Auguste Nefftzer, article « Libéralisme », in Maurice Block (dir.), Dictionnaire général de la politique (1874)

Dictionnaire général de politiqueAuguste Nefftzer, article « Libéralisme », in Maurice Block (dir.), Dictionnaire général de la politique, Paris, O. Lorenz, vol. 2, 1874 (2ème éd.), p. 188-194.

Introduction par Jérôme Perrier*, chercheur associé à l’Institut Coppet

 Auguste Nefftzer (18201876)[1] est un journaliste français, surtout connu pour avoir fondé en 1861 le journal le Temps, qu’il a dirigé pendant une dizaine d’années. Après avoir étudié la  théologie à la Faculté protestante de Strasbourg, Nefftzer s’engage dans une carrière de journaliste politique, d’abord dans le Haut-Rhin, puis à Paris, où il « monte » en 1844 pour entrer au journal La Presse, dirigé alors par – le célèbre – Emile de Girardin. Durant la période de l’ « empire autoritaire », où la presse française est largement bâillonnée, Nefftzer rédige un bulletin quotidien dans la Presse, jusqu’à ce que Girardin lui cède la direction politique du journal en 1856. Nefftzer prend alors une part active à la campagne électorale de 1857 en soutenant les candidats de l’opposition. L’année suivante, il fonde avec Charles Dollfus la Revue germanique (1858-1865), qui entend œuvrer au rapprochement de la France et de l’Allemagne. En 1861, Auguste Nefftzer crée un nouveau journal politique, le Temps, dont il devient à la fois le directeur politique et le rédacteur en chef. Optant pour une opposition modérée à l’empire dit « libéral », Nefftzer s’entoure de plumes de talent, parmi lesquelles on trouve Jules Ferry, Henri Brisson, ou encore Georges Sand. Le ton très modéré du nouveau journal empêche le Temps de devenir un journal grand public, mais il devient très vite un journal de référence pour la bourgeoisie lettrée et libérale. A la fin de l’Empire, Nefftzer se signale à nouveau par son soutien à l’opposition lors des élections de 1869, et par son opposition au plébiscite de 1870 et au ministère Emile Ollivier, ainsi qu’à la désastreuse guerre de 1870, dont chacun connaît les conséquences politiques. En 1871, Nefftzer abandonne la direction politique du Temps, tout en continuant à collaborer au journal. Il meurt cinq ans plus tard, alors que la France est encore en quête d’un régime durable (ce qu’elle semblera trouver après la crise du 16 mai 1877, avec ce que l’on a appelé la « Constitution Grévy », c’est-à-dire la version ultra-parlementaire de la IIIème République).

Dans cet article, intitulé « Libéralisme » et paru en 1864 (il sera réédité en 1874) dans le monumental Dictionnaire général de la politique publié sous la direction de Maurice Block[2], Auguste Nefftzer développe soigneusement la distinction entre le libéralisme politique et la démocratie, d’un point de vue théorique d’abord, puis d’un point de vue historique. Pour bien comprendre cette distinction, il convient de replacer cet article dans son contexte, celui du Second Empire. Après avoir instauré le suffrage universel masculin à la suite de la révolution de février 1848 (à un moment où il n’existe nulle part ailleurs en Europe, à l’exception de la Suisse), la France a paru renouer avec ses vieux démons, avec un tragique retour au cycle – déjà expérimenté un demi-siècle plus tôt – révolution-troubles-réaction autoritaire (journées de juin ; loi du 31 mai 1850 restreignant le suffrage universel ; coup d’Etat de Louis Napoléon Bonaparte du 2 décembre 1851 suivi du rétablissement du suffrage universel et de  l’avènement de l’Empire autoritaire). C’est dans ce contexte que Nefftzer souligne que si, à ses yeux, le libéralisme n’exclut ni la démocratie ni la République, il ne saurait pour autant se confondre avec elle, en ce qu’il vise d’abord et avant tout la préservation des libertés individuelles.  

Article « Libéralisme ».

Le mot est moderne et presque contemporain ; mais la chose est ancienne et procède de la nature humaine elle-même, et des meilleurs germes déposés en elle, la raison et la bienveillance. Le mot est complexe et comporte des acceptions diverses, mais qui impliquent toutes une certaine hauteur de vues, une certaine générosité de sentiment, et qui toutes se ramènent à l’idée que l’humanité a d’elle-même et de sa dignité, à sa confiance en ses forces, à la capacité et au droit qu’elle s’attribue de vivre librement et de se gouverner, sans toutefois se croire infaillible, de s’éclairer par la discussion, et de se corriger par l’expérience même de se erreurs. Le libéralisme est la conscience que l’homme libre a de ses droits, mais aussi de ses devoirs ; il est le respect et la pratique de la liberté ; il est la tolérance et la libre expansion. « Vivre et laisser vivre », telle pourrait être sa devise, mais à la condition de n’y attacher aucune idée de scepticisme ni d’indifférence, car le libéralisme a une foi, la foi du progrès, la conviction que la liberté est bonne et qu’elle tend au bien, que la vérité se dégage de la discussion, et qu’un perfectionnement indéfini est le mouvement naturel à l’humanité.

