Le Code civil et la question ouvrière

En 1886, une discussion s’engage à l’Académie des sciences morales et politiques sur le contrat de travail et la législation qui l’encadre. Pour Paul Leroy-Beaulieu, l’un des intervenants, la loi n’a plus grand’chose à faire dans la question : à part la question spéciale des femmes, dont la liberté du travail est incomplète, et qui ne jouissent pas comme elles devraient de la libre disposition du salaire, le législateur aurait tort d’intervenir dans les rapports entre employés et employeurs. Même pour le cas des accidents du travail, alors largement débattu, on devrait recourir d’abord à l’assurance libre, et ne pas postuler d’emblée qu’une loi générale est nécessaire.

La politique douanière des États-Unis et la viticulture française

En 1894, après avoir jadis été un modèle et un exemple de protectionnisme, les États-Unis se préparent, sous la présidence Cleveland, à renouer avec une politique de libre-échange comme en Angleterre. Pour Léon Say, c’est l’occasion pour la France de suivre le mouvement. Il fait aussi mention de la question particulière des vins, dont les producteurs français espèrent un dégrèvement aux États-Unis, suivant la nouvelle politique américaine.

L’initiative individuelle et les accidents du travail, par Léon Say

En 1894, les congrès spécialisés et les discussions dans les assemblées politiques se multiplient pour traiter la question des accidents du travail. Léon Say explique dans cette conférence que les réformes introduites en Allemagne, au lieu d’apaiser les rapports entre ouvriers et patrons, n’ont fait au contraire qu’envenimer la situation. Pour lui, il ne fait aucun doute que la solution étatiste est à rejeter. « Moi, dit-il, je me cantonne sur le terrain de la liberté : liberté du travail, liberté commerciale ».

Opinion d’Hippolyte Passy sur l’ivrognerie

Les libéraux français se sont surtout préoccupés de la question de l’alcool du point de vue de l’ivrognerie, et pour combattre ce qu’ils appelaient un fléau. À l’Académie des sciences morales et politiques, Hippolyte Passy donne brièvement la mesure de son soutien à cette lutte morale, intellectuelle et matérielle (par l’intermédiaire d’associations) contre l’ivrognerie, qui fait, dit-il, des ravages immenses en France.

Laissons Faire, n°47, juillet 2022

Au programme de ce nouveau numéro : Morellet, Sieyès, Baudeau, Raynal, Saint-Pierre, etc. : pourquoi tant d’abbés défenseurs du libéralisme au XVIIIe siècle ?, par Benoît Malbranque. — Contrebande (article du Dictionnaire du commerce et des marchandises), par Adolphe Blanqui (1837). — De la liberté des professions médicales (Société d’économie politique, réunion du 5 avril 1884.) — Le problème des Noirs aux États-Unis, par Gustave de Molinari (1897). — Recension critique : Zéphyr Tilliette, D’Alciacus à Auchy-lès-Hesdin, plus d’un millénaire de présence monastique. Les deux siècles de la filature de coton créée par Jean-Baptiste Say. Édité par l’auteur et imprimé à Abbeville en 2021. 348 pages.

Questions de statistique à l’usage des voyageurs, par Volney

Bien avant la mode des voyages d’agrément, plusieurs authentiques libéraux ont été des voyageurs éclairés. Quoique l’histoire d’un pays livre parfois à la postérité une image dans laquelle bientôt il ne se reconnaît plus, les aperçus sur les nations qu’ils ont visitées peuvent encore servir à notre instruction. Mais si Tocqueville ou Volney furent des voyageurs attentifs, ils le doivent à une méthode d’inspection très méticuleuse, dont on a trace, pour le premier, par la correspondance et le carnet de voyage, et dans le cas du second, par le texte publié ici, qui donne le plan de questions que le voyageur doit avoir à l’esprit s’il souhaite acquérir une compréhension rigoureuse du pays qui l’accueille.

Rapport sur le concours relatif à la réforme de la législation sur la condition des étrangers, par Anselme Batbie

En 1885, la question de l’immigration n’est pas encore née en France. À l’Académie des sciences morales et politiques, Anselme Batbie — qui s’intéresse à ce sujet et qui participera bientôt à l’édification de la première grande législation sur les étrangers en France — est nommé rapporteur pour un concours organisé sur ce thème. Le concours lui-même fut peu fructueux : un seul mémoire fut reçu ; il fut jugé satisfaisant ; on lui donna le prix. Mais dans son rapport, Batbie illustre la vision positive que le libéralisme français conserve alors sur la question de l’immigration. Pour lui, l’immigration est une ressource qui ne doit pas être redoutée, et les lois qui l’encadrent doivent être accommodantes.

Discussion sur l’organisation du travail et sur la limitation du travail des enfants

En 1845, une discussion s’engage à l’Académie des sciences morales et politiques sur les conceptions socialistes d’organisation du travail : ce thème, qui bifurque ensuite sur la question de la limitation du travail des enfants, est traité par Adolphe Blanqui, Hippolyte Passy, Charles Dunoyer, Gustave de Beaumont et quelques autres. Si une unanimité facile est obtenue contre les doctrines socialistes d’organisation du travail, la question du travail des enfants est un peu plus disputée. Pour la presque entièreté des intervenants, l’intervention de la loi est légitime pour protéger l’enfance. Mais comme à son habitude, Charles Dunoyer adopte une position contraire, ferme et radicale (et on sait que son intransigeance habituelle agaçait Tocqueville et Beaumont, qui étaient en froid avec lui). Pour lui la loi doit réprimer les sévices, les violences et les brutalités faites aux enfants, mais non pas empêcher arbitrairement leur travail ou le réglementer d’une manière uniforme.

