Les bibliothèques et les cours populaires

Dans cette conférence, Henri Baudrillart signale les bons effets que les bibliothèques et les cours populaires ont sur l’état moral et économique des ouvriers, en leur permettant de trouver à moindres frais de l’instruction et la douceur de la littérature. Si les efforts de l’initiative individuelle et des associations libres sont surtout recommandables à ses yeux, il ne rejette pas tout à fait l’aide de l’État, qui peut accompagner ces efforts, tout en restant autant que possible en retrait. Car il ne faudrait pas que sous prétexte de bonnes intentions, la puissance publique se fasse la tutrice et la providence forcée des masses.

De l’intervention de l’État dans les questions d’hygiène publique

Face à l’insalubrité, aux maladies et aux épidémies, l’intervention de l’État est parfois légitime, considèrent les membres de la Société d’économie politique examinant cette question en 1892. L’État est parfaitement dans son rôle, par exemple, lorsqu’il assure l’écoulement des eaux ménagères. Mais qu’il ne tâche pas, dit Frédéric Passy, de nous protéger nous-mêmes contre nos propres fautes, au risque d’affaiblir la puissance de la responsabilité individuelle. Qu’il ne se comporte pas non plus dans ce mandat, dit un autre, comme un pompier qui inonde et détruit tout un mobilier pour éteindre un feu de cheminée. Car son intervention a ses bornes.

Liberté et autorité

Pour Ambroise Clément, le maintien de la compression des libertés individuelles, et la vogue des théoriciens qui les soutiennent, s’explique avant tout par une méprise grave commise par l’immense majorité du public, et même nombre d’esprits soi-disant libéraux, sur le vrai sens de ces deux notions : liberté et autorité. Contre les timides et les modérés, A. Clément proclame ce qu’est le vrai sens de l’un et de l’autre, en s’appuyant sur les principes posés jadis par Charles Comte et Charles Dunoyer, et que les économistes libéraux du Journal des économistes paraissent encore les seuls à comprendre et à maintenir.

L’émigration et l’immigration

À la toute fin du XIXe siècle, la question de la population, dont le ralentissement est un sujet de préoccupation en France, se joint à celle de l’immigration, conçue et pratiquée comme un palliatif. Pour Gustave de Molinari, l’immigration n’est pas un danger, ni un mauvais calcul. Les données de la reproduction française étant ce qu’elles sont, quelles que soient les mesures pour parvenir à la faire évoluer, le recours à l’immigration est légitime. Elle est d’ailleurs un bénéfice économique, dit-il, car elle fait obtenir des hommes faits, et économise ainsi les frais qui sont ailleurs employés pour l’enfance ou l’éducation. Quant à la crainte d’une détérioration de la population par le mélange des cultures et des races, il la conçoit comme chimérique, car tout prouve, selon lui, que ce mélange renforce plutôt qu’il affaiblit un pays.

L’économie politique et le socialisme

Dans l’introduction de son cours au Collège de France, en février 1849, Michel Chevalier examine les reproches adressés par les diverses sectes socialistes de l’époque aux principes de l’économie politique. Il justifie l’importance que les économistes accordent au mobile de l’intérêt personnel, défend le rôle économique et social du capital et du capitaliste, précise les bienfaits de la concurrence, et examine les propositions que font les économistes en faveur du progrès social.

Lettre au docteur Price sur les constitutions américaines

« Il est impossible de ne pas faire des vœux pour que ce peuple [le peuple américain] parvienne à toute la prospérité dont il est susceptible. Il est l’espérance du genre humain. Il peut en devenir le modèle. Il doit prouver au monde, par le fait, que les hommes peuvent être libres et tranquilles, et peuvent se passer des chaînes de toute espèce que les tyrans et les charlatans de toute robe ont prétendu leur imposer sous le prétexte du bien public. Il doit donner l'exemple de la liberté politique, de la liberté religieuse, de la liberté du commerce et de l'industrie. L'asile qu'il ouvre à tous les opprimés de toutes les nations, doit consoler la terre. La facilité d'en profiter pour se dérober aux suites d'un mauvais gouvernement, forcera les gouvernements européens d'être justes et de s'éclairer ; le reste du monde ouvrira peu à peu les yeux sur le néant des illusions dont les politiques se sont bercés. »

Traité de la propriété de l’homme sur les choses

Au beau milieu de la période révolutionnaire, André Morellet observe de toutes parts la propriété attaquée et son concept même renversé ou nié. Dans ce traité, conservé en manuscrit dans ses papiers, il rétablit, contre Rousseau, Hobbes, Hume ou même Bentham, le sens et la portée de cette propriété qu’un homme peut légitimement exercer sur les choses, et notamment sur la terre.