On peut, dans les individus, distinguer le tempérament libéral, l’esprit libéral, le caractère libéral. Le tempérament libéral est une disposition spontanée à la bienveillance, à la générosité, l’équité ; il peut être naturel ou acquis. L’esprit libéral implique nécessairement une certaine somme d’éducation et d’instruction ; un tel esprit est ouvert, pondéré, maître de lui, et reconnaît à la raison d’autrui les droits qu’il attribue à la sienne. Le caractère libéral est le produit de la combinaison du tempérament et de l’esprit ; il met le libéralisme en pratique ; il traduit en actes les suggestions du sentiment, les ordres de la raison. « Ne fais pas aux autres ce que tu ne veux pas qu’ils te fassent », telle est sa règle de conduite. Le vrai libéral, le libéral conséquent, est celui qui réclame la liberté même pour ses adversaires, tout droit de légitime défense expressément réservé, bien entendu.

Il y a toujours eu, dans les sociétés plus ou moins policées, avec des nuances et des gradations, de tels esprits, de tels caractères, de tels libéraux. Mais ils n’ont souvent été que l’exception, et n’en ont alors paru que plus grands.

Une société est libérale quand, en toutes choses touchant le libre arbitre des individus, elle s’interdit les précautions préventives, et en fait de répression, se contente du nécessaire. C’est pour cela que l’adoucissement des lois pénales va toujours de concert avec les progrès du libéralisme. Une religion est libérale quand elle n’excommunie pas les autres, et plus libérale encore quand, dans son propre sein, elle aiguillonne, redresse et affermit les consciences au lieu de les asservir ou de les énerver. Le christianisme, libéral dans son principe, s’est montré, sans ses manifestations historiques, tour à tour libéral et oppresseur. Un Etat est libéral quand il respecte les activités individuelles et collectives des citoyens, en tant qu’elles n’empiètent pas sur ses droits légitimes, car l’Etat réclame aussi sa liberté à lui.

Mais, dans le libéralisme des sociétés comme dans celui des individus, il y a des degrés. Avant le plein épanouissement, il y a les germes, les commencements. Il peut y avoir un certain libéralisme même dans ce qui paraît foncièrement illibéral. Une religion intolérante par son principe peut être, jusqu’à un certain point, tolérante, c’est-à-dire libérale, dans la pratique.  Un gouvernement absolu peut être relativement plus ou moins libéral ; il l’est un peu dès qu’il s’abstient de tendre à l’excès les ressorts du pouvoir, et que, par bienveillance ou par calcul, il laisse quelque jeu à la liberté des sujets, aux manifestations de l’opinion ; il l’est bien plus s’il favorise et étend l’instruction, ou s’il use de sa puissance pour introduire, motu proprio, dans les institutions la liberté ou les conditions de la liberté. C’est ainsi que, de notre temps, l’émancipation des serfs en Russie a été un acte libéral d’une très grande portée, accompli par un gouvernement absolu.

Par contre, une république peut ne pas être libérale, quoique la forme républicaine soit certainement, en théorie l’idéal du selfgovernment ; – elle ne sera pas libérale si elle ne sait pas garantir la liberté des citoyens, ou si les minorités y sont opprimées ou même gênées dans leur liberté légitime par la majorité, ou enfin si le grand nombre de ceux qui sont appelés à participer au gouvernement, en sont incapables par le manque d’instruction et d’indépendance. Dans ce dernier cas, d’ailleurs, l’Etat républicain est difficilement viable ; l’élite de la nation est submergée par la multitude et la multitude, incapable de se gouverner, se laisse aller volontiers à s’incarner dans un maître. La démocratie, sans capacité libérale suffisante, est toujours exposée à glisser sur la pente du césarisme : l’histoire de Rome et quelques autres en font foi.

On voit déjà qu’il est nécessaire de distinguer l’esprit libéral et l’esprit démocratique. On les confond souvent, et le fait est qu’on les trouve souvent mêlés dans les grands mouvements politiques, comme ils l’ont été, par exemple, dans la Révolution française. Mais il est toujours possible de les discerner.

La démocratie s’attache surtout à la forme du gouvernement. Le libéralisme vise la liberté et les garanties de la liberté. Les deux poursuites peuvent s’accorder ; elles ne sont pas contradictoires, mais elles ne sont pas non plus identiques ni nécessairement connexes et solidaires.

Dans l’ordre moral, le libéralisme est la liberté de penser, reconnue et exercée. C’est le libéralisme primordial, comme la liberté de penser est elle-même la première et la plus noble des libertés. L’homme ne serait libre à aucun degré, dans aucune sphère d’action, s’il n’était un être pensant et doué de conscience. La liberté des cultes, la liberté d’enseignement et la liberté de la presse sont celles qui dérivent le plus directement de la liberté de penser.

Dans l’ordre économique, le libéralisme est la reconnaissance de la liberté du travail, et de toutes les libertés qui s’y rattachent, y compris le droit de propriété, extension légitime de la personnalité humaine.

