Turgot étudiant à la Sorbonne, par Gustave Schelle (1913)

Dans cette troisième partie de l’introduction biographique qui ouvre le premier volume de son édition des Œuvres complètes de Turgot, Gustave Schelle étudie la période de formation intellectuelle du futur ministre de Louis XVI. Avec beaucoup d’érudition et un sens affiné du détail, il nous fait pénétrer dans ce monde de savoir, à côté des condisciples de Turgot tels que Morellet, et nous présente ses premiers écrits. B.M.


Œuvres de Turgot et documents le concernant, volume 1

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III. LA SORBONNE

Premières études de Turgot au collège et au séminaire. — Ses noms. — À la Sorbonne. — Ses condisciples : les deux de Cicé, de Boisgelin, de Brienne, Morellet, de Véri. — L’abbé Sigorgne et l’abbé Bon ; vers sur l’Arrestation du prince Edouard. — Les premiers travaux : Discours sur l’histoire universelle ; essai de Géographie politique. — Lettre à l’abbé de Cicé sur le papier-monnaie. — Les Sorboniques. — Les avantages que le christianisme a procurés au genre humain ; Le tableau philosophique des progrès de l’esprit humain. — Abandon par Turgot de l’état ecclésiastique.

 

Anne-Robert-Jacques[1] avait commencé ses études avec un précepteur ; il avait été mis ensuite au Collège Duplessis[2], puis au Collège de Bourgogne où il demeura et fit ses humanités. À seize ans, il commença sa théologie et passa sa première thèse ; en octobre 1746, il obtint une dispense d’âge pour être admis aux examens de la Faculté, eu égard « à la très puissante recommandation du Roi et aux services que, pendant son administration, son illustre père avait rendus à la Ville de Paris et aux divers ordres de la Faculté ». Quelques mois plus tard, il soutint sa thèse de bachelier, et si brillamment, que l’archevêque de Tours, président des examens, dit à Louis XV, à qui il eut l’occasion d’en parler le lendemain, qu’il n’avait jamais vu soutenir une thèse avec tant de distinction.

En raison de ce succès, le père de Turgot crut pouvoir le faire admettre à courir la licence. Mais il fallait être déjà dans les ordres et avoir vingt ans accomplis ; Turgot ne les avait pas tout à fait et n’était qu’écolier. Le syndic donna un avis formellement défavorable et fut félicité de sa fermeté par le ministre de la maison du Roi.

Le jeune Turgot dut entrer provisoirement à la fin de 1748 au Séminaire de Saint-Sulpice, où il prit le nom d’abbé Turgot. C’est après la mort de son père qu’il porta le nom de Turgot de Brucourt[3] et c’est beaucoup plus tard, quand il fut intendant de Limoges et après la mort de sa mère, qu’il acheta dans le Cotentin le fief de Laune, avec les terres de Lastelle, Gerville, Vesly, Le Plessis et autres lieux, et qu’il devint baron de Laune.

Il entra en octobre 1749 à la maison de Sorbonne et en fut bientôt nommé prieur.

Cette annexe de la faculté, où logeaient vingt-quatre docteurs et une dizaine d’étudiants, était installée dans les mêmes bâtiments que la Faculté de théologie, d’où émanaient les arrêts de condamnation des livres ; mais l’esprit qui y régnait n’était point en rapport avec ces arrêts. On peut s’en rendre compte par la lecture des écrits de jeunesse de Turgot. Plusieurs de ses condisciples avaient déjà, comme lui, à la Sorbonne et eurent toute leur vie, des opinions libérales ; les deux Champion de Cicé, de Boisgelin, de Loménie de Brienne, Morellet, de Véri, qui ont occupé des situations importantes dans l’église, dans les lettres ou dans la politique, ont été des partisans de la tolérance religieuse et de la liberté économique.

L’aîné des Cicé (J.-B.-Marie), évêque de Troyes, puis évêque d’Auxerre, est le seul des deux frères qui ait été, à proprement parler, condisciple de Turgot à la Sorbonne. Il était de deux ans plus âgé que lui.

Le second des Cicé était beaucoup plus jeune. Il fut agent du clergé en 1768, puis évêque de Rodez, archevêque de Bordeaux, député aux États Généraux et garde des Sceaux en 1789. « C’était, a dit justement Morellet, un homme actif, de bonnes intentions et dans des temps moins difficiles capable de remplir une grande place. »

Raymond de Boisgelin de Cucé, dont la famille s’allia aux Turgot par le mariage d’une Turgot de Saint-Clair avec le comte de Boisgelin, était natif de Rennes comme les deux Cicé. Grand vicaire à Pontoise, puis évêque de Lavaur et archevêque d’Aix, il fut aussi député aux États Généraux. Il ne se réunit qu’après hésitation à l’Assemblée nationale ; mais lorsqu’il était à l’archevêché d’Aix, il avait, au nom des États de Provence, résisté à l’abbé Terray en refusant d’appliquer les mesures que ce ministre avait provoquées contre la liberté du commerce des grains. Écrivain distingué, il fut reçu à l’Académie française sous le ministère de Turgot et dans son discours de réception, inséra ce passage qu’on ne retrouve plus dans ses Œuvres publiées en 1818 :

