Une nouvelle citoyenneté est en marche

Un conte philosophique proposé par Jacques LEGRAND

De retour de la planète TERRE, notre envoyé spécial chaudement félicité pour son enquête intitulée : « j’ai rencontré des Terriens libérés »,  nous livre ici le texte de l’interview de leur porte- parole :

Q 1 Notre SILU, Système d’Information Libre sur l’Univers, a détecté l’apparition d’un nouveau type de citoyenneté sur votre planète, plus précisément dans un endroit que je crois vous appelez « France » ?

Nous aimerions savoir quel est  exactement son profil ?

R Félicitations pour la performance de votre SILU !

Il est exact qu’une profonde transformation atteint en ce moment cet espace que nous nommons un « pays »

Ses habitants, conscients d’être à la fois une personne unique et un membre de l’humanité vivant sur la planète Terre, réfléchissaient depuis longtemps sur comment atteindre le

« mieux – être » possible pour chaque citoyen et pour les différentes collectivités dont il est membre : famille, associations, commune de résidence, région, nation …

Notre philosophie est que l’homme rendu conscient de ses droits et de ses devoirs par une éducation adéquate les exerce en liberté et en responsabilité au mieux dans sa sphère privée comme dans la société ; au plan politique, cela veut dire qu’il se reconnaît disposant d’un pouvoir, qu’il doit l’exercer pleinement, dans le respect du bien commun

Q.2 Je comprends cette philosophie, mais selon notre SILU, celle-ci n’est pas nouvelle : vous disposez depuis plus d’un siècle d’un système de démocratie ; et pourtant des comportements différents seraient apparus parmi les habitants de votre espace…pardon, « pays » ?

Plusieurs causes sont à l’origine de ces changements, j’en citerai 3 : le constat d’échec du modèle dominant, la recherche d’un nouveau concept, l’irruption d’un formidable levier technologique, que je vais développer si vous le voulez bien.

C’est en effet l’échec devenu patent du dirigisme d’Etat, incapable d’enrayer chômage et pauvreté, « après avoir tout essayé »,comme l’ a avoué un de nos Présidents de la République, qui a conduit à rechercher un nouveau mode de gouvernance ; celui-ci était en gestation depuis  longtemps. En effet, en réaction à des siècles d’absolutisme, est apparue au 18 ème siècle (selon notre temps terrien !) ce que nous appelons « la philosophie des Lumières », mais celle-ci fut éteinte par les doctrines collectivistes et les terribles régimes totalitaires des 19 & 20 èmes siècles, ce qui a retardé l’avènement d’une société de confiance en l’homme, fondement d’une nouvelle citoyenneté, que quelques hommes ont continué à porter en eux.

Aujourd’hui, des penseurs ont su traduire cette philosophie en un modèle de gouvernance, que l’un d’entre eux, Jacques de Guénin résume ainsi :

« si la démocratie représentative a constitué un immense progrès par rapport au totalitarisme, elle n’est pas pour autant la solution ultime pour l’exercice de la liberté et de la responsabilité individuelle. Un État véritablement libéral reposerait sur le principe de subsidiarité : un régime dans lequel les initiatives seraient laissées aux individus pour ce qu’ils peuvent accomplir eux-mêmes, les individus s’associant librement pour accomplir les tâches qui les dépassent, ces associations pouvant à leur tour se fédérer pour accomplir des tâches encore plus importantes, et ainsi jusqu’à la constitution d’un État. »

Aujourd’hui, ce qui installera dans la réalité la Nouvelle  Citoyenneté, c’est la fantastique rupture due au développement de nouvelles technologies internet et des télécommunications mobiles, à l’origine de la « Réveillution »© : les citoyens ouvrent les yeux, découvrent qu’ils peuvent exister, s’exprimer et cela tous les jours ; ils comprennent que la visibilité, la notoriété ne sont plus réservées aux « grands responsables », qu’ils peuvent donner leur avis sans attendre des rendez vous électoraux en complet décalage avec le nouvel espace- temps de notre planète, de rejoindre les autres citoyens sur tous les sujets ; ils se voient enfin soulever la chape de plomb de la centralisation et de l’hyper administration pour retrouver leur plein espace privé tout en prenant toute leur part dans l’animation de la société.

Q.3 Je note que vous parlez au futur…Pouvez vous m’expliquer comment votre Nouvelle  Citoyenneté va se mettre place avec votre nouvelle gouvernance ?

