiques définies ont joué un rôle important.

Enfin, tout récemment, à propos de Say, voici ce qu’écrit Gérard Dréan, spécialiste de l’école autrichienne et auteur d’un manuel d’économie (*). A la question de Contrepoints : que conseillez-vous comme lecture complémentaire pour s’initier à l’économie ? Il répond :

Dans des livres moins récents mais toujours valables, je citerais le Traité d’économie politique de Jean-Baptiste Say (Note de Contrepoints : récemment republié par l’Institut Coppet). La date de publication de l’ouvrage, 1802, risque d’effrayer le non connaisseur qui pourrait le penser périmé. Mais le principe d’Archimède est bien plus vieux et toujours valable… C’est un peu la même chose selon moi en économie. Il y a vraiment des bases qu’on ne peut pas ignorer et qui ne changent pas, et tout ou presque se trouve chez Say. Et en plus, c’est écrit en excellent français !

(*) B.A. BA d’économie

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