« Un jeune souverain s’élève, auquel une grande et pénible tâche est imposée, celle de remplir notre première attente ; il n’a point séparé du bonheur ni de l’amour de son peuple, la gloire de son règne ; il se plaît au récit de tous les biens qu’il veut faire et semble oublier tous ceux qu’il a faits. On peut l’entretenir de ses devoirs et non de ses vertus. » [4]

De Loménie de Brienne, qui fut, comme Turgot, prieur de la Sorbonne, était le plus brillant de ses condisciples. Ennemi de Calonne, et, après ce dernier, principal ministre, cardinal et archevêque de Sens, il se montra au pouvoir, très inférieur à sa réputation. Son ami Morellet[5] a fait de lui ce portrait :

« L’abbé de Brienne, encore écolier, pensait déjà à devenir ministre. Il avait une grande application, étudiant la théologie pour être évêque et les mémoires du cardinal de Retz pour être homme d’État, lisant avec avidité tous les bons livres et s’en nourrissant avec tout ce que l’esprit lui donnait de discernement, mais avec peu de ce qu’on appelle goût…, facile à vivre, point dénigrant, point jaloux, dépensier et généreux, quoique alors fort peu riche…, se tenant assuré de payer un jour ses dettes par son mariage, comme on disait, avec une église bien dotée. Après sa licence, il fut fait grand vicaire de l’archevêché de Rouen. »

Quant à l’abbé André Morellet, économiste et philosophe, disciple de Vincent de Gournay et plus encore de Voltaire, sceptique et épicurien, il entra, ainsi que Boisgelin, à l’Académie française. En relations suivies avec Lord Shelburne, chez qui il séjourna en Angleterre, il facilita la conclusion du traité de commerce de 1786 avec la France.

Il dut à Turgot une excellente abbaye et le maintien d’une pension pour faire un Dictionnaire du Commerce dont ne fut jamais publié que le Prospectus. Il se fit aussi l’ami de Necker dont il avait pourtant réfuté le livre sur la Législation et le commerce des grains. Turgot ne lui pardonna pas ses infidélités et Morellet n’est pas parvenu dans ses Mémoires à les faire excuser.

L’abbé de Véri fut un ami plus sûr. Homme d’esprit, versé dans les questions de politique extérieure et d’économie politique, admirateur de Turgot, il contribua à le faire nommer ministre et vit en lui le seul homme capable de détruire en France le régime réglementaire.

Il a été représenté par les amants du passé comme un « ambitieux subalterne, ne tenant ni à son ordre par ses vertus, ni aux affaires par ses talents et remplaçant tout par l’audace et l’intrigue ». Rien dans la conduite de Véri ne semble justifier ces accusations.

D’une famille du Comtat venaissin, originaire de Florence, il avait été promu presque au sortir de la Sorbonne auditeur de rote, abbé de Saint-Satur et grand vicaire à Bourges. Dans cette ville, il fit la connaissance de Maurepas que Mme de Pompadour venait de faire exiler ; il devint l’ami du ministre déchu et plus encore celui de Mme de Maurepas. Par là, il aida Turgot à devenir ministre ; il lui reprocha ensuite de n’avoir pas su se maintenir au pouvoir pour appliquer les idées qui leur étaient communes, mais loin d’agir en ambitieux, il soutint Turgot dans les jours difficiles et, par le dévouement dont il fit preuve, perdit la confiance du Mentor du Roi ; n’étant plus que le familier de la comtesse de Maurepas, il n’eut plus d’influence.

Les condisciples et les amis de jeunesse de Turgot, non seulement l’aimaient, mais l’admiraient.

L’abbé Guérin qui avait été son professeur d’humanités, l’abbé Sigorgne qui avait été son professeur de philosophie, l’abbé Bon qui lui donna des conseils littéraires, « gens de mérite assurément, dit Morellet, l’ont toujours regardé avec une affection profonde qui devenait une sorte de culte et je leur ai entendu dire souvent qu’ils se tenaient heureux d’avoir vécu dans un siècle où Turgot vivait ».

Les uns et les autres étaient attachés aux idées nouvelles. Sigorgne[6], professeur au collège de Bourgogne, avait osé le premier combattre dans une chaire le système de Descartes et avait fait de Turgot un newtonien.

L’abbé Bon, maître de quartier à Sainte-Barbe et précepteur des enfants du duc de Chaulnes[7], versifiait très facilement. Il composa une satire assez vive sur l’arrestation du Prince Édouard[8], arrestation qui avait soulevé la France d’indignation. Mme de Pompadour y était comparée à Agnès Sorel :

Belle Agnès ! tu n’es plus : Ton altière tendresse

Dédaignerait un roi flétri par la faiblesse… [9]

Une autre pièce presque aussi vive circulait. La favorite voulut en faire rechercher l’auteur ; Maurepas fut d’un avis contraire. Mme de Pompadour, se figurant que le ministre de la Marine avait commandé lui-même la satire, le fit chasser du ministère et exiler à Bourges ; c’était au printemps de 1749.