L’idée de paix chez les économistes libéraux

À la toute fin du XIXe siècle, à une époque marquée par la montée en puissance du militarisme, du bellicisme et du protectionnisme, les économistes libéraux restent profondément fidèles à l’idéal pacifiste porté par leurs prédécesseurs du XVIIIe siècle et par certains de leurs grands représentants d’alors, comme Frédéric Passy, bientôt Prix Nobel de la paix. Lors d’une réunion de la Société d’économie politique, Gustave de Molinari et quelques autres reviennent sur cet attachement indéfectible et sur les moyens que le libéralisme promeut pour garantir la stabilité de la paix internationale.

Rapport sur le concours relatif à la réforme de la législation sur la condition des étrangers, par Anselme Batbie

En 1885, la question de l’immigration n’est pas encore née en France. À l’Académie des sciences morales et politiques, Anselme Batbie — qui s’intéresse à ce sujet et qui participera bientôt à l’édification de la première grande législation sur les étrangers en France — est nommé rapporteur pour un concours organisé sur ce thème. Le concours lui-même fut peu fructueux : un seul mémoire fut reçu ; il fut jugé satisfaisant ; on lui donna le prix. Mais dans son rapport, Batbie illustre la vision positive que le libéralisme français conserve alors sur la question de l’immigration. Pour lui, l’immigration est une ressource qui ne doit pas être redoutée, et les lois qui l’encadrent doivent être accommodantes.

De l’organisation sociale considérée dans ses rapports avec les moyens de subsistance des peuples (1817)

La société moderne, qui est agricole, industrielle et commerciale, et qui ne doit par conséquent pas vivre par la guerre, les conquêtes et les rapines, doit appeler aux fonctions gouvernementales des hommes qui ont un intérêt direct à conserver et à protéger les propriétés qui mettent en valeur l’industrie, le commerce et l’agriculture. Celui qui s’est enrichi par la spoliation privée ou publique, n’y pourrait prétendre, car ce serait « mal prouver qu’on respectera et qu’on fera respecter les propriétés d’autrui, que de produire des biens qui attestent qu’on les a constamment violées ».

L’immigration — La question des Chinois en Californie, des Juifs en Roumanie, etc.

En 1880, quand on met au débat à Société d’économie politique la question générale de l’immigration, à travers quelques exemples fameux comme les Chinois en Californie, les discussions prennent un tour assez inédit. Chacune des grandes autorités du libéralisme économique présent ce jour développe une pensée autonome et en opposition radicale. Pour Joseph Garnier, par exemple, le mélange des races est un procédé naturel d’amélioration et la concurrence et la liberté du travail des principes supérieurs, qu’il convient de maintenir toujours, et ce malgré les pressions politiques. Pour Paul Leroy-Beaulieu, d’un autre côté, l’immigration introduit des risques majeurs, notamment de dénationalisation, qui militent en faveur de mesures restrictives. Entre les deux prennent place encore mille sensibilités, qui prouvent la fracture ancienne de cette famille de pensée sur une question d’application restée très actuelle.

Des résultats de la liberté de la boucherie et de la boulangerie

En 1863, un décret donne une première forme de liberté au commerce de la boulangerie, alors prisonnier de règlements d’autorité hérités de l’Ancien régime et de la Révolution. Quatorze ans plus tard, Yves Guyot retrace les résultats pratiques de cette libéralisation devant la Société d’économie politique. Du point de vue des prix et de la qualité du pain, il semble, analyse-t-il, que le régime de la liberté ait effectivement apporté des bienfaits qu’on aurait vainement attendu des règlements et de la fixation des prix par l’autorité.

Les faits qui se sont produits depuis quarante ans justifient-ils les conclusions du pamphlet de Bastiat, Baccalauréat et socialisme ?

