Gustave de Molinari – La viriculture

En 1897, les craintes sur le ralentissement de la natalité se faisant de plus en plus entendre, Gustave de Molinari décide de participer à la discussion publique en examinant les causes économiques de la reproduction humaine. Dans ce curieux livre, il étudie donc le contrôle de l’appétit sexuel aux différents âges de l’humanité, et les effets que promettent l’immigration ou le croisement des races sur la quantité et la qualité de la population. Repoussant les solutions étatistes ou autoritaires, il fonde toute son espérance sur la liberté, l’opinion publique et la science.

Pierre de Boisguilbert (1646-1714)

La tradition libérale française se résume essentiellement dans une expression : laissez-faire, qui n’est pas seulement une harangue, une protestation, mais une théorie fondée sur l’observation des faits et l’analyse de l’enchaînement des causes et des effets. Historiquement, le Normand Pierre de Boisguilbert en est son premier théoricien. Dans ses mémoires manuscrits et dans ses ouvrages publiés, il démontre que les richesses s’accroissent naturellement parmi le peuple, et coulent jusqu’au Trésor public pour les besoins de l’État, « pourvu qu’on laisse faire la nature, c’est-à-dire qu’on lui donne sa liberté, et que qui que ce soit ne s’en mêle que pour y procurer de la protection et empêcher la violence. » (Factum de la France, 1707 ; Écrits économiques, t. I, p. 177). Car telle est la conclusion inlassable qu’il indique aux ministres avec lesquels il peut s’honorer d’entretenir une correspondance, et qu’il fatigue pendant vingt ans de ses projets mirobolants : tout son système, toute la réforme qu’il préconise, revient, dit-il, non pas à agir, mais à « cesser d’agir ». (Lettre au contrôleur-général Chamillart, 14 janvier 1706 ; Écrits économiques, t. II, p. 91.)

Réconcilier les irréconciliables

Solutionner les haines nationales, raciales, religieuses, peut se faire en s’appuyant sur le témoignage de l’histoire. Plusieurs auteurs de la tradition libérale française ont œuvré, en leur temps, à la réconciliation entre catholiques irlandais et anglicans, entre Noirs et Blancs aux États-Unis, notamment, et peuvent nous fournir des idées.

Œuvres de Nicolas Baudeau – Volume 1 : Premiers travaux (1759-1765)

Nicolas Baudeau (1730-1792) est un physiocrate oublié, qui a pourtant joué un rôle considérable dans l’ « école », et dans le développement de la pensée économique en France au XVIIIe siècle. Fondateur des Éphémérides du Citoyen, et auteur de multiples brochures, il a défendu un libéralisme économique radical tout en restant fidèle à l’humanisme chrétien qui l’animait depuis ses plus jeunes années. — Dans le premier volume des ses Œuvres sont compilés ses travaux sur l’histoire, la fiscalité, le commerce, le soulagement de la pauvreté, qui précèdent le lancement des Éphémérides et sa conversion à la physiocratie.

Édouard Laboulaye – Histoire politique des États-Unis (3 volumes)

Pour fonder la liberté en France, étudier l’Amérique peut servir : non sans doute pour copier servilement un modèle qu’on répliquerait sans l’entendre, mais pour y chercher des exemples, des leçons. C’est l’entreprise que Tocqueville a accompli avec la Démocratie en Amérique, et à laquelle Édouard Laboulaye, animé par les mêmes préoccupations et les mêmes convictions libérales, a aussi participé, sans atteindre à la même célébrité. Dans les trois volumes de ses leçons américaines données au Collège de France, il étudie tour à tour les premières colonies américaines, les faits de la révolution, et la constitution. Avec un esprit critique et de synthèse, il raconte les espoirs d’une société fondée sur la liberté et le droit, qu’il est toujours question, aujourd’hui, de rendre réalité.

L’assimilation est-elle un concept anti-libéral ?

« L'assimilation a le grave défaut de s’opposer à la nature de l’homme. La nature a voulu l’inégalité : les individus naissent inégaux, leurs expériences de vie sont différentes, et les instruments par lesquels ils produisent leurs émotions et leurs idées, sont différents. (Ch. Dunoyer, Nouveau traité, etc., 1830, t. I, p. 92-93) On n’est pas maître d’aimer la musique de la majorité, ou les plats dont se régale la majorité, par un simple acte de la volonté. (G. de Molinari, Conversations sur le commerce des grains, 1855, p. 159 et suiv.) Tocqueville était convaincu de l’importance de la religion, mais il n’était pas libre de croire ce qu’il ne croyait pas. »

Le libéralisme est-il intrinsèquement l’adversaire des frontières ?

