Nicolas Baudeau, physiocrate, fondateur des Éphémérides du Citoyen

À Chancelade, où il a été formé et a vécu comme chanoine régulier, nous revenons sur l'abbé Nicolas Baudeau, physiocrate, défenseur de la propriété et des libertés, qu'il a étudié du point de vue philosophique et économique. Auteur de nombreux ouvrages et fondateur premier du périodique les Éphémérides du Citoyen, il a laissé une trace réelle dans l'histoire de la pensée libérale en France et à l'étranger.

Laissons Faire, n°45, mai 2022

Au programme de ce nouveau numéro : Documents relatifs à l’exil des physiocrates Baudeau et Roubaud suite au renvoi de Turgot (juillet-septembre 1776, 28 pièces.) — L’agitation communiste et révolutionnaire dans les réunions populaires, par Henri Baudrillart (1869). — L’immigration. La question des Chinois en Californie, des Juifs en Roumanie, etc. (Société d’économie politique, 1880). — Défense de la liberté du travail, par Nicolas Baudeau (1771). — Recension critique : Montaigne, penser en temps de guerres de Religion, sous la direction d’Emiliano Ferrari, Thierry Gontier et Nicola Panichi, Paris, Classiques Garnier, décembre 2021.

Honnêteté et tolérance chez Montaigne

Montaigne, penser en temps de guerres de Religion, sous la direction d’Emiliano Ferrari, Thierry Gontier et Nicola Panichi, Paris, Classiques Garnier, décembre 2021. — Fruit de deux colloques successifs, organisés en octobre 2016 (Lyon III) et novembre 2017 (Scuaola Normale Superiore di Pisa, Italia), cet ouvrage collectif apporte des éléments de conceptualisation pour mieux comprendre l’engagement de Montaigne, pratique et théorique, en faveur de la tolérance et de la concorde. Les contributions des meilleurs spécialistes de Montaigne tracent, par touches successives, les contours de l’honnêteté et de la tolérance de l’auteur des Essais.

Exposition de la loi naturelle

Dans ce texte de 1767, reproduit en brochure, le physiocrate Nicolas Baudeau part à la recherche des fondements du droit naturel, et de la vraie base des lois positives. C’est dans le besoin qu’a chaque homme de tirer de son travail sa subsistance de chaque jour, que repose, en dernière analyse, l’origine de la liberté et de la propriété. Ces bases réelles de toute société nécessitent encore une autorité supérieure dont la mission seule et unique est de les protéger des atteintes intérieures et extérieures.

Y aurait-il avantage à établir, par un accord international, une législation fiscale uniforme dans les différents pays ?

En 1887, Léon Say expose devant ses collègues de la Société d’économie politique ses considérations personnelles sur le bienfondé d’une union douanière. Pour réduire la tentation de la contrebande, il recommande l’adoption d’une législation fiscale uniforme. Cette union douanière, ajoutait-il, plus complète que celle proposée par Gustave de Molinari, ne pourrait vraisemblablement voir le jour que couplée à une union politique. La difficulté, alors, serait de rendre désirable le déplacement de l’autorité et du pouvoir, des mains nationales à des mains trans-nationales.

La bibliothèque nationale et le communisme

Dans un passage de ses Soirées de la rue Saint-Lazare (1849), prochainement rééditées dans le volume 6 de ses Œuvres complètes, Gustave de Molinari offre une critique très vive de la Bibliothèque nationale et des institutions culturelles publiques ou subventionnées. La gratuité des bibliothèques, écrit-il, c’est du communisme, et dans l’intérêt même de la diffusion des lumières, il est urgent de fermer les bibliothèques publiques.

Critique physiocratique d’un collègue libéral : Condillac

En 1776, Turgot est au ministère, mais les physiocrates, loin d’être arrivés au pouvoir, sont en vérité sur la défensive. Turgot lui-même, et nombre autres, tels Condillac,  ou Morellet, quoique passant auprès du grand public pour leurs affiliés en raison de la proximité de leurs doctrines, sont en vérité jugés sévèrement par le petit nombre des fidèles physiocrates, du nombre desquels Baudeau, le premier, est resté. Lui qui vient de faire revivre ses Éphémérides consacre à Condillac un article critique dans lequel il expose quelques-unes des dissemblances de fond que le nouvel économiste, auteur du livre sur Le commerce et le gouvernement, entretient avec la doctrine fixée jadis par François Quesnay.

Le monopole de l’État sur le pétrole

Dans cet article de juin 1906, Yves Guyot critique les propositions faites pour transformer l’industrie du raffinage de pétrole en un monopole d’État. Il y voit un non respect de la propriété et des lois sur l’expropriation légale, ainsi qu’une source d’embarras futurs pour les finances publiques, l’État ayant prouvé à de nombreuses reprises qu’il était toujours mauvais industriel.