Turgot avait une mémoire étonnante ; il lui suffisait de lire ou d’entendre une ou deux fois un morceau pour le retenir ; il savait par cœur la plupart des poésies fugitives de Voltaire et beaucoup de morceaux de ses poèmes et de ses tragédies. Il avait même, de ces poésies, le cerveau si garni qu’ayant un jour à écrire à son frère le Chevalier, à Malte, il en remplit sa lettre. Il avait entendu la satire de l’abbé Bon ; il se la rappela et la dicta à Sigorgne qui, à son tour, la dicta à des étudiants et à des amis ; elle se répandit par là rapidement.

La police s’émut et arrêta plusieurs personnes, entre autres un professeur du Collège de Bayeux, qui avoua avoir écrit sous la dictée de Sigorgne. Celui-ci fut mis à la Bastille le 16 juillet 1749 ; il refusa longtemps de dire de qui il tenait la pièce, puis se confessa au lieutenant de police. Par égard pour la famille Turgot, l’affaire fut étouffée. Sigorgne sortit de prison le 23 novembre et fut exilé à Rambercourt-aux-Pots[10]. L’abbé Bon ne fut pas inquiété, mais la peur lui tourna la tête[11].

On exagère presque toujours la valeur des travaux de jeunesse des hommes illustres ; c’est ce qui a été fait pour Turgot. Il est incontestable néanmoins que son intelligence était d’une rare précocité et que son activité intellectuelle au Séminaire et à la Sorbonne fut exceptionnelle[12]. Ses écrits de jeunesse que nous publions, par souci de sincérité, sans y rien modifier et sans y rien retrancher qui ait quelque importance, témoignent d’une étendue de connaissances, d’une force de pensée, d’une méthode scientifique qu’on ne rencontre pas souvent chez un jeune étudiant et qui était plus rares en son temps qu’au nôtre.

Il était déjà et resta toute sa vie, un grand liseur en plusieurs langues et un liseur attentif. On a dit de lui qu’il savait tout ; on l’a dit aussi de Diderot ; on aurait pu le dire de beaucoup d’autres de leurs contemporains ; le XVIIIe siècle a été le siècle de l’Encyclopédie et celui des encyclopédistes ; mais Turgot savait bien ce qu’il savait. Cousin a émis l’opinion que dans les Discours en Sorbonne, il y a plus de philosophie que dans tout Voltaire. Ce qui est certain, c’est que Turgot s’est occupé d’un grand nombre de sujets et que pour tous, il connaissait à fond ce qui en avait été écrit.

Cependant, il ne négligeait pas le monde ; son père recevait ; et, malgré sa jeunesse, il allait visiter des savants ; il devenait le familier de Fontenelle ; nous le verrons, plus loin, fréquentant des salons littéraires. « Il est dans l’esprit jusque par dessus les yeux, disait le Prévôt des marchands. »

En dehors de ses devoirs d’étudiant en théologie, dont les principaux étaient des discours latins, — jusqu’à quatre par semaine, — sur des sujets religieux, Turgot écrivit des dissertations sur les matières les plus diverses[13] et dressa des plan d’ouvrages dont la composition aurait absorbé plusieurs vie laborieuses.

Parmi les fragments de ces essais qui ont été conservés, plusieurs sont dignes d’attention.

Ses Réflexions sur les langues à propos du livre de Maupertuis, sa réfutation du scepticisme de Berkeley sont des études pleines de promesses.

Intéressante aussi est la lettre adressée en avril 1749 à l’un des abbés de Cicé sur le papier-monnaie. Il ne faut pas toutefois en enfler l’importance scientifique.

Elle fut inspirée par la lecture de lettres que l’abbé Terrasson, écrivain qui eut son heure de réputation, avait données au Mercure en 1720 pour défendre le système de Law contre d’Aguesseau. « On opposait aux principes de Descartes les sentiments de tout le monde, avait dit l’abbé ; la philosophie s’est fait jour à travers tous les obstacles ; il en a été ainsi du système et son succès même a été plus éclatant et plus prompt. »

Terrasson soutint que l’argent répandu dans le royaume ne venait que du Prince qui le détenait même tout entier quand il refondait les monnaies, que l’argent n’était aux mains du public que pour circuler et n’avait de valeur que par la marque du Prince. « Il convient donc, conclut-il, de le remplacer par du papier. » Et satisfait de ces explications, l’abbé prédit au système l’éternité.

Sa dernière lettre fut datée du 18 mai 1720 ; quelques jours plus tard, le système sombra : l’abbé qui, en spéculant, s’était enrichi, fut ruiné. Une chaire au Collège de France l’aida à supporter cet accident, mais le ridicule s’attacha à ses pas et on dit de lui :

Vil défenseur d’un faux système,

Il nous montre que l’inventeur

Quoique fourbe au degré supérieur

L’est moins que son adulateur.