« Il ne faut pas se bercer d’illusions, ni proposer des chimères. L’immigration a ses inconvénients, si elle a ses avantages. Mais défendre la liberté de déplacement fait partie de notre héritage, et doit faire notre fierté. Sa reformulation au XXIe siècle doit faire l’objet de nos vœux et de nos travaux. C’est un drapeau que nous ne devons pas abandonner, quand déjà tous l’abandonnent. »

À quoi sert une constitution ?

« Si nous revenons aux auteurs, nous comprenons qu’une constitution est un acte politique essentiellement libéral. Ce n’est pas pour célébrer les vertus d’un État divin qu’on la compose et qu’on l’enregistre, mais tout au contraire par défiance, et pour protéger les droits individuels. (Œuvres complètes de Benjamin Constant, t. I, p. 502) Par conséquent, son langage et sa teneur doivent se ressentir de ce but : il faut y inscrire nettement les bornes du pouvoir, ses vraies attributions, et les droits politiques et individuels qu’on reconnaît et garantit ; mais il ne faut pas y ajouter des dispositions de détail, qui sortent de ce cadre. (Idem, t. XIII, p. 514) »

Laissez faire et laissez parler

Sans doute chacun a le droit d’offrir à autrui le véhicule qu’il souhaite pour sa pensée. S’il s’écarte trop de l’acceptable, il n’est pas compris : son langage est alors comme une marchandise qui ne trouve pas de débit. Mais dans ces bornes sa liberté est complète. Certes, celui qui se promène dans un costume traditionnel africain ou asiatique en plein centre d’une grande métropole occidentale, s’attire des regards : mais n’est-il pas libre ? Et n’est-ce pas de même sa liberté que de prononcer ou d’écrire une langue donnée à sa façon, pourvu qu’il obtienne que les autres le comprennent ?

Jean-Baptiste Say – Traité d’économie politique (1ère édition – 1803)

Avec la première édition de son Traité d’économie politique, parue en 1803, Jean-Baptiste Say a accompli une petite révolution. Non seulement il a organisé méthodiquement la science économique et a corrigé les erreurs conceptuelles d’Adam Smith et des physiocrates ses prédécesseurs, mais il a ouvert des perspectives nouvelles. En décrivant le protectionnisme comme une spoliation, où quelques-uns s’enrichissent aux dépens de la masse des consommateurs, il a préparé l’œuvre de Frédéric Bastiat. En parlant le premier en termes économiques de l’industrie de l’homme d’État, du juge, etc., il a légué une audace de langage dont Gustave de Molinari, par exemple, tira profit, avec son idée de la production de la sécurité et de l’industrie concurrentielle des gouvernements. Or tout ceci est déjà dans la première édition de 1803. C’est donc un ouvrage classique et influent, qui est ici réédité.

Gabriel-François Coyer – Chinki (Collection jeunesse)

Court roman défendant la liberté du travail, le Chinki de l'abbé Coyer, paru en 1768, connut en son temps un véritable succès. Parce qu'il résumait de manière simple et humoristique les critiques adressés par les économistes à l'encontre des réglementations et des corporations, il eut un débit bien plus important que le Mémoire sur les corps de métier de l'économiste Simon Cliquot-Blervache, sur lequel il se fondait. Relu aujourd'hui, alors que l'œuvre entière de Coyer a été éclipsée par celles de Diderot, Voltaire, Montesquieu, et tant d'autres, Chinki s'avère riche en enseignements. Le travail est la ressource la plus précieuse du pauvre, nous rappelle-t-il, et il est celui qui souffre le plus lorsque le travail est réglementé et enfermé dans des structures légales rigides. La liberté du travail : voici un noble idéal, qui n'a pas cessé de devoir être défendu, et qui fut le cheval de bataille de l'abbé Coyer.

En défense de l’islam

La liberté de circulation des personnes, la tolérance religieuse, sont des principes majeurs du libéralisme. L’immigration a ses inconvénients, si elle a ses avantages. Mais renier nos principes et nos valeurs historiques ne peut se faire qu’au prix d’un affaiblissement. — « L’autorité ne doit jamais proscrire une religion, même quand elle la croit dangereuse, écrivait Benjamin Constant. Qu’elle punisse les actions coupables qu’une religion fait commettre, non comme actions religieuses, mais comme actions coupables : elle parviendra facilement à les réprimer. Si elle les attaquait comme religieuses, elle en ferait un devoir, et si elle voulait remonter jusqu’à l’opinion qui en est la source, elle s’engagerait dans un labyrinthe de vexations et d’iniquités, qui n’aurait plus de terme. »

Gustave de Molinari – Conversations familières sur le commerce des grains

Du fait de l’importance du pain dans l’alimentation populaire, la question du commerce des grains a toujours été particulièrement sensible et controversée. Malgré les désastres de l’intervention étatique, des prohibitions et des règlements, et l’efficacité du libre-échange intégral pour équilibrer les prix et augmenter les ressources, le combat devait sans cesse être mené. Afin de convaincre émeutiers, protectionnistes et règlementaristes, Gustave de Molinari publiait ainsi en 1855 ce petit livre sous forme de dialogues, dans lequel les arguments de Turgot, de Jean-Baptiste Say et de Frédéric Bastiat étaient présentés d’une manière accessible et convaincante. Et qui pourrait dire que la question est désormais bien entendue ?