Dans l’ordre politique, le libéralisme est avant tout la recherche des garanties de la liberté. Il n’admet pas que les hommes, en s’associant et en créant la société politique, soient tenus de sacrifier une portion quelconque de la liberté de leur individu. L’idée qu’il se fait du contrat social est tout autre ; il le conçoit comme une association de tous pour la garantie de la liberté de chacun. Seulement, il ne confond pas cette liberté avec l’arbitraire no avec la faculté d’empiéter sur celle d’autrui. La liberté qu’il entend garantir est celle qui convient à des êtres raisonnables, capables de se retenir et de se gouverner, et c’est précisément en vue de la garantir qu’il réclame des lois contre la licence, l’arbitraire et les empiètements de tout genre, y compris ceux de l’Etat. Ce qui le préoccupe avant tout, c’est d’environner des meilleures sûretés la liberté personnelle des citoyens, de façon à la préserver de toute atteinte. C’est là le point essentiel, et ce n’est pas sans raison que les Anglais considèrent leur habeas corpus comme la pierre angulaire de leur constitution. Les libertés de réunion et d’association peuvent être considérées comme un appendice de la liberté individuelle, elles doivent être inviolables, à la condition de ne pas poursuivre un but subversif de l’Etat.

La principale garantie de la liberté et des libertés est dans la limitation constitutionnelle de la puissance de l’Etat, et dans la pondération réciproque des pouvoirs constitués. Toutefois, le libéralisme n’attache plus une valeur absolue à la célèbre formule de Montesquieu sur la séparation des pouvoirs. Dans les monarchies constitutionnelles, le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif ne sont séparés que par une sorte d’abstraction ; en fait, ils se joignent et se confondent dans la personne des conseillers responsables de la couronne, qui ne sont autre chose que des délégués de la représentation nationale. Ce qui a le plus de prix, c’est la séparation du pouvoir judiciaire, dont l’indépendance ne saurait être trop fortement établie. La séparation de la représentation nationale en deux chambres est également considérée comme une condition presque essentielle d’un gouvernement libéral. L’esprit libéral aime à multiplier les contrepoids et les éléments de résistance et d’équilibre. L’esprit démocratique, au contraire, est simpliste et niveleur.

Une autre différence entre l’esprit libéral et l’esprit démocratique, c’est que la faculté de disposer de soi, qui est la liberté individuelle, n’implique pas nécessairement, au jugement du libéralisme, la faculté de disposer de l’Etat, c’est à dire de le gouverner. Le libéralisme veut le contrôle et la discussion ; il veut aussi l’extension progressive des droits politiques et la participation de plus en plus nombreuse des citoyens au gouvernement, mais il n’admet pas du tout a priori le principe du gouvernement de tous par tous, qui est la visée démocratique par excellence. Ce qui lui importe avant tout, c’est que les citoyens soient libres et garantis dans leur liberté, c’est de produire un maximum de liberté sous un minimum de gouvernement. Il veut  que les citoyens soient maîtres de leurs personnes et de leurs affaires, mais il ne les admet à la gestion des affaires générales qu’en raison de certains titres établis ou du moins présumés. La démocratie ne considère que le droit, tandis que le libéralisme tient aussi compte de la capacité. La démocratie veut réaliser d’un coup un idéal absolu ; le libéralisme ne méconnaît pas cet idéal, mais il y tend par des approximations successives : il est juste, en principe, que les affaires publiques soient gérées par tous, mais il n’est pas toujours politique d’accomplir cette justice. La démocratie est égalitaire, le libéralisme ne répugne pas absolument à une distinction de classes, à condition que ces classes ne soient pas des castes fermées. La démocratie est révolutionnaire, le libéralisme est plutôt réformateur ; il respecte volontiers les faits historiques, et ne brise les obstacles qu’à son corps défendant, quand ils refusent de s’assouplir. Mais il faut qu’il soit actif et vigilant, et qu’il ait toujours l’œil ouvert sur les réformes possibles et opportunes, s’il ne veut être devancé par les impatiences de l’esprit démocratique. Celui-ci ne temporise ni ne réfléchit ; il procède par élans, et le libéralisme peut se trouver submergé, pour s’être quelque peu endormi. Dans ce cas, il ne proteste pas contre les faits accomplis, car il n’est pas plus réactionnaire que révolutionnaire, mais il s’efforce d’introduire par l’instruction la capacité dans les droits prématurément conquis, et, même en plein déluge démocratique, il garde son caractère particulier et sa raison d’être. Il sait que la démocratie ne peut s’affermir et durer qu’en se libéralisant, et il se fait un devoir de la libéraliser. Le dernier mot de la démocratie pure, c’est le mandat impératif qui repose à la fois sur la vaine hypothèse de l’égale capacité de tous, et sur l’idée, tout à fait logique au point de vue absolu de la souveraineté du peuple, de la supériorité des mandants sur le mandataire. Le libéralisme n’admettra jamais le mandat impératif ; il ne suppose pas chez tous les électeurs la capacité de gouverner ; il ne leur reconnaît que la capacité de discerner ceux qui leur paraissent capables de prendre part au gouvernement. Il considère l’élection comme un hommage rendu à la supériorité, et le régime représentatif comme le gouvernement de la nation par les plus dignes, désignés à ce titre et comme tels par leurs concitoyens. Une démocratie qui pousse la logique jusqu’au mandat impératif et qui s’y tient, ne peut pas subsister : car elle est contre la nature des choses qui se venge toujours quand on ne la respecte pas.