Les États-Unis de l’Europe et la paix internationale

À la veille de la guerre franco-prussienne de 1870, Michel Chevalier présente devant la Ligue internationale et permanente de la paix l’institution qui, dans son esprit, pourrait seule fonder et garantir la paix européenne. Il s’agirait, dans ses voeux, d’une confédération européenne semblable à celle des États-Unis d’Amérique, avec un congrès électif, une monnaie commune, et dans laquelle les citoyens, quand on leur demanderait leur nationalité, diraient désormais : « Je suis européen ».

Défense de la liberté du travail

Après Vincent de Gournay et la poignée d’auteurs qu’il mit à l’œuvre sur ce thème, les Physiocrates furent de grands défenseurs de la liberté du travail, condamnant le système des corporations et les innombrables règlements qui entravaient l’activité productive en France. Dans un chapitre de sa Première introduction à la philosophie économique (1771), Nicolas Baudeau reprend cette critique des règlements et défend dans toute sa rigueur une politique de liberté du travail.

Réflexions sur la science de l’histoire par Yves Guyot

Dans la préface qu’il donne aux ‘Problèmes de l’histoire’ de Paul Mougeolle (1885), Yves Guyot expose ses vues critiques sur la manière dont l’histoire est considérée par ceux qui s’occupent de l’écrire. L’individu agissant, qui subit les influences de son milieu, mais qui transforme aussi celui-ci par ses choix, lui paraît la fondation d’une vue psychologique de l’histoire, qui doit permettre de produire un récit historique enfin satisfaisant. 

De l’organisation sociale considérée dans ses rapports avec les moyens de subsistance des peuples (1817)

La société moderne, qui est agricole, industrielle et commerciale, et qui ne doit par conséquent pas vivre par la guerre, les conquêtes et les rapines, doit appeler aux fonctions gouvernementales des hommes qui ont un intérêt direct à conserver et à protéger les propriétés qui mettent en valeur l’industrie, le commerce et l’agriculture. Celui qui s’est enrichi par la spoliation privée ou publique, n’y pourrait prétendre, car ce serait « mal prouver qu’on respectera et qu’on fera respecter les propriétés d’autrui, que de produire des biens qui attestent qu’on les a constamment violées ».

L’immigration — La question des Chinois en Californie, des Juifs en Roumanie, etc.

En 1880, quand on met au débat à Société d’économie politique la question générale de l’immigration, à travers quelques exemples fameux comme les Chinois en Californie, les discussions prennent un tour assez inédit. Chacune des grandes autorités du libéralisme économique présent ce jour développe une pensée autonome et en opposition radicale. Pour Joseph Garnier, par exemple, le mélange des races est un procédé naturel d’amélioration et la concurrence et la liberté du travail des principes supérieurs, qu’il convient de maintenir toujours, et ce malgré les pressions politiques. Pour Paul Leroy-Beaulieu, d’un autre côté, l’immigration introduit des risques majeurs, notamment de dénationalisation, qui militent en faveur de mesures restrictives. Entre les deux prennent place encore mille sensibilités, qui prouvent la fracture ancienne de cette famille de pensée sur une question d’application restée très actuelle.

Introduction au Nouveau dictionnaire d’économie politique, par Joseph Chailley-Bert

Dans l’introduction au Nouveau dictionnaire d’économie politique (1891), Joseph Chailley (dit Chailley-Bert, du nom de son beau père décédé — procédé curieux) expose les ambitions et l’économie générale de cette somme qui doit succéder au Dictionnaire de Coquelin et de Guillaumin, paru en 1852-1853. Pour raffermir l’école libérale sur ses bases, Chailley et son adjoint, Léon Say, font le choix d’écarter certains libéraux radicaux ou qui ne s’accordent pas avec eux sur des questions fondamentales comme la colonisation. Ils livrent, de ce fait, une image très précieuse du « nouveau » libéralisme, alors dominant, qui étouffera la tradition héritée de Turgot, J.-B. Say ou Bastiat, avant de périr lui-même, écrasé par le poids croissant de ses propres compromissions.

Les statistiques douanières indiquent-elles avec fiabilité le développement et la décadence du mouvement commercial d’un pays ?