Après la chute de Law et les déboires de Terrasson, la question du papier-monnaie fut fortement discutée par Melon, Du Tot et Paris-Duverney. Ensuite Montesquieu, qui s’était moqué du système, sans bien le comprendre, dans les Lettres persanes, inséra un chapitre intéressant sur le change ou plus exactement sur le papier-monnaie dans l’Esprit des lois.

En écrivant à l’abbé de Cicé, le jeune Turgot traitait donc, en 1749, un sujet rebattu, mais il le fit avec compétence, ce qui est quelque chose de la part d’un étudiant.

Dans des recherches sur le progrès, dont il va être parlé, est cette réflexion qui mérite d’être méditée :

« Ce n’est point l’erreur qui s’oppose aux progrès de la vérité, ce ne sont point les guerres et les révolutions qui retardent les progrès du gouvernement, c’est la mollesse, l’entêtement, la routine et tout ce qui porte à l’inaction. »

On rencontre ensuite dans le même travail cette observation :

« En dirigeant les forces de votre esprit à découvrir des vérités nouvelles, vous craignez de vous égarer ? Vous aimez mieux demeurer paisiblement dans les opinions reçues… c’est-à-dire que vous ne voulez pas marcher de peur de vous casser les jambes… Pourquoi Dieu a-t-il donné des jambes à l’homme si ce n’est pour marcher, ou de l’esprit si ce n’est pour s’en servir ? »

Dès l’époque où il écrivit la Lettre sur le papier-monnaie, ou à une époque voisine, Turgot songea à composer un Traité de la circulation où il aurait parlé des banques, du système de Law, du crédit, du change et du commerce, enfin du luxe, c’est-à-dire de presque toute l’économie politique telle qu’on l’entendait alors.

Ce projet est indiqué dans une liste d’Ouvrages à faire où sont aussi des titres de tragédies, de poèmes, de livres de philosophie, de théologie, de linguistique, de morale et de physique, une histoire universelle, une géographie politique et des considérations sur l’histoire de l’esprit humain.

La sociologie, s’il est permis de se servir en l’occasion de mot ce moderne, attira surtout Turgot. Quoique l’Histoire universelle de Bossuet fût toujours à la mode, on commençait à trouver que l’éloquence, mise au service de vues purement religieuses, ne suffit pas pour décrire et expliquer la marche de l’humanité.

De plusieurs côtés, sans parler de l’Essai sur les mœurs et l’esprit des nations de Voltaire, on cherchait des causes plus rationnelles du progrès ; l’Académie de Dijon ouvrit, pour 1750, le concours auquel prit part J.-J. Rousseau sur la question de savoir si le rétablissement des sciences et des arts a contribué à épurer les mœurs. L’Académie de Soissons ouvrit un autre concours en 1748 sur les Causes des progrès et de la décadence du goût dans les sciences et les arts.

L’abbé Bon signala à Turgot ce concours et songea peut-être à y prendre part, mais il ne trouva à développer que quelque banalités. Turgot, envisageant le sujet dans son ampleur, commença à le traiter, dans des Recherches sur les causes des progrès et de la décadence des sciences et des arts, auxquelles il donna ensuite le sous-titre plus suggestif de Réflexions sur l’histoire du progrès humain, et dont finalement il a fait la base de son deuxième discours en Sorbonne.

C’est peu après le moment où se passa l’incident rapporté plus haut au sujet du prince Edouard que Turgot fut nommé prieur de la Sorbonne, dignité qui ne se conférait qu’aux jeunes gens d’avenir ; elle entraînait à certaines dépenses et exigeait des talents. Le prieur tenait les clefs de la maison, présidait aux réunions exceptionnelles, y prononçait des discours latins et faisait dans la même langue des compliments aux candidats. Les plus importantes de ces réunions étaient les Sorboniques, qui revenaient tous les deux ans et qui se succédaient pendant six mois ; c’est là que les bacheliers soutenaient leurs thèses. Pendant le priorat de Turgot, l’abbé Morellet soutint la sienne[14].

La séance d’ouverture des Sorboniques était très solennelle ; des prélats y assistaient, le prieur y lisait un grand discours. À la séance de clôture, tenue avec moins d’éclat, il en prononçait un autre.

Les oraisons de Turgot furent très remarquées. Dans la première, prononcée le 3 juillet 1750, en présence du Cardinal de La Rochefoucauld, le jeune prédicateur traita des « avantages que l’établissement du christianisme a procurés au genre humain » ; dans la seconde, prononcée le 11 décembre, il fit le « tableau philosophique des progrès de l’esprit humain ».