La démocratie tend nécessairement à la république, le libéralisme n’y répugne pas et n’en souhaite pas la chute lorsqu’elle est établie. Mais il s’accommode aussi fort bien de la monarchie constitutionnelle et il ne s’occupe même pas de la fameuse question de savoir si le roi règne et ne gouverne pas. Cette question tant controversée a été mal posée et est tout à fait oiseuse. Ce que le prince ne doit pas faire, et ce qu’il ne fera pas s’il comprend ses intérêts, c’est d’organiser derrière son cabinet un gouvernement occulte, une camarilla ; mais dès qu’il délibère avec ses ministres, il participe au gouvernement, et sa part est exactement proportionnelle à ses facultés et à son ascendant. Qu’il persuade ses ministres ou se laisse persuader par eux, cela ne regarde personne, dès que le cabinet assume la responsabilité du gouvernement devant les représentants du pays. Prince ou Premier ministre, le véritable chef du gouvernement sera toujours celui que son génie rend supérieur aux autres. La vraie formule de la monarchie constitutionnelle, c’est le gouvernement indivis entre la couronne et les représentants du pays. Quant à la répartition de l’influence entre les détenteurs du pouvoir, c’est l’affaire du talent et de l’autorité, et non des formules. Sir Robert Peel, roi d’Angleterre, n’eût pas moins aisément accompli la réforme commerciale que Sir Robert Peel, Premier ministre parce qu’il eût aisément trouvé des ministres pour le servir et une majorité pour les appuyer, dès que l’opinion était pour lui. La seule différence entre un souverain constitutionnel et un despote, c’est que le premier ne peut pas gouverner contre l’opinion ; il peut la précéder ou la suivre, mais il ne peut pas la contrarier ; et la seule limite qui lui soit imposée, c’est d’effacer son sentiment particulier, quand ce sentiment se trouve en désaccord avec l’opinion générale, et de changer de conseillers responsables, quand son cabinet est tombé en minorité. La vertu du régime parlementaire, ce n’est pas, comme on le croit vulgairement, de dépouiller le souverain au profit de ses ministres ; c’est de toujours conférer le pouvoir au plus digne, c’est-à-dire à l’homme en qui s’incarnent le mieux le sentiment national et les besoins généraux du moment. Si le souverain est le plus digne, il domine les ministres : il règne et gouverne ; s’il n’est pas le plus digne, ses ministres, portés au pouvoir par le sentiment public, le suppléent et le dominent : il ne gouverne pas, et ne règne que nominalement.

L’essentiel, au point de vue libéral, c’est que l’Etat ne s’occupe que des intérêts généraux, et que ces intérêts soient réglés conformément au sentiment général. Dans le régime monarchique, la prédominance de l’opinion publique est assurée par le jeu de la responsabilité ministérielle ; dans le régime républicain, elle l’est par la durée limitée du pouvoir exécutif. Le libéralisme accepte également ces deux régimes, et surtout, sans méconnaître la supériorité logique du second, il admet pleinement les raisons relatives et historiques qui peuvent en  beaucoup de circonstances l’empêcher de prévaloir sur le premier. Il estime que la sélection presque infaillible par laquelle les chefs de partis montent au pouvoir dans la monarchie constitutionnelle, assure plus de garanties que l’élection républicaine, qui comporte toujours une part d’intrigue, et qui ne donne pas toujours le pouvoir au plus capable, comme l’ont montré assez souvent les élections présidentielles des Etats-Unis. Mais il n’est jamais exclusif, il comprend aussi bien l’Angleterre monarchique que les Etats-Unis républicains, et il se rend compte des raisons qui font durer la monarchie en Angleterre, et de celles qui ont tiré de la même race, sur le sol américain, un type assez réussi de la forme républicaine. Mais il ne comprend pas plus la monarchie sans responsabilité ministérielle, qu’il ne comprend la république avec un pouvoir exécutif de durée illimitée. Dans une république les ministres ne doivent pas être responsables, puisque celui dont ils émanent se soumet lui-même périodiquement au verdict de la nation. Dans une monarchie ils doivent être toujours à la discrétion de l’opinion, par la simple raison que le chef de l’Etat ne l’est jamais.