En 1892, certes, les économistes n’en sont plus à scruter les chiffres de la douane pour savoir si leur pays gagne ou perd aux échanges internationaux : mais l’utilité de ces statistiques pose question, comme l’illustre cette discussion de la Société d’économie politique. Ces données, d’abord, sont et resteront sans doute longtemps lacunaires. Pour cette raison, les indications qu’elles donnent sur le volume et la destination des échanges commerciaux doivent être considérées avec précaution. À cette condition, elles peuvent peut-être guider les réformes ou confirmer des mouvements de tendance. 

Lettre de Dupont de Nemours à Nicolas Baudeau, 12 mars 1776

Malgré la présence de Turgot au ministère, l’année 1776 est, paradoxalement, une période de tensions et de crises permanentes pour le camp des physiocrates et de leurs affiliés. Quesnay mort, Abeille marchant son propre chemin, restent encore le marquis de Mirabeau, les abbés Baudeau et Roubaud, Dupont de Nemours, Lemercier de la Rivière, et de nombreux adeptes de second rang. Mais la nomination de Turgot, au lieu d’être une consécration et l’arrivée au pouvoir d’une école de pensée toute entière, fait des étincelles : Lemercier de la Rivière, dont les compétences étaient réelles, s’aigrit de s’être vu voler le poste ; Mirabeau signale que Turgot, par son caractère et sa maladresse (« un vrai casse-col », dit-il), n’est pas l’homme de la situation et il prévoit des désastres qui rejailliront sur le parti physiocratique. Dupont de Nemours seul est appelé aux côtés du ministre ; les autres sont de vieilles amitiés disgraciées. Nicolas Baudeau commet lui de multiples maladresses qui apparaissent comme des infidélités, et qui amènent Dupont à lui écrire la lettre inédite qui suit.

Comment combattre le vagabondage et la mendicité ?

Pour résoudre la question du vagabondage et de la mendicité, disent Paul Leroy-Beaulieu, Arthur Raffalovich et quelques autres membres de la Société d’économie politique en 1889, il convient d’abord de déterminer précisément la nature du mal. Les individus sans travail, victimes d’accidents ou de maladies, et tombés ainsi dans le dénuement, forment en effet une catégorie bien différente des désœuvrés rétifs à tout travail, qu’on ne saurait sauver ou réhabiliter d’une quelconque manière. Ensuite, il est impératif de reconnaître que la solution tient tout entière dans l’initiative individuelle et la charité privée ; l’assistance publique généralisée, dont il a déjà été fait quelques essais, ne fait au contraire qu’envenimer le mal, le répandre, en proclamant d’avance une aide sans conditions et universelle.

Documents inédits relatifs à l’exil des physiocrates Baudeau et Roubaud suite au renvoi de Turgot (juillet-septembre 1776, 28 pièces.)

Après le renvoi de Turgot, le 12 mai 1776, les physiocrates sont emportés dans la débâcle. Les abbés Baudeau et Roubaud, qui déplaisaient par leur plume acerbe et libre, sont exilés, le premier en Auvergne, le second en Berry (actuelle Indre). Les vingt-huit documents inédits publiés ici, issus des Archives de la Bastille, racontent la réalité de cette proscription qui devait attiédir les esprits que les physiocrates et les philosophes étaient accusés de tenir dans un dangereux bouillonnement.

Le rôle de la bourgeoisie dans la production

Au milieu de l’agitation socialiste, qui devait mener à brève échéance aux désastres de la Commune, une idée surnageait, que Paul Leroy-Beaulieu analysait en 1870 : c’est que la bourgeoisie, détentrice du capital et dirigeant les principales entreprises, représente une classe inutile de spoliateurs, qui assume des fonctions que la classe ouvrière pourrait très facilement reprendre. Les faits, observe Leroy-Beaulieu dans cet article, prouvent au contraire qu’à moins de vertus d’ordre, d’économie, de gestion, que l’instruction scolaire ne donnera pas seule, les coopératives sont vouées à l’échec et échouent effectivement.

Oeuvres complètes de Gustave de Molinari (Volume 8)

Œuvres complètes de Gustave de Molinari, sous la direction de Mathieu Laine, avec le soutien de M. André de Molinari, et avec des notes et notices par Benoît Malbranque. — Volume 8 : La solitude et l’exil (1851). L’année 1851 est une époque de transformations importantes dans le paysage intellectuel de Gustave de Molinari, entre l’annonce de la mort de Frédéric Bastiat, qui ouvre cette année troublée, et le coup d’État du président Louis-Napoléon Bonaparte, qui la clôt et contraint l’auteur à l’exil. Dans des centaines d’articles donnés à la presse quotidienne parisienne, Molinari étudie cette montée en puissance du régime présidentiel bonapartiste, qu’il perçoit d’abord comme une espérance, un rempart face à la « menace rouge », mais qui se révélera finalement plein de dangers.