Le père de Turgot avait écrit à son fils le Chevalier : « Je vous ai mandé le succès prodigieux de la harangue que l’abbé fit au mois de juillet. » Le succès de la harangue de décembre ne fut pas moindre. C’est là que se trouve la phrase souvent citée[15], parce que les événements ont justifié la prédiction qu’elle renferme :

« Les colonies sont comme des fruits qui ne tiennent à l’arbre que jusqu’à leur maturité ; devenues suffisantes à elles-mêmes, elles font ce que fit Carthage ; ce que fera un jour l’Amérique. »

Turgot n’avait pas été toutefois le seul à deviner l’avenir des colonies américaines. Maurepas, persuadé qu’elles secoueraient bientôt le joug de l’Angleterre, avait en 1749 projeté[16] entre la France et elles un commerce par le Canada.

Des copies très soignées des deux oraisons du prieur, avec le français en regard du latin, ont été distribuées à quelques personnes. J’en connais deux exemplaires[17] ; c’est leur comparaison avec le texte donné par Du Pont de Nemours dans les Œuvres de Turgot qui m’a fait voir que le premier discours a été fortement remanié par l’éditeur. Du Pont a déclaré, qu’après avoir consulté des amis de Turgot, il avait cru devoir élaguer « tout ce qui, dans ce premier discours appartenait aux fonctions, aux devoirs, à la position du prieur de Sorbonne ». Mais l’élagage fut fait en grand ; l’exorde fut supprimée ; les phrases où il était question de la Révélation furent biffées et remplacées par d’autres phrases qui jurent avec le reste. L’oraison de Turgot ressemble quelque peu à un devoir de rhétorique ; Léon Say l’a dit justement ; sa reproduction littérale n’aurait rien ajouté à la gloire de l’auteur, mais elle aurait permis, avec ses écrits de jeunesse restés jusqu’ici inédits, de mieux connaître ses sentiments intimes pendant son séjour à la Sorbonne[18].

On aurait lu dans l’exorde : « La Religion chrétienne a Dieu pour auteur et Dieu pourrait-il nous donner des lois qui ne fussent pas des bienfaits ! Serait-il vrai, ce que prétendent ces esprits qui ne cessent d’accuser la Providence pour justifier leurs passions et leurs crimes, que cette religion s’oppose au bonheur des hommes et à l’intérêt des Sociétés ? Non : par quelques routes écartées que Dieu conduise les hommes, leur bonheur en est toujours le terme. »

Et après avoir développé cette pensée, le prieur s’était écrié :

« Censeurs aveugles ! bornés dans vos vues à cette courte apparence qu’on appelle le monde, osez-vous juger l’éternité par le moment qui vous échappe et que vous ne connaissez même pas ? assurés par tant de preuves éclatantes de la vérité du christianisme, environnés des clartés de la Révélation, ne pouvez-vous vous laisser conduire sans murmure à la main d’un Père ? … Pourquoi ne voyez-vous pas, pourquoi ne voulez-vous pas voir que cette religion toute céleste est encore la source la plus pure de votre félicité dans cette vie, qu’en répandant sur la terre le germe du salut éternel, elle y a versé en même temps les lumières, la paix et le bonheur ? C’est à la preuve de cette vérité que je consacre ce discours. »

L’oraison prononcée à l’ouverture des Sorboniques était donc toute religieuse : celle qu’on entendit à la clôture de la session fut, au contraire, ainsi que l’indiquait son titre, tout philosophique.

Condorcet[19] a dit que Turgot, Price et Priestley ont été les premiers et les plus illustres apôtres de la doctrine de la perfectibilité humaine.

Plus tard Littré a émis l’opinion que Turgot vit le premier d’une façon précise, l’enchaînement des générations et la filiation des choses. C’est ce qu’ont dit aussi Laboulaye et Frédéric Passy.

« Tous les âges, lit-on en effet, dans le second Discours en Sorbonne, sont enchaînés par une suite de causes et d’effets qui lient l’état du monde à tous ceux qui l’ont précédé… Les signes arbitraires du langage et de l’écriture… ont formé, de toutes les connaissances particulières, un trésor commun qu’une génération transmet à l’autre, ainsi qu’un héritage toujours augmenté des découvertes de chaque siècle, et le genre humain, considéré depuis son origine, paraît aux yeux du philosophe comme un tout immense qui lui-même a, comme chaque individu, son enfance et ses progrès.

« Les progrès, amenant d’autres progrès, l’inégalité des nations augmente. Ici, les arts commencent à naître ; là ils avancent à grands pas vers la perfection ; plus loin, ils s’arrêtent dans leur médiocrité ; ailleurs, les premières ténèbres ne sont point encore dissipées et dans cette inégalité, variée à l’infini, l’état actuel de l’univers, en nous présentant à la fois toutes les nuances de la barbarie et de la politesse semées sur la terre nous montre en quelque sorte, sous un même coup d’œil, les monuments, les vestiges de tous les pas de l’esprit humain, l’image de tous les degrés par lesquels il a passé et l’histoire de tous les âges. »

Comme des copies des Discours en Sorbonne ont été distribuées par Turgot à des amis, on peut dire qu’il n’a pas seulement reconnu pour lui, mais exposé au public, la doctrine de la perfectibilité humaine et celle de la solidarité des hommes dans le temps et dans l’espace, chaque génération, profitant de l’œuvre des générations antérieures et devant à son tour faire profiter de son œuvre les générations qui la suivront, chaque nation communiquant ses lumières à d’autres nations, chaque homme à d’autres hommes.