Dans le nouvel espace – temps qui affecte notre planète, avec les moyens d’information, de communication, la capacité d’initiative qui caractérisent le Citoyen d’aujourd’hui, se posent les questions d’une définition des tâches, des activités réellement utiles pour tous et chacun et aussi des modes d’exercice du pouvoir, cette notion étant elle-même très renouvelée car il y a nécessairement une forte interaction entre les deux.

Dés lors, comment concevoir une nouvelle répartition des fonctions, activités, tâches concourant au mieux être ?

Notre réponse est dans la mise en place de la double subsidiarité :

D’abord celle qui confère au secteur public seulement ce que le privé ne peut pas faire, pour le meilleur respect de l’intérêt général ou par souci d’équité.

Le format du secteur public est revu en le passant au critère de l’utilité pour le corps social.

Ensuite, s’agissant de la  puissance publique, le rôle dévolu à l’Etat après que les niveaux locaux et régionaux ont pris toute leur place, est celui limité aux fonctions régaliennes classiques, avec la réaffirmation de son rôle d’arbitre.

Rappelons que la proximité est la meilleure alliée de la subsidiarité et aussi que plus les sociétés sont pluri -culturelles moins l’Etat peut répondre globalement aux exigences de chacun.

Nos valeurs de références sont désormais la compétence et la réalité du service rendu, qui ont remplacé statuts privilégiés et  « droits » corporatistes.

Les responsabilités confiées à la sphère publique en général et à l’Etat en particulier étant fortement diminuées, et exercées dans une autre organisation du travail s’appuyant sur les nouvelles technologies, elles ne nécessitent plus que la présence d’un effectif réduit de fonctionnaires.

Q.4 Précisément j’en viens à une interrogation soulignée par notre SILU : pourquoi trouvait- t-on dans votre espace France 2 grandes catégories de citoyens  avec des droits et des devoirs forts différents ? Etait- ce compatible avec l’avènement de votre Nouvelle Citoyenneté ?

Cette situation est en train de changer : elle résultait de multiples causes, trop complexes à analyser ici…

Toujours est-il qu’en effet, pour mettre place la nouvelle gouvernance exposée plus haut, nous avons dû élaborer un programme de reconversion des fonctionnaires par formation à de nouvelles compétences leur donnant accès à divers types d’activité, dont  l’entrepreneuriat de type marchand mais aussi social qui intéresse une part notable d’entre eux. Ce programme s’étend sur deux générations avec un accompagnement personnalisé. Parallèlement, tous les salariés affectés à des fonctions publiques relèvent du même système d’emploi et de protection sociale que les autres salariés, mettant ainsi fin à un système inégalitaire sur lequel vous vous interrogiez légitimement.

Tout aussi fondamental et nécessaire est l’instauration d’un système d’éducation individualisée qui permette à chacun d’avoir accès aux nouvelles technologies, d’expérimenter une formation civique, de découvrir son potentiel, de le développer, de faire des choix éclairés qui permettent au pays de mettre un terme à l’inemployabilité d’un trop grand  nombre de personnes et de bénéficier au contraire de leur participation  à la vie publique.

Q.5 Comptez vous conserver pour vous seuls cette démarche vers le « mieux-être » ou envisagez vous d’en faire bénéficier les autres Terriens ?

Comme votre avisé SILU l’aura remarqué, la révolution numérique ne connaît pas les frontières et notre modèle, s’il mérite ce nom, sera vite connu de tous.

En réalité beaucoup d’autres pays (ce que vous dénommez « espaces ») sur notre planète font la même expérience désastreuse imputable à des systèmes interventionnistes et leurs citoyens aspirent tout comme nous à gérer eux-mêmes leurs affaires et celle de la société dont ils sont partie prenante. Ils ressentent que la politique est une chose trop sérieuse pour être confiée aux seuls politiciens !

Q.6 En une phrase, dîtes moi ce qui fait de vous un membre de la « Nouvelle Citoyenneté » ?

Nous ne doutons plus de nous, l’on ne doute plus de nous, nous faisons enfin tout ce qu’il nous revient de faire.

Pcc Jacques Legrand

A propos de l'auteur

L’Institut Coppet est une association loi 1901 dont la mission est de participer, par un travail pédagogique, éducatif, culturel et intellectuel, à la renaissance et à la réhabilitation de l’école française d’économie politique, et à la promotion des différentes écoles de pensée favorables aux valeurs de liberté, de propriété, de responsabilité et de libre marché.

2 Réponses

  1. PAILLET

    Il faudrait que nos concitoyens prennent de la hauteur et ils pourraient se ressourcer aux fontaines de Silu.

    Répondre

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