Oeuvres de Molinari – 003 – Biographies

ŒUVRES COMPLÈTES DE GUSTAVE DE MOLINARI


003. — BIOGRAPHIES.

 

I. Rechid-Pacha.

[Le biographe universel, vol. IV, 1ère partie]

Dans ces dernières années l’attention de l’Europe s’est, à diverses reprises, concentrée tout entière vers l’Orient. — C’est que jamais intérêts plus importants n’avaient été débattus dans ces contrées. — Un moment l’empire ottoman a semblé près de se dissoudre, laissant en sa place un vide immense dans lequel menaçait de venir se perdre le vieil équilibre européen. Comment a été amenée une telle situation, comment s’est usée la force de cohésion qui retenait dans un même faisceau tant de peuples de races diverses ? Question complexe et dont la solution ne saurait être obtenue sans un examen approfondi des bases sur lesquelles a été établie la domination ottomane. — Les limites assignées à cet article ne nous permettent point d’agrandir ainsi notre champ ; cependant pour bien faire comprendre la valeur des améliorations accomplies récemment en Turquie, par l’homme d’État dont nous avons à nous occuper, il est nécessaire que nous reportions un instant nos regards sur le passé.

L’État ottoman a été fondé dans les mêmes circonstances et identiquement de la même manière que tous les États européens. — C’est toujours une race barbare, une race jeune, vigoureuse, une race venue d’Asie qui se répand comme un torrent sur les grands territoires du vieil empire romain et qui s’en adjuge sa part ; et pour être venue la dernière, la race turque n’a point obtenu la moins riche portion des dépouilles du vaincu. — Mais là s’arrête l’analogie entre les établissements des vainqueurs de l’Orient et ceux de l’Occident. Les conquérants de l’Europe occidentale s’amalgament et se fondent peu à peu avec les peuples conquis, ils adoptent leur religion, leurs mœurs, leur langage même et ne les dominent plus que par la constitution de certains privilèges, privilèges que le temps altère, modifie graduellement, jusqu’à ce qu’il les efface enfin tout à fait. — Les conquérants de l’empire Byzantin suivent une voie tout opposée : doctrinaires armés, ils s’efforcent plutôt d’imposer les lois, de marquer les empreintes que les autres reçoivent ; ils conservent intactes les institutions qu’ils avaient, déjà toutes formulées, apportées avec eux ; leurs mœurs ne reçoivent aucune atteinte, n’empruntent aucune modification étrangère, leur religion subsiste immuable. Ils apparaissent comme une redoutable théocratie militaire dont le code est placé en regard d’un cimeterre[1].

Admirablement organisée pour la guerre, longtemps cette théocratie demeura puissante ; seule, pendant une longue période, elle eut sur pied des armées permanentes, seule elle put instantanément porter, sur un point donné, des masses armées ; mais après cette période de prospérité, c’est-à-dire au bout de deux ou trois siècles
de domination, on commence à la voir graduellement décroître en puissance ; non pas tant, comme on pourrait le supposer, parce que l’organisation de l’empire turc s’use et s’affaiblit, que parce que les institutions de cet empire demeurent stationnaires tandis que la plupart de celles des autres monarchies se perfectionnent, progressent en se transformant et en se renouvelant. — Or, demeurer stationnaire alors que d’autres avancent, c’est relativement reculer.

Mahmoud II, lorsqu’il monta sur le trône, eut l’intelligence de cette situation ; aussi le but constant de ses desseins et de ses entreprises fut-il de la changer ; il voulut faire regagner à la Turquie le terrain qu’elle avait perdu en s’immobilisant, et la remettre au rang des autres nations. C’était là, certes, un but noble et grand ; mais une œuvre difficile et qu’il ne fut point donné à Mahmoud d’accomplir tout entière. — Avant d’essayer l’introduction d’aucune réforme décisive, il fallait d’abord qu’il abattit le corps des Janissaires, qui résumaient en eux l’ancien ordre de choses et s’opposaient systématiquement à toute innovation dont l’effet eût été de diminuer leur influence. — C’étaient, comme on sait, des prétoriens insolents et dominateurs, devenus insuffisants pour sauvegarder l’empire, mais conservant encore assez de puissance pour le troubler. — Ils demeuraient des obstacles après avoir cessé d’être des appuis. — Mahmoud réussit, à force de courage et d’habileté, à les détruire ; les réformes alors devinrent praticables ; malheureusement, des complications fatales de la politique ne tardèrent point à surgir et à absorber toute l’attention du sultan. — Il mourut en laissant son œuvre inachevée.