Le féminisme libéral

Le féminisme libéral est une revendication de justice. Il peut se définir comme l’extension aux femmes des protections de l’État de droit. À ce titre, c’est l’aboutissement d’un long processus historique. — On peut en formuler la théorie, à partir des observations et des doctrines laissées par certains des plus grands auteurs du libéralisme français, tels que Charles Comte ou Yves Guyot.

La Société d’économie politique (Anthologie) – Volume I

La Société d'économie politique a vu débattre en son sein toutes les questions économiques, sociales et politiques imaginables. Frédéric Bastiat, Gustave de Molinari, Yves Guyot, J.-G. Courcelle-Seneuil, Frédéric Passy, Joseph Garnier, et tant d'autres, y ont partagé leurs idées, leurs désaccords. Aujourd'hui, c'est une mine incroyable pour comprendre les fondements de la pensée libérale, et pour se confronter, sur chaque sujet donné, à l'opinion des plus notables figures de ce courant. — Le premier volume de cette anthologie propose un premier choix de dix-huit discussions.

La guerre a-t-elle encore une raison d’être ?

Si la guerre et l’esprit de la guerre se maintiennent dans les sociétés modernes, intéressées au plus haut point à leur abolition, c’est qu’il est une sorte de gens dont elle flatte la vanité et dont elle sert discrètement les intérêts. Pour ceux qui rêvent d’accroître les attributions du gouvernement, d’en centraliser l’exercice entre leurs mains, de préparer même les esprits à un règne d’arbitraire et de compression, la guerre est le plus sûr et le plus court moyen.

Le Journal des Économistes (Anthologie) – Volume I

Pendant près d'un siècle, le Journal des Économistes a servi de réceptacle pour la pensée libérale française. Tous les grands auteurs de la période, de Frédéric Bastiat à Yves Guyot, en passant par J.-G. Courcelle-Seneuil, Gustave de Molinari ou Frédéric Passy, y ont publié des articles. — Pour permettre à cette masse considérable d'être mieux mise en valeur et de mieux servir aux libéraux d'aujourd'hui, l'Institut Coppet publie le premier volume d'une anthologie des meilleurs articles. On a fait choix, délibérément, d'inclure des articles majeurs, sur des thèmes à forte résonance : la guerre, l'éducation, le racisme, l'intervention de l'État, l'immigration, etc., mais aussi des classiques sur l'idée de liberté elle-même, par Frédéric Bastiat, Ambroise Clément, ou Ernest Martineau.

Antisémitisme et libéralisme

Une sympathie pour la cause palestinienne peut s’entendre, dans l’optique du libéralisme. On peut être libéral et faire preuve de sympathie pour la cause d’un peuple persécuté qui lutte pour sa liberté avec des moyens répréhensibles : Gustave de Beaumont, au XIXe siècle, a passé sa vie dans cet équilibre. L’antisionisme même a des précédents : Yves Guyot, grand défenseur des juifs, grand acteur de la défense de Dreyfus, a écrit contre de le projet de formation d’un État juif en Palestine (Le Siècle du 4 juillet 1899). Mais l’antisémitisme proprement dit, dans l’histoire du libéralisme, ne se rencontre pas, et au contraire tous les auteurs se rejoignent pour le combattre.

Œuvres complètes de Gustave de Molinari (Volume 11)

En 1855, désormais durablement établi en Belgique, sa patrie natale, Gustave de Molinari poursuit tous azimuts son combat pour la liberté. Par l’enseignement d’abord, dans un cours d’économie politique qu’il continue de donner au Musée de l’industrie belge, et dont il fait imprimer la première partie. Par la presse ensuite, avec la fondation de l’Économiste Belge, dont 24 numéros paraissent en 1855, pour couvrir les questions brûlantes de la paix et de la guerre, de l’intervention de l’État, des dépenses publiques, des impôts. Enfin, en cette même année, Molinari fait paraître un nouveau livre de dialogues, après les Soirées de la rue Saint-Lazare (1849), consacré entièrement, cette fois-ci, à la liberté du commerce des céréales, sur fond de nouvelles émeutes et de nouvelles réglementations.