Le libéralisme, quoique tendant aux mêmes fins que l’esprit démocratique, s’en sépare donc à la fois par sa philosophie et par ses procédés. A bien plus forte raison, est-il opposé au socialisme, qui est une exagération de la démocratie. Le socialisme poursuit l’égalité sociale, qui est chimérique, et les procédés qu’il imagine seraient, s’ils pouvaient réussir, autant d’attentats à la liberté et à la propriété. Il ne se rencontre sur aucun point avec le libéralisme ; il ignore ou méconnaît les lois organiques du progrès et jusqu’aux conditions de la nature humaine. Le libéralisme ne peut donc que le combattre chaque fois qu’il le rencontre ; il ne peut pas entrer dans son esprit ; il ne peut lui donner aucune satisfaction directe ; mais il n’en doit pas moins reconnaître que le socialisme comporte, avec beaucoup d’ignorance, un certain fond d’aspirations légitimes, car il répond à l’instinct du juste, au désir du bonheur qui nous sont également innés, mais auxquels l’humanité doit se résoudre à ne donner que des satisfactions incomplètes, quoique de plus en plus approximatives. Pour le libéralisme, la vie, quoiqu’incessamment facilitée et améliorée, sera toujours un combat ; mais par équité et plus encore par prévoyance, il est tenu, non pas de pactiser avec le socialisme, ce qu’il ne pourrait, mais de s’occuper de lui, et de le désarmer dans la mesure du possible, d’une part en l’éclairant, d’autre part en s’appliquant aux réformes économiques, aux améliorations sociales qui sont compatibles avec les lois naturelles du progrès. Tout ce qui favorise l’éducation, le travail, l’épargne et l’acquisition de la propriété est libéral. Cela n’est pas seulement affaire de législation, c’est aussi et surtout affaire d’initiative individuelle. Le propre du libéralisme, c’est précisément de ne pas tout attendre de l’Etat et d’exiger beaucoup de l’activité et de la prévoyance des citoyens.

Il faut encore signaler, d’une manière générale, que le libéralisme d’une société peut n’être pas en rapport exact avec sa législation. Il peut se faire qu’il y ait plus de libéralisme dans les mœurs que dans les lois. C’est ainsi que, de notre temps encore, la liberté presque illimitée dont la presse jouit en Angleterre est une affaire de mœurs plutôt que de législation. Il y a des lois restrictives, mais la tolérance générale d’une part, et la modération propre des écrivains d’autre part les ont fait tomber en désuétude. Ce dernier point est essentiel. Un esprit libre peut, s’il est généreux, dépasser son devoir, mais il doit ne jamais dépasser son droit, et même souvent, par prudence, ne pas l’épuiser. C’est ainsi qu’il garantira sa liberté, sans jamais gêner celle d’autrui.

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Auguste Nefftzer

Nous voulons compéter ce court exposé théorique par quelques données historiques.

Ainsi que nous l’avons déjà dit, l’esprit libéral a toujours été présent et actif dans le monde civilisé. Dans l’antiquité, Solon a été un législateur plus libéral que démocratique ; Cicéron a été un publiciste et un homme d’Etat libéral. La plupart des républiques de l’antiquité classique ont débuté comme une démocratie libérale et pondérée pour tourner ensuite à la démocratie pure, et tomber enfin dans la démagogie et de là dans le principat, la tyrannie et le césarisme. Toutefois le libéralisme de l’antiquité se distingue par des traits essentiels de celui des temps modernes. Il concédait, surtout chez les Romains, moins à l’individu, plus à l’Etat. Le domaine individuel est aujourd’hui plus étendu, plus distinct aussi et mieux défini. L’individu moderne se sent des droits, des devoirs et des rapports tout à fait indépendants de l’Etat. C’est au christianisme que cette évolution est due en grande partie. De plus, l’institution de l’esclavage faisait dans l’antiquité, de la liberté la plus élémentaire, le privilège du petit nombre, et le travail, que nous honorons en lui-même et dans ses résultats, était considéré comme dégradant et servile. C’est de l’antiquité que nous tenons ces expressions tout aristocratiques : éducation libérale, c’est-à-dire digne de l’homme libre, et arts libéraux, par opposition aux arts mécaniques, opposition fondée sur le préjugé antique contre le travail de l’artisan, et qui, dans notre société moderne, subsiste sans raison d’être, et par la seule force de l’habitude.

Le libéralisme moderne se rattache par une filiation incontestable à la Réforme, dont l’action ne s’est nullement bornée au domaine religieux, ni aux pays devenus protestants. Pour le fond des idées, le XVIIIe siècle français doit beaucoup à l’Angleterre protestante ; Voltaire et Montesquieu en font foi. C’est la France toutefois qui a donné aux idées libérales une valeur européenne. L’Angleterre seule, et, sur le continent, deux Etats trop petits pour exercer une grande influence, la Hollande et la Suisse, avaient alors un régime libre et des institutions libérales ; mais, sous l’impulsion de la philosophie française, la plupart des Etats absolus du continent, les uns par volonté réfléchie, les autres par simple entraînement ou pour céder à la mode, entrèrent plus ou moins dans le courant du libéralisme. Joseph II, Léopold de Toscane et bien d’autres princes encore furent, avec des succès divers, des libéraux, à leur manière. Frédéric II fut un type de despote libéral. Mais la France d’où partait le mouvement, eut aussi dans Turgot la plus haute et la plus complète expression de ce libéralisme d’avant la Révolution, et qui eût peut-être conjuré la Révolution, si le pouvoir de Turgot eût égalé son génie et sa volonté.