Mais les intentions du réformateur avaient été connues et comprises en Turquie par quelques esprits d’élite, par quelques intelligences élevées qui s’attachèrent à les réaliser, et qui y parvinrent. Sous leur influence, la réforme fut résolue et presque aussitôt effectuée. Elle fut, en 1839, quelques mois à peine après la mort de Mahmoud, formulée dans le hatti-scheriff de Gulhané. Les institutions nouvelles que cet édit a introduites dans l’empire ottoman, ne sont que les conséquences, que le développement du système de réformes dans lequel était entré Mahmoud II. Nous aurons à donner quelques détails sur ces institutions.

Rechid-Pacha, actuellement ambassadeur de la Sublime-Porte auprès du cabinet des Tuileries et, précédemment, ministre des affaires étrangères à Constantinople, est l’homme qui a le plus contribué à l’accomplissement de l’acte de Gulhané, acte émané à la fois d’une politique saine et prévoyante et d’un sentiment de généreuse fraternité humaine. Homme d’une génération nouvelle, Rechid-Pacha s’est mis au niveau des idées de progrès qui, depuis cinquante années, se sont si rapidement développées dans le monde ; parmi ces idées, il a choisi et il a cherché à faire adopter celles dont l’application lui a semblé salutaire, dans la situation présente de la monarchie ottomane.

Voilà son mérite réel, voilà ce qui lui assigne une place particulière et distincte entre ses compatriotes. — Que l’on ne s’étonne donc pas de le voir figurer dans notre recueil, consacré presque exclusivement jusqu’à ce jour aux notabilités françaises. [2] En lui donnant place à côté des hommes d’État éminents de ce pays, nous n’avons fait que lui rendre strictement la justice qui lui est due.

Moustapha RECHID-PACHA est né à Constantinople vers la fin de l’année 1216 de l’Hégire (1802). Son père, Moustapha-Effendi, était chargé de l’administration générale des propriétés de la mosquée du sultan Bajazet[3]. Cet emploi jouissant d’un privilège particulier, était de droit héréditaire dans sa famille ; cependant, à la mort de Moustapha-Effendi, le sultan Mahmoud en disposa, pour l’accorder par faveur à l’un de ses chambellans.

Moustapha-Effendi laissa à sa mort quatre enfants : deux fils et deux filles. Rechid était l’aîné des garçons. Il portait, ainsi que son frère, le titre de bey ; — ce titre est accordé, en Turquie, aux descendants des vizirs. — Rechid y avait droit par sa mère. — Celle-ci, devenue veuve et voyant son fils aîné frustré de la position qui lui revenait de droit, résolut de lui donner une éducation qui lui permît l’accès des positions les plus élevées de l’État. — Elle n’épargna rien pour rendre cette éducation aussi solide et aussi complète que possible. — En même temps, elle mariait sa fille à Ali-Pacha, gouverneur de l’une des provinces d’Asie. — En 1817, elle perdit cette fille qu’elle chérissait et bientôt elle la suivit dans la tombe.

Le jeune Rechid, sous le coup de l’affliction que lui avait causée cette double perte, quitta Constantinople. Son beau-frère, Ali, l’engagea à venir le joindre en Asie et en fit son secrétaire particulier. — Rechid suivit, en cette qualité, son beau-frère, successivement dans les gouvernements de Morée et de Brusse et, enfin, à Constantinople lorsque Ali fut appelé au grand vizirat. — C’est sous le ministère d’Ali-Pacha, qu’il commença à compter dans la hiérarchie des fonctionnaires publics.

Mais, dans cette même année 1822, la révolution grecque ayant pris, tout à coup, un développement inquiétant, des mesures violentes furent proposées dans le divan contre les insurgés, par Halet-Effendi, alors favori du sultan et naguère ministre influent. Ali-Pacha refusa de s’associer à ces mesures. Destitué et disgracié par suite de ce refus, il fut exilé d’abord à Gallipoli, et plus tard, dans une province de la mer Noire. — Cependant la guerre de Morée se continuait et l’insurrection faisait chaque jour de nouveaux progrès ; Ali-Pacha, dont les talents militaires étaient reconnus, fut rappelé
et mis à la tête de l’armée ottomane. — Rechid-Bey l’accompagna encore et partagea avec lui les fatigues et les dangers de la campagne. — L’issue de celle-ci ne fut point heureuse pour les Turcs, et elle amena la destitution d’Ali-Pacha (mort en 1826).