On a conclu aussi du passage cité que Turgot aurait indiqué ce que l’école positiviste appelle la loi des trois états d’Auguste Comte. En réalité, Turgot a montré, conformément à la vérité historique, que ces états existent simultanément et non pas qu’ils sont successifs, ainsi qu’a paru le croire l’auteur de la Philosophie positive.

Ce second Discours en Sorbonne est, en raison de son objet, beaucoup plus intéressant que le premier et le ton en est bien différent.

Il est possible qu’il y ait là l’indice d’un changement d’opinion, car peu de temps après avoir fait son second discours, Turgot abandonna l’état ecclésiastique.

Les auteurs ne sont pas d’accord sur les circonstances qui ont accompagné cet acte important de sa vie.

Delort[20] a prétendu qu’à cette époque il était déjà dans les ordres, parce que, dans quelques actes de la Sorbonne, il est appelé « Diacre Parisien ». C’est prendre trop à la lettre des formules de politesse ; Turgot était libre.

« Il avait cru, lit-on dans la première édition des Mémoires de Du Pont, devoir borner sa déférence pour les projets qu’on avait eus sur lui à l’étude de la théologie ; il quitta la soutane au commencement de 1751. » Dans la seconde édition de ces mêmes Mémoires, parue en 1811 Du Pont a raconté, en note, que les condisciples de Turgot combattirent sa résolution en lui représentant que ses succès et le crédit de sa famille lui assuraient dans l’Église un brillant avenir et qu’il leur dit, en accompagnant sa dure réponse de phrases aimables : « Je ne veux pas porter toute ma vie un masque sur le visage. »

On conçoit qu’une telle réponse n’ait pas figuré dans l’édition première des Mémoires de Du Pont ; elle ne pouvait être rendue publique du vivant des condisciples de Turgot ; c’eût été pour eux une injure sanglante ; mais pour la même raison, on conçoit difficilement que Turgot l’ait adressée à de jeunes hommes qui étaient déjà et qui restèrent ses amis.

Un autre biographe, Dupuy, a dit qu’à Saint-Sulpice « les parents de Turgot n’avaient rien remarqué qui ne dût les affermir dans leur résolution, mais qu’en 1744, Turgot prit le parti d’écrire à son père pour lui faire part de sa répugnance et que celui-ci l’exhorta à ne pas prendre un parti définitif avant d’y avoir préparé sa mère et, en attendant, de poursuivre ses études ». Il y a là quelque confusion, puisque Turgot n’entra au Séminaire qu’en 1748. On lit d’ailleurs dans une lettre du Prévôt, datée du 24 janvier 1749, adressée à son fils le Chevalier : « Votre frère s’accommode fort bien de la vie de séminaire. »

Condorcet a écrit : « Il ne déclara à ses parents sa résolution qu’au moment de prendre un engagement définitif et adressa une lettre motivée à son père, qui donna son consentement. »

Étant donné ce que l’on sait de la famille de Turgot et de son propre caractère, dont la simplicité fut un des traits, les choses ont dû se passer sans le moindre aspect théâtral.

Élevé par des parents religieux, Turgot accepta très probablement sans répugnance la carrière qu’ils avaient choisie pour lui, quand à seize ans il commença ses études de théologie. Il les fit avec piété ; ses manuscrits en donnent la preuve. Mais grand travailleur, grand liseur, admirateur de Voltaire[21], il perdit peu à peu la foi. Étant prieur de la Sorbonne, il avait vingt-trois ans, mais il était resté jeune ; son écriture était celle d’un enfant. Il dut hésiter à révéler ses troubles de conscience à ses parents, quoique ni leur sévérité, ni leur piété ne fussent farouches. Il a pu écrire à son père pour n’avoir pas à lui parler ; il a pu ne se décider que le plus tard possible pour ne pas déplaire à sa mère. Ce sont là des hésitations que connaissent les cœurs sensibles. Mais il n’a pas dû rencontrer dans sa famille de fortes résistances. Peut-être même ne s’est-il prononcé qu’après la mort de son père, c’est-à-dire après 1er février 1751[22], quand ce malheur l’obligea à se diriger désormais lui-même ? Peut-être enfin, un innocent roman, dont je puis dire quelque chose puisque beaucoup d’autres avant moi en ont parlé, a-t-il influé sur sa détermination ?

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[1] Une lettre de Turgot à Du Pont de Nemours semblerait indiquer que le prénom usuel de Turgot était Robert. Mais Turgot, dans son enfance et dans sa jeunesse, était désigné par un nom de terre : Sousmont d’abord, Brucourt ensuite.

[2] Ce collège devint plus tard le collège Louis-le-Grand. Turgot y était en 1737, c’est-à-dire à l’âge de dix ans.