L’homme aux quarante écus et les physiocrates, par Anselme Batbie

Dans cette conférence donnée en 1864, Anselme Batbie examine l’origine et les mérites du livre que Voltaire consacra aux questions fiscales et économiques sous le titre de L’homme aux quarante écus (1768). Il retrace d’abord les progrès de la science économique au XVIIIe siècle sous l’impulsion des physiocrates et explique leur conception de l’impôt unique. Enfin Batbie étudie la valeur de la critique que Voltaire a spirituellement adressée dans son livre aux physiocrates et à ce principe fiscal plus tard renié par la science.

Le luxe, par Anselme Batbie (1866)

Dans cette conférence, Anselme Batbie examine les accusations portées par une longue tradition de philosophes et de moralistes sur les méfaits du luxe. Sur la base de la science économique, il établit la vraie nature du luxe, et lave de l’affront toutes les consommations qui ont pour but l’amélioration du confort de la vie humaine. Seul reste, pour recevoir une réprobation morale, le luxe aveugle, ou de représentation, qui porte sur des produits par égard pour leur rareté plutôt que par considération pour leur utilité réelle.

Contrebande (Dictionnaire du commerce et des marchandises)

Dans cet article audacieux, fourni pour le Dictionnaire du commerce et des marchandises de Guillaumin (1837-1839), Adolphe Blanqui fait un éloge de la contrebande et des contrebandiers. Ce commerce interlope, en défiant les plans des protectionnistes, force les gouvernements à abandonner leur système absurde de douanes et de prohibitions. En cela, la contrebande est un vecteur de progrès.

Le conseil d’État et les recours pour excès de pouvoirs, par Léon Aucoc

Quand une administration ou un détenteur d’autorité exerce un pouvoir qu’il n’a pas, ou dépasse le cadre dans lequel son action peut légitimement s’inscrire, il est nécessaire qu’une institution judiciaire spéciale puisse protéger les droits et les libertés des simples citoyens. C’est ce que fait le conseil d’État, comme Léon Aucoc, qui y a servi une grande partie de sa carrière, l’explique dans cet article publié dans la Revue des Deux-Mondes en 1878.

La justice et la liberté dans l’industrie typographique, par Edmond About (1865)

Amateur de lectures économiques, et admirateur en particulier de Michel Chevalier, le romancier et journaliste Edmond About consacre une large partie de la décennie 1860 à la vulgarisation des principes de l’économie politique libérale. Parmi ces ouvrages, Le Progrès (1864) et l’ABC du Travailleur (1868) connaîtront une large diffusion. Dans une autre brochure, publiée en 1865, il s’occupe de la liberté du travail des femmes, attaquée par les typographes parisiens, qui veulent les exclure du métier. L’occasion pour lui de rappeler les principes de la concurrence et de soutenir la cause du droit égal pour tous, hommes et femmes, de gagner sa vie par son travail.

Du paupérisme et des secours publics dans la ville de Paris

Dans cet article du Journal des économistes, M. Vée, maire du Ve arrondissement de Paris, étudie les formes de l'assistance publique dans la capitale. Il ne cache pas, toutefois, sa préférence pour les mécanismes variés et progressifs de la charité légale. « Aux rapports libres, généreux, spontanés, qui ennoblissent celui qui donne et moralisent par la reconnaissance dont ils le pénètrent celui qui reçoit », clame-t-il aux philanthropes maladroits, « ne substituez pas imprudemment et sans nécessité l'action compassée et si souvent aveugle de la charité légale ou administrative, de cette charité prétendue qui enrégimente les citoyens sur les rôles de parias qu'elle appelle des indigents. »

Liberté et autorité

Pour Ambroise Clément, le maintien de la compression des libertés individuelles, et la vogue des théoriciens qui les soutiennent, s’explique avant tout par une méprise grave commise par l’immense majorité du public, et même nombre d’esprits soi-disant libéraux, sur le vrai sens de ces deux notions : liberté et autorité. Contre les timides et les modérés, A. Clément proclame ce qu’est le vrai sens de l’un et de l’autre, en s’appuyant sur les principes posés jadis par Charles Comte et Charles Dunoyer, et que les économistes libéraux du Journal des économistes paraissent encore les seuls à comprendre et à maintenir.

Laissons Faire, n°46, juin 2022

Au programme de ce nouveau numéro : Essai de datation du Dictionnaire de l’Économie politique (1851-1853), par Benoît Malbranque. — Discours contre la colonisation de la France au Tonkin et à Madagascar, par Frédéric Passy (1885) — Les faits qui se sont produits depuis quarante ans justifient-ils les conclusions du pamphlet de Bastiat, Baccalauréat et socialisme ? (Société d’économie politique, réunion du 5 mai 1894.) — Recension critique : Œuvres complètes de Benjamin Constant. Série Documents. Volume I : Catalogue de la bibliothèque de Benjamin Constant, sous la direction de Kurt Kloocke, éditions De Gruyter, 2020.

L’Institut de France et les anciennes Académies, par Léon Aucoc

Dans cette étude publiée en 1889, Léon Aucoc, membre de l’Institut, revient sur l’une des périodes agitées de l’histoire de cette institution, quand, au milieu du tourbillon révolutionnaire, elle est tour à tour supprimée puis rétablie. Était en débat, rappelle-t-il, l’utilité même d’une aristocratie officielle du savoir, au milieu d’institutions libres et démocratiques.

Notice biographique sur Anselme Batbie

Chrétien de cœur, Anselme Batbie a imprimé le sceau de ses convictions religieuses au libéralisme qu’il a défendu à l’Académie des sciences morales et politiques ou à l’Assemblée. Dans cette notice biographique, A. du Cassé revient sur cette particularité de sa personnalité et de sa trajectoire, au sein d’un libéralisme français resté tiraillé sur cette question de la religion.