Rechid-Bey, après être demeuré pendant un an en Morée, fut appelé à Constantinople où il entra dans les bureaux du ministère du grand-vizir. — En 1829, il accompagna, à titre de secrétaire privé, Sélim-Pacha, alors grand-vizir, au quartier-général de l’armée mise en campagne contre les Russes. — Il continua les mêmes fonctions auprès d’Izet-Pacha successeur de Sélim. — Enfin, il est nommé rapporteur des pièces officielles que le vizir envoyait au sultan ; à la paix d’Andrinople, il remplit l’office de secrétaire des plénipotentiaires ottomans et, à son retour à Constantinople, il est attaché au ministère des affaires étrangères. — En 1830, il accompagne Pertew-Pacha en Égypte et il obtient, en récompense, la dignité d’Amedzi (grand-référendaire).

Le champ commence à s’agrandir devant le jeune diplomate, son habileté trouve d’année en année de nouvelles occasions de se signaler et elle est bientôt appréciée. En 1833, Rechid-Bey est associé à la mission de Hallil-Pacha en Égypte, puis il est chargé de débattre les conditions de l’arrangement qui fut conclu à Kutaya, entre le sultan et Ibrahim-Pacha vainqueur à Koniah. M. de Varennes, chargé d’af-faires de France à Constantinople, l’accompagnait dans cette mission et l’aidait à obtenir, on le sait, quelques adoucissements pour la Porte, dans les conditions qu’imposait le vainqueur.

En 1834, Rechid-Pacha fut nommé ministre plénipotentiaire en France. — Rappelé à Constantinople, après un séjour de six mois à Paris, il fut de nouveau, dans la même année, renvoyé en France avec le titre d’ambassadeur. — L’année suivante on l’envoya, avec la même qualité, à Londres où il demeura pendant un an. — Quelques mois après sa nomination à l’ambassade de Londres, le sultan l’appela à l’exercice des fonctions de sous-secrétaire d’État au ministère des affaires étrangères. — Enfin, en 1837, Rechid-Pacha fut nommé ministre des affaires étrangères et reçut les titres de muchir et de vizir. Un des actes les plus importants de son ministère fut le traité conclu, en 1838, avec les puissances européennes pour l’abolition des monopoles. — Le nouveau ministre préludait ainsi à des réformes plus considérables. — Au mois d’octobre de la même année, il fut encore envoyé à Londres, en mission extraordinaire, tout en conservant son portefeuille.

Ce fut après son départ de Londres et pendant son séjour à Paris, que Rechid-Pacha apprit la mort de Mahmoud et l’avènement d’Abdul-Medjid. — À la fin de 1839, lorsque sa mission fut terminée, il retourna à Constantinople, en passant par Paris, et il fut confirmé dans son ministère par le nouveau sultan.

L’empire ottoman se trouvait alors dans une situation critique.

Mehemet-Ali venait de vaincre à Nesib ; le capitan-pacha amenait à Alexandrie la flotte qui lui avait été confiée pour combattre le pacha rebelle ; une fermentation générale régnait dans les populations de l’empire ; les nombreux abus de l’administration avaient mécontenté à la fois musulmans et chrétiens : les uns se tournaient vers l’Égypte, les autres vers l’Europe. — Les fanatiques promettaient une amélioration au sort des premiers, à la condition d’un complet retour à l’ancien ordre de choses ; les révolutionnaires parlaient de l’émancipation de la Moldavie, de la Valachie et de la Servie : des mesures décisives devenaient indispensables.

Le nouveau sultan, Abdul-Medjid, comprit l’urgence d’une réforme, et Rechid-Pacha, d’accord avec ses collègues, en formula le texte dans le hatti-scheriff de Gulhané.