Du Pont signale ce trait du collégien

« Sa famille s’aperçut que l’argent qu’il recevait d’elle assez abondamment était très rapidement dépensé. Elle en conçut quelque inquiétude, et le principal du collège Louis-le-Grand fut chargé de s’informer soigneusement de l’usage que le jeune Turgot faisait de son argent. Il se trouva qu’il le partageait, dès qu’il l’avait reçu, entre des écoliers qui n’avaient pas le moyen d’acheter des livres. »

[3] Turgot ne posséda jamais cette terre qui, à la mort du Prévôt des Marchands, passa au Marquis de Sousmont, avec les autres immeubles de la succession. Néanmoins après cette époque, il porta assez longtemps le nom de Turgot de Brucourt.

[4] Discours prononcé le 29 février 1776. Boisgelin mourut cardinal et archevêque de Tours.

[5] Mémoires, 17. Ces Mémoires renferment quelques inexactitudes. Voir sur Morellet : Schelle, Vincent de Gournay.

[6] Turgot était bon physicien ; étant encore au Séminaire, il rédigea une lettre fort sensée à l’adresse de Buffon pour contester sa théorie de la formation de la terre. Vers la même époque, il installa au château de Bons un cadran solaire et à cette occasion calcula la méridienne du lieu. Elle retarda de 3 minutes ce que Jeaurat, de l’Académie des Sciences, rectifia plus tard.

[7] Morellet dit « de Chartres ». Voir p. 102.

[8] À la suite du traité de paix avec l’Angleterre, ce prince avait été arrêté à la sortie de l’Opéra et forcé de quitter le royaume (1748).

[9] La pièce de Bon commençait par ces vers :

Quel est le triste sort des malheureux Français,

Réduits à s’affliger dans les bras de la paix.

L’autre pièce commençait ainsi :

Peuple jadis si fier, aujourd’hui si servile,

Des princes malheureux vous n’êtes plus l’asile.

Les deux pièces sont imprimées dans la Vie privée de Louis XV et dans le Chansonnier historique du XVIIIe siècle. L’auteur de la seconde était Desforges qui fut embastillé le 17 août 1749, puis interné au Mont Saint-Michel (Funck Brentano, Les lettres de Cachet).

[10] Funck Brentano, Les lettres de Cachet. Turgot, quand il fut ministre, fit donner à Sigorgne une abbaye.

[11] « Turgot finit par le recueillir ; c’est dans sa maison qu’il mourut », dit l’abbé Morellet, mais cette assertion ne parait pas exacte. Bon ou Le Bon, comme l’appelait quelquefois aussi Turgot, se sauva à Bourges où étaient l’abbé de Cicé, l’abbé de Véri et Maurepas. Véri lui procura une retraite dans l’abbaye de Saint-Satur. Bon se retira ensuite à Lyon, puis à Autun où l’évêque de Mâcon (de Lort de Sérignan de Valras) lui donna un canonicat et le prit comme grand vicaire. Mais il fut toujours tourmenté par le souvenir des risques que Sigorgne et lui-même avaient courus. Turgot assura une rente viagère à sa sœur.

Bon est l’auteur d’un Panégyrique de Saint-Louis et de Lettres d’un homme du monde au sujet des billets de confession et de la bulle Unigenitus qui furent écrits en 1753 dans le même temps que les Lettres sur la tolérance de Turgot. Bon y soutint le droit pour le clergé de refuser les billets de confession aux Jansénistes, mais contesta l’opportunité des refus. Sa pièce sur le Prince Edouard avait eu un tel succès que plusieurs années après, une religieuse au fond d’une province la récita à l’abbé de Véri.

[12] « Cet homme qui s’élève, si fort au-dessus de la classe commune, dit Morellet, qui a laissé un nom cher à tous les amis de l’humanité et un souvenir à tous ceux qui l’ont particulièrement connu, annonçait (dès son séjour à la Sorbonne) tout ce qu’il déploierait un jour de sagacité, de pénétration, de profondeur. Il était en même temps d’une simplicité d’enfant qui se conciliait en lui avec une sorte de dignité, respectée de ses camarades et même de ses confrères les plus âgés. Sa modestie et sa réserve eussent fait honneur à une jeune fille. Il était impossible de hasarder la plus légère équivoque sur certain sujet, sans le faire rougir jusqu’aux yeux et sans le mettre dans un extrême embarras. Cette réserve ne l’empêchait pas d’avoir la gaîté franche et naïve d’un enfant, et de rire aux éclats d’une plaisanterie, d’une pointe, d’une folie.

« Il avait une mémoire prodigieuse et je l’ai vu retenir des pièces de 180 vers après les avoir entendues deux ou même une seule fois.

« Il s’était élevé lui-même car son instituteur que j’ai connu, homme doux et raisonnable, était très médiocre. Il eut le bonheur de trouver (au collège) deux hommes qui sentirent ce qu’il valait et surent l’estimer : Guérin et Sigorgne, qui, quoique ses maîtres, le respectèrent dès qu’ils le connurent. »

« Résolu de partager sa vie entre les lettres, les sciences et les devoirs de la magistrature, dit Du Pont, Turgot ne s’était pas borné à des études théologiques. Il s’était livré avec beaucoup d’application à celle du droit et surtout à celle de la morale et de la justice, aux mathématiques*, à la physique, à l’astronomie. Il connaissait parfaitement le ciel.