La Révolution française fut elle-même une explosion de libéralisme, le plus grand et le plus généreux dont l’histoire fasse mention. Reprenant, précisant, généralisant tout ce que le XVIIIe siècle et les âges précédents avaient accompli, tenté ou entrevu, elle formula dans ce qu’on appelle les Principes de 89 le code de l’Evangile libéral de l’humanité. Le résultat pratique toutefois ne répondit que très imparfaitement à la théorie. Précisément parce que le libéralisme est, de sa nature, plus réformateur que révolutionnaire, il se trouvait en contradiction avec la tâche redoutable que ces circonstances lui imposaient. Contrairement à son plan primitif, la Révolution dut obligée de replacer de toutes pièces, et sur des données idéales, un édifice politique effondré, et quand même toutes ses idées eussent été justes, elle eût pu encore ne pas réussir, car les constitutions politique ne se traitent pas comme un problème de géométrie, et le monde concret ne supporte pas que l’abstraction ne compte pas avec lui. L’Assemblée constituante elle-même échoua dans la construction de la monarchie constitutionnelle, non seulement à cause de la faiblesse du monarque et des intrigues de la cours, mais surtout peut-être pour avoir pris au pied de la lettre et voulu appliquer trop rigoureusement la théorie absolue de Montesquieu sur la division des pouvoirs et la séparation de l’exécutif et du délibératif. Ce fut bien pis ensuite quand, à l’époque subséquente, le Contrat social eut pris le dessus sur l’Esprit des Lois. C’est surtout l’influence de Rousseau, combinée avec de fausses notions de l’état politique des anciens, qui fourvoya la Révolution. Les Assemblées qui succédèrent à la Constituante furent démocratiques à l’excès, mais nullement libérales. Il est vrai qu’il faut aussi tenir compte de la pression des circonstances.

Il est remarquable que, parmi les appellations de parti, si nombreuses au temps de la Révolution, le libéralisme ne figure pas encore, bien qu’aucune n’eût pu mieux caractériser l’Assemblée constituante dans son ensemble et dans quelques-unes de ses figures les plus éminentes, avant tout dans  Mirabeau, qui est l’homme d’Etat du libéralisme par excellence. L’adjectif d’où est dérivé le substantif n’avait alors encore que son ancienne acception latine et aristocratique. C’est seulement vers l’époque du consulat qu’on saisit les premières traces d’un groupe qui s’appelle ou qui est appelé libéral ; mais cet exemple n’est pas le seul d’une tendance ou d’une direction de l’esprit existant de tout temps et qui n’arrive à la définition d’elle-même qu’à un moment donné. Nous avons vu, de nos jours, naître le mot césarisme qui répond à une idée antérieure même au nom propre d’où elle est dérivée, à l’idée d’une société démocratique incapable de se gouverner, et qui préfère le despotisme à l’anarchie. On peut dire d’ailleurs, d’une manière générale, que toutes choses ont existé, et peuvent même avoir existé longtemps avant d’être dénommée.

C’est dans une méchante épigramme du poète Ecouchard Lebrun que le mot libéral apparaît pour la 1ère fois comme désignation de parti, ou plutôt encore de coterie :

« Qu’est-ce que ce mot ‘‘libéral’’

Que des gens d’un certain calibre

Placent toujours tant bien que mal

C’est le diminutif de libre »

Ces gens « d’un certain calibre » étaient probablement le cercle de Mme de Staël et de Benjamin Constant, et il n’est pas impossible que Lebrun ait voulu faire sa cour au premier consul en les raillant. Dans tous les cas, cette épigramme montre qu’il s’agit de quelque chose de nouveau, que des gens d’un autre calibre prenaient en mauvaise part. Sainte-Beuve attribue expressément à Chateaubriand l’invention de la désignation, mais il ne donne pas ses preuves. Il est de fait que le mot figure dans le Génie du Christianisme ; mais cet ouvrage ne parut qu’en 1802, et l’épigramme de Lebrun est antérieure. Mme de Staël emploie aussi le mot libéral dans sa nouvelle acception, dans Corinne, qui est de 1807.