Ce décret, dont l’apparition commence une ère nouvelle dans l’existence de l’État ottoman, fut proclamé avec pompe et juré solennellement par le sultan et par tous les fonctionnaires. — Le sultan stigmatisait, par la bouche de son ministre, les abus des administrations précédentes, il leur attribuait les malheurs de l’empire et proclamait l’égalité de tous ses sujets devant la loi. — Il jurait et faisait jurer à tous les fonctionnaires, ainsi qu’aux grands dignitaires de l’État, que désormais l’arbitraire disparaîtrait devant les lois immuables de la justice. Les chefs de toutes les corporations musulmanes et non musulmanes furent invités et assistèrent à cette cérémonie que rehaussa encore la présence de tout le corps diplomatique.

La charte nouvelle, librement octroyée par le sultan à ses sujets, obtint l’assentiment universel. — Bientôt d’importantes réformes vinrent la compléter. Secondé par Achmet Fethi-Pacha, qui venait d’entrer au ministère du commerce, Rechid-Pacha proposa successivement plusieurs mesures d’amélioration qui, après avoir obtenu l’approbation du sultan, devinrent lois de l’État. Nous citerons parmi les plus considérables, l’abolition du mode de perception du harach ou impôt de capitation, impôt flétrissant auquel étaient soumis les sujets non musulmans de l’empire ; la loi qui organisait les conseils municipaux où furent appelés à siéger les représentants de chaque commune, sans distinction de religions — toutes les questions devaient y être décidées à la majorité des voix ; — la formation d’un conseil supérieur de justice réunissant les attributions du conseil d’État et de la cour de cassation de France et du conseil aulique d’Autriche ; l’établissement d’un conseil supérieur de santé appelé à prononcer, sans contrôle, sur tout ce qui avait trait aux questions sanitaires et quarantainaires ; enfin la rédaction d’un code pénal où les promesses du hatti-scheriff de Gulhané se réalisèrent en se formulant en lois confiées à la sauvegarde de la nation. — L’honneur, la vie et les propriétés des habitants de l’empire furent mis à l’abri de l’arbitraire des fonctionnaires ; la torture fut abolie et une nouvelle loi promulguée qui divisait les pouvoirs concentrés jusqu’alors entre les mains des gouverneurs de provinces ; l’affermage des charges fut aboli et désormais tous les employés durent être payés par l’État. — Chaque province eut un gouverneur militaire, un chef de finances et un chef de police, relevant du pouvoir central, siégeant à Constantinople, et indépendants l’un de l’autre dans l’exercice de leurs fonctions.

Tel est le sommaire des réformes qui furent accomplies sous le ministère de Rechid-Pacha. — Toutes les populations de l’empire y applaudirent et en exprimèrent leur satisfaction au gouvernement. — Des fonctionnaires, accoutumés à la violence et à l’arbitraire, crurent un instant que les lois nouvelles ne les atteindraient point, mais lorsqu’ils virent que le sultan apposait son sceau aux sentences du tribunal suprême qui frappaient les plus puissants entre les puissants, ils furent effrayés et se soumirent.

Mais bientôt des préoccupations politiques vinrent réclamer les soins et absorber l’attention de la Porte. La question égyptienne commençait à mûrir. — L’intervention des grandes puissances européennes acceptée à Constantinople, en juillet 1839, avant le retour de Rechid-Pacha, avait rendu impossible un arrangement direct entre le sultan et Mehemet-Ali. En 1840, Rechid-Pacha et le ministère ottoman auraient voulu obtenir la coopération de la France au prix de quelques concessions à faire à Mehemet-Ali. — Bien des perturbations inutiles et coûteuses eussent été, par là, évitées en Europe. — Mais les propositions de M. Thiers, alors président du conseil, n’ayant pas été acceptées par les plénipotentiaires des puissances réunies à Londres, le traité du 15 juillet fut signé, et deux mois plus tard mis à exécution. Des mesures coercitives furent employées contre Mehemet-Ali — chacun en connaît l’historique et les résultats. — Dans ces moments d’irritation générale, les Français n’étaient pas en faveur à Constantinople : Rechid-Pacha n’en intervint pas moins auprès de ses collègues pour que les intérêts de ceux qui étaient au service de la Turquie ne souffrissent point de la froideur qui régnait entre les cabinets de Paris et de Constantinople, et il insista pour qu’ils fussent conservés dans leurs emplois : les sympathies de l’homme privé l’emportèrent sur les ressentiments du ministre.