« Turgot, dit encore Du Pont, s’exprimait en latin aussi parfaitement qu’il est possible aux modernes de le faire. Il savait le grec, il étudia l’hébreu, il apprit l’allemand, l’italien, l’anglais, un peu d’espagnol.

« Au milieu des plus grandes occupations qui ont ensuite rempli sa vie, il n’a jamais négligé de se rappeler ses études de sa jeunesse et tous les genres de littérature ont toujours occupé ses loisirs.

« Il écrivait en anglais avec facilité et correction. Il avait commencé et même assez avancé la traduction de quelques bons ouvrages français en cette langue et tous les Anglais auxquels il a communiqué ce travail, l’ont vivement exhorté à le continuer. »

Du Pont signale aussi que Turgot traduisit de l’anglais, en dehors des Considérations de Josias Tucker et des vers de Pope dont les traductions ou imitations ont été publiées, plusieurs morceaux détachés d’Addison, de Johnson, de Shakespeare, à peu près le premier volume de l’Histoire des Stuart de Hume, les dissertations du même auteur sur la Jalousie du commerce, sur la Réunion des partis, sur la Liberté de la presse.

Il a traduit de l’allemand, le commencement de la Messiade de Klopstock et le commencement du Premier Navigateur ; de l’Italien, en vers libres, quelques scènes du Pastor fido (par Guarini) ; de l’hébreu, la plus grande partie du Cantique des Cantiques ; du latin, en dehors des morceaux de Tibulle, de Virgile, etc., qui ont été publiés, une multitude de fragments de Cicéron, de Sénèque, de César, d’Ovide et les huit premiers paragraphes des Annales de Tacite.

Parmi les travaux de jeunesse de Turgot, Du Pont signale encore un Dictionnaire de la langue latine auquel il travailla deux ans et un recueil assez considérable d’étymologies pour ce grand ouvrage. Nous n’en n’avons pas trouvé trace dans les papiers de Turgot. Y ont été conservées : des traductions de Tacite, des Eglogues de Virgile, du Cantique des Cantiques ; un essai de transcription de Gil Blas en anglais ; des recherches sur les langues des sauvages de l’Amérique ; un essai d’alphabet universel pour reproduire les sons des différentes langues et indiquer les véritables prononciations ; l’alphabet a 15 voyelles, non compris 4 nasales, et 24 consonnes, soit 43 sons pour la langue française. On y trouve aussi des fragments d’un Poème des saisons, des études d’étymologie et de sténographie.

* Toutefois pour les mathématiques, l’abbé Morellet observe que Turgot y fit quelques progrès, mais qu’il n’eut jamais pour ces sciences une aptitude véritable. Il s’y adonna cependant à diverses époques de sa vie ; on trouve dans ses manuscrits de nombreuses notes sur les équations des divers degrés, sur les logarithmes, sur les corrections à faire au thermomètre, sur la gravitation d’après un mémoire de Clairaut.

[13] Comme sujets religieux, il écrivit un Panégyrique de sainte Ursule que nous n’avons pas retrouvé, une réfutation des Pensées philosophiques de Diderot et, dans une lettre à l’abbé Bon, une dissertation sur l’existence de Dieu.

[14] C’est ce qui résulte du procès-verbal de l’assemblée de la Faculté, du 13 août 1750, où on lit : … Via Scrutinii admissi sunt ad Societatem : Andreas Morellet, diaconus Lugdunensis. Ita est, Turgot prior.

[15] On la retrouve dans les Recherches sur les causes des progrès et de la décadence des sciences et des arts.

[16] Éloge de Maurepas, par Condorcet.

[17] L’un est en ma possession ; il renferme des notes de la main de Turgot ; l’autre est au château de Lantheuil.

[18] « L’état ecclésiastique, dit Monthyon, fut la première carrière dans laquelle fut engagé M. Turgot, et en théologie, il soutint des thèses, où il défendit avec éclat et succès des vérités, sur lesquelles depuis, on l’a accusé d’avoir plus que des doutes. »

[19] Esquisse d’un Tableau Historique des Progrès de l’Esprit humain.

[20] Histoire de la détention des Philosophes et des Gens de Lettres à la Bastille.

[21] « L’abbé Bon, dit Morellet, ne parlait qu’avec enthousiasme de Fénelon, de Vauvenargues, de Voltaire ; il y joignit bientôt J.-J. Rousseau, et ces sentiments, il les avait inspirés à Turgot ou avait du moins contribué à les développer en lui » (Mémoires, I, i).

[22] On a vu que, d’après Du Pont, Turgot quitta la soutane « au commencement de 1751 ». Dupuy, dans un passage peu clair de son Éloge, semble dire aussi que la résolution de Turgot ne fut définitive qu’à la mort du Prévôt. Morellet s’exprime dans le même sens.

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