En 1894, après un long développement du socialisme en France et des réformes diverses faites à l’enseignement public, la Société d’économie politique pose la question de l’actualité du texte de Bastiat, Baccalauréat et socialisme. L’enseignement classique élève-t-il en nombre des socialistes ? La suppression du baccalauréat est-elle toujours une réforme nécessaire et urgente ? Telles sont quelques-unes des questions posées par le débat.

Défense de l’agiotage, par Alphonse Courtois

Sans cesse vilipendée, la spéculation, aussi connue sous le nom d’agiotage, ne trouva pas chez les économistes libéraux eux-mêmes de très nombreux défenseurs. Associée à un jeu, et enrichissant ses acteurs par autre chose qu’un effort productif, elle s’est vu critiquée tant par Jean-Baptiste Say que par ses principaux successeurs. En disciple de Bastiat, Alphonse Courtois relève le défi, en 1864, de défendre l’agiotage au double point de vue économique et moral.

Les États-Unis de l’Europe et la paix internationale

À la veille de la guerre franco-prussienne de 1870, Michel Chevalier présente devant la Ligue internationale et permanente de la paix l’institution qui, dans son esprit, pourrait seule fonder et garantir la paix européenne. Il s’agirait, dans ses voeux, d’une confédération européenne semblable à celle des États-Unis d’Amérique, avec un congrès électif, une monnaie commune, et dans laquelle les citoyens, quand on leur demanderait leur nationalité, diraient désormais : « Je suis européen ».

L’économie politique fournit-elle des lumières aux peuples pour la délimitation des circonscriptions nationales ?

En décembre 1865, la Société d’économie politique discute sur la question des nationalités et des frontières. Que trouvent à dire les économistes aux annexions de territoire, aux sécessions, et aux guerres ? Pour de nombreux orateurs, ce jour là, ces questions relèvent de la politique plutôt que de l’économie. Mais selon Joseph Garnier et quelques autres, la science économique porte avec elle la condamnation des luttes nationales, du militarisme et de la colonisation, car elle plaide pour la liberté et repousse la contrainte.

L’échec de l’État en matière de criminalité

En juin 1855, six ans après avoir secoué la scène des économistes français avec son article « De la production de la sécurité », qui réclamait une mise en concurrence des fonctions régaliennes de l’État, c’est un thème connexe mais moins sulfureux que Molinari aborde dans L’économiste belge. Démontrant, statistiques à l’appui, le désastre de l’administration de la justice par l’État, il en fournit l’explication économique : il est impossible que la justice soit correctement administrée dans un pays où l’on charge le gouvernement de mille fonctions annexes, car c’est une vérité économique primordiale que nul ne peut assumer quarante métiers à la fois et un conseil précieux que, comme disait Adam Smith, « il ne faut pas courir deux lièvres à la fois ».

Les indications d’origine et les tendances protectionnistes

En 1913, le développement massif des échanges internationaux induit qu’un nombre toujours croissant de produits étrangers sont vendus en France. Mais, dans le cadre même du libre-échange, n’y a-t-il pas utilité pour l’État d’obliger les produits à porter une marque d’origine, garantissant la loyauté des échanges ? À la Société d’économie politique, qui discute alors ce thème, beaucoup se rangent à cet avis. Pour certains, cependant, tels Paul Leroy-Beaulieu, l’obligation n’a pas lieu d’être : il faudrait uniquement forcer le fabricant qui choisit d’apposer une marque, à la faire non trompeuse.

Pour la liberté de la culture du tabac en France

Dans la séance du 18 mars 1829, Benjamin Constant monte à la tribune de l’Assemblée pour défendre la liberté de la culture et de la vente du tabac, contre le monopole inique alors appliqué. C’est une vérité absolue de l’économie politique, dit-il, que le monopole fait toujours moins bien et plus chèrement ce que l’intérêt particulier offre plus avantageusement. Les prétextes qu’on présente à l’appui du monopole, selon lui, ne tiennent pas, et il s’applique à les réfuter les uns après les autres. Il conclut à l’inefficacité, à l’immoralité même du monopole, de tout monopole. En attribuant un privilège à quelques-uns, contre une charge pesant sur tous les autres, il est une forme de spoliation. Suivre ce système, et donner systématiquement des privilèges aux uns puis aux autres, consiste à « offrir en holocauste aux contribuables en masse les contribuables en détail ».