Lorsque la Syrie eut été reconquise au sultan, le divan fut d’avis qu’il était temps que l’on s’arrêtât, et que Mehemet-Ali, maintenant rentré dans le devoir, pouvait rendre encore à la Porte des services comme pacha héréditaire de l’Égypte. — Telle fut également la pensée de Rechid-Pacha, mais, dès cette époque, des intrigues diplomatiques préparèrent sourdement sa destitution. — Au moment où la flotte ottomane venait de mettre à la voile d’Alexandrie pour se rendre à Constantinople, le sultan donnait à son ministre des affaires étrangères une décoration particulière en témoignage de satisfaction des services rendus par lui à l’empire ; le 20 mars 1841, la flotte rentrait à Constantinople, et le 29 du même mois, Rechid-Pacha recevait sa démission de ses fonctions.

Le 7 septembre 1841, il fut accrédité comme ambassadeur à Paris, où il est arrivé le 19 novembre. — Il occupe encore actuellement cette position.

Résumons. Nous nous sommes surtout appesanti, dans ce court et bien incomplet aperçu biographique, sur les réformes dont Rechid-Pacha a été, à Constantinople, le promoteur le plus zélé. — C’est que ces réformes sont, à nos yeux, son meilleur titre à l’attention de nos lecteurs et qu’en outre, elles donnent parfaitement la mesure de ses idées politiques, dont elles sont, en grande partie, les résultats. — Nous savons que l’on en a contesté, sinon le mérite, du moins l’efficacité. — Telle n’est point notre opinion. — On oublie trop souvent, selon nous, que les peuples qui forment l’État ottoman ne sont point, comme les Grecs du Bas-Empire, abâtardis et énervés ; on semble ignorer que leur sang est encore jeune et vigoureux, qu’ils atteignent plutôt l’âge d’adolescence qu’ils ne descendent dans la période de décrépitude. — Il ne leur a manqué jusqu’à présent que d’être unis pour être forts. — Les institutions fraternelles que l’acte de Gulhané a consacrées leur donneront cette union. — Déjà, on a remarqué que ces institutions ont produit des fruits salutaires, quoique la réaction qui s’est opérée, après la destitution de Rechid-Pacha, en ait en partie paralysé l’action. — Le travail de régénération de l’empire ottoman sera, sans doute, lent et laborieux, mais qui oserait prédire qu’il ne saurait être accompli jusqu’au bout ?

Ce n’est, du reste, qu’on le remarque bien, point une pâle copie de la civilisation des peuples occidentaux que Rechid a voulu importer en Orient. — Il a distingué, avec un tact habile, ce qui pouvait être transplanté avec fruit de ce qui ne l’eût été que stérilement. — Il a tenu compte de ces différences de mœurs, d’habitudes et de climats auxquelles Montesquieu faisait une si large part. — Il a emprunté seulement à nos institutions civiles les éternels principes de justice sur lesquels elles se fondent ; il a choisi parmi nos lois celles qui lui ont paru conciliables avec les coutumes, la religion et le tempérament des Orientaux. — Il a cherché à organiser les nations qui recouvrent le sol du vieux empire byzantin et non à les dénationaliser. — Versé dans la connaissance des lettres arabes et persanes, fidèle observateur des préceptes du Coran, Rechid-Pacha est par son éducation, comme par son origine, un homme de l’Orient. — La civilisation qu’il désire voir fleurir dans son pays porte donc d’autres caractères que la nôtre ; si elle emprunte à celle-ci ses codes exacts et rigoureux, elle conserve néanmoins aux populations ottomanes leur physionomie native, leurs traits originaux et distinctifs. — C’est une civilisation arabe venant se juxtaposer à notre civilisation latine.

Certes, il est permis d’espérer qu’une aussi noble tentative ne demeurera point stérile. — L’Europe est intéressée, pour la conservation de son équilibre, au maintien de l’empire ottoman. — Elle veillera donc à son salut et lui donnera le temps de se raffermir et de se régénérer.

Nous venons de donner le portrait, aussi ressemblant que possible, des idées de Rechid-Pacha ; joignons-y maintenant celui de l’homme : — Rechid-Pacha est petit de taille, mais vigoureusement constitué, carré et replet. — Il a les traits assez réguliers, les yeux bruns, la peau basanée. — Sa physionomie porte ce cachet d’immuable impassibilité particulier aux Orientaux ; mais une certaine expression de finesse dans le regard relève, par intervalles