L’Empire n’était pas fait pour le libéralisme ni le libéralisme pour l’Empire. L’antipathie était réciproque. Les libéraux étaient pour Napoléon les pires des idéologues, et se sentaient eux-mêmes dans un milieu tout à fait réfractaire. Ce qui les touchait le plus, la liberté individuelle, l’indépendance de la pensée, le contrôle, la discussion et, pour tout dire, la dignité humaine, était précisément ce que Napoléon ne pouvait supporter. Il n’avait pas un atome de fibre libérale et il discernait au contraire, avec une pénétration merveilleuse, ce qui, dans la démocratie, est distinct du libéralisme. Nous en avons un témoignage bien frappant dans une lettre où, donnant à son frère Joseph, roi de Naples, des conseils de gouvernement, il explique en ces termes les effets qu’il attend du Code civil : « Dîtes-moi les titres que vous voulez donner aux duchés qui sont dans votre royaume. Ce ne sont que des titres ; le principal est le bien qu’on y attache. Il faudrait y affecter deux cent mille livres de rente. J’ai exigé aussi que les titrés aient une maison à Paris, parce que c’est là le centre de tout le système et je veux avoir à Paris cent fortunes, toutes s’étant élevées avec le trône et restant seules considérables, puisque ce sont des fidéicommis, et que ce qui ne sera pas elles va se disséminer par l’effet du Code civil. Etablissez le Code civil à Naples, tout ce qui ne vous sera pas attaché va se détruire dans peu d’années, et ce que vous ne voudrez conserver se consolidera. Voilà le grand avantage du Code civil… Il faut établir le Code civil chez vous ; il consolidera votre puissance, puisque par lui tout ce qui n’est pas fidéicommis, tombe, et qu’il ne reste plus de grandes maisons que celles que vous érigez en fief. C’est là ce qui m’a fait prêcher un Code civil et porté à l’établir »

Ce que l’empereur voulait dire, c’est que la justice idéale et mathématique du Code civil broie et détruit incessamment les fortunes et les situations acquises, que c’est toujours à recommencer, et que les éléments libéraux n’acquièrent jamais assez de consistance pour faire échec au despotisme. Toutes les familles, tous les citoyens sont trop constamment ramenés à eurs propres affaires pour pouvoir se tourner avec soin, indépendance et désintéressement vers les affaires publiques : leurs aspirations ne peuvent que renouveler les mythes de Tantale et de Sisyphe, et le despotisme reste maître du terrain. Cette opinion de Napoléon a du poids, et c’est par un juste instinct qu’une partie de l’école libérale contemporaine, sans regretter le droit d’aînesse, réclame la liberté de tester. Le partage égal est beaucoup plus démocratique, et répond aux règles d’une justice abstraite, mais il est contraire à la liberté, il entame le principe de la propriété et l’autorité du père de famille ; il a de mauvaises conséquences sociales et politiques. Il importe à la chose publique que tout le monde n’ait pas toujours sa fortune à faire, et qu’il y ait des situations personnelles indépendantes, fortes et stables, capables de tenir tête au pouvoir central. Les intérêts généraux devraient être aux mains de ceux qui n’ont plus à s’occuper de leur intérêt personnel. D’ailleurs, entre le partage égal dans le sein de la famille, et le partage égal dans la famille plus étendue de l’Etat, il n’y a plus qu’une différence du moins au plus, et aucune différence de principe. Malheureusement, la liberté de tester a contre elle une forte objection, c’est l’abus qui en serait fait au profit de l’Eglise, autre despotisme qui, dans son organisation et son esprit présents, paraît plus redoutable encore que celui de l’Etat. C’est ainsi que le libéralisme navigue entre deux écueils ; mais le jugement de Napoléon sur le partage égal vaut assurément la peine d’être médité.

Soit coïncidence fortuite, soit importation française, le mot « libéral » subit en Espagne, sous l’empire, le même changement d’acception qu’il avait subi en France, sous le consulat, et devint aussitôt la désignation d’un grand parti politique, ce qui ne contribua pas peu à la répandre dans tout l’Europe occidentale. Les Espagnols assignent à ce changement la date précise de l’année 1810. « Considérez un moment, dit M. Benavides dans son discours de réception à l’Académie royale espagnole, deux mots des plus usités, des plus couramment employés dans les temps modernes : libéral et liberté. Jusqu’à l’an 10, libéral voulait dire généreux, splendide, magnifique ; tous les Espagnols s’accordaient sur cette signification, et personne n’avait le moindre doute à ce sujet ». Les libéraux espagnols furent les auteurs et les défenseurs de la Constitution de 1812, abolie par Ferdinand VII en 1814, rétablie en 1820, et violée de nouveau en 1823. Ils s’appelaient aussi le parti constitutionnel, et il est à remarquer que de 1815 à 1830 les mots « libéral » et « constitutionnel » ont été synonymes, non seulement en Espagne, mais aussi en France et dans divers Etats voisins. L’Allemagne, surtout dans les Etats secondaires, avait ses libéraux. Le programme de ces partis libéraux se résumait à réclamer des garanties constitutionnelles là où elles n’existaient pas, à les défendre là où elles existaient. Le mouvement démocratique proprement dit avait alors peu d’importance. L’opinion libérale pure était dominante, et se contentait d’un trône entouré d’institutions constitutionnelles. C’est ce que l’Angleterre avait depuis longtemps : mais les libéraux anglais ne chômaient pas pour cela : ils avaient d’autres réformes à poursuivre, notamment l’émancipation des catholiques et la réforme électorale.

En France, on peut presque dire que, sous la Restauration, le parti libéral fut la nation tout entière. Tout ce qui n’était pas ultra était libéral, ou du moins se disait tel, car il faut bien ajouter que le pavillon du libéralisme couvrait toutes sortes de marchandises, et notamment beaucoup de bonapartisme. Les chansons de Béranger sont l’expression de cette étrange combinaison de la légende de l’empire et de celle de 89. Il y avait aussi, à côté de libéraux tels que Royer-Collard et Benjamin Constant qui se contentaient de la Charte et de la dynastie, d’autres libéraux qui voulaient une autre dynastie, ou qui même, comme Lafayette, inclinaient à la République. Les premiers seuls étaient des libéraux conséquents, mais les ordonnances de juillet posèrent un cas de légitime défense, qui réunit toutes les fractions du parti dans une résistance commune.

La révolution de Juillet fut le grand triomphe du libéralisme, et ses effets, comme on sait, ne se bornèrent point à la France ; elle agit même sur l’Angleterre, elle y porta les libéraux au pouvoir et hâta les réformes. Peu de temps avant 1848, un témoin peu partial, M. de Nesselrode, constatait que la position de la France n’avait jamais été plus forte en Europe que sous la monarchie de Juillet, et par l’influence des idées libérales. Malheureusement, le libéralisme victorieux manqua de grandeur et de confiance en lui-même. Il se fit étroit et timide. Le terrain électoral, c’est-à-dire le pays légal, demeura beaucoup trop circonscrit, et ceux qui l’occupaient s’y cantonnèrent comme dans une citadelle. Le libéralisme paraissant immobile et stérile, le mouvement démocratique prit le dessus, et la classe gouvernante expia sa paresse et son imprévoyance par la révolution de 1848.

Mais le libéralisme, culbuté et dépassé, n’a pas pour cela perdu sa raison d’être. Il n’a jamais pu élever contre le suffrage universel que des objections de simple opportunité. Aujourd’hui que le suffrage universel a pris les devants, sa tâche est de le poursuivre et de le rattraper. En d’autres termes, un gouvernement libéral, le parti libéral, les esprits libéraux, doivent s’appliquer avant tout à instruire le suffrage universel, l’éclairer, l’élever, à l’armer, en un mot, de capacité. L’instruction obligatoire est aujourd’hui le 1er article du programme libéral.

Le libéralisme n’admettra jamais que le suffrage universel soit infaillible, ni qu’il soit la forme ou la garantie suprême de la liberté, ni que la république soit la seule bonne forme de gouvernement. Il professe, au contraire, et professera toujours que les formes peuvent varier selon les données historiques, et que les intérêts de la liberté ne sont pas en rapport direct et nécessaire avec le nombre des électeurs. Mais, à l’égard du suffrage universel établi, il écartera comme illusoire et dangereuse toute pensée de réaction ou de restriction, tout comme sous une monarchie ; il repoussera l’expédient révolutionnaire, parce qu’il ne veut pas tenter l’inconnu. Mais il ne se paiera pas non plus de mots, et il demandera et il demandera à la république les réalités et les garanties de la liberté, comme il les demandait à la monarchie ; il demandera la réduction de l’Etat à ses limites légitimes, et il ne trouvera pas meilleur le despotisme d’une convention que le despotisme d’un seul. Contrairement à la logique absolue de la démocratie, il préfèrera deux chambres à une assemblée unique, à la condition toutefois de trouver les éléments suffisants d’une deuxième chambre. A défaut d’une telle institution, il cherchera d’autres conditions d’équilibre, parce qu’il sait qu’un pouvoir non pondéré devient nécessairement absolu.

On peut consulter sur le libéralisme toute l’école des publicistes qui se rattache à Montesquieu, mais notamment les écrits de Benjamin Constant. M. Ed. Laboulaye a publié, il y a quelques années, chez l’éditeur Charpentier, un manuel très bien fait de la doctrine libérale, sous ce titre : Le Parti libéral, son programme et son avenir.

Notes

[1] Cf. Maurice Block, « Auguste Nefftzer, fondateur du Temps. Conférence faite à la Société de Réintégration des Alsaciens-Lorrains le 17 janvier 1909 », Paris, Imprimerie Chaix, 1909, 34 p. Les papiers personnels d’Auguste Nefftzer sont conservés aux Archives nationales, sous la cote 113AP.

[2] Maurice Block (1816-1901) fait d’abord carrière dans l’administration, au bureau de statistique générale du ministère de l’Agriculture, du Commerce et des Travaux publics (1844-1853), puis comme sous-chef du service de la statistique générale de France jusqu’en 1861. Il collabore à la Revue des Deux-Mondes, au Journal des économistes, à l’Économiste français, au Temps, et au Journal des Débats, ainsi qu’à de nombreux journaux étrangers. Il a été élu membre de l’Académie des sciences morales et politiques en 1880. Auteur d’un grand nombre d’ouvrages, il est aussi l’éditeur de la série de volumes de l’Annuaire de l’Économie politique et de la Statistique (1856-1879), et de la série de volumes de l’Annuaire de l’Administration française. Il a enfin dirigé deux grands dictionnaires (publiés chacun en deux volumes) : le Dictionnaire de l’administration française (1855) et le Dictionnaire général de la politique (1863-1864).

*Jérôme Perrier
Ancien élève de l’ENS de Fontenay-St-Cloud
Agrégé d’histoire et docteur en histoire de l’IEP de Paris
Chargé de conférences à Sciences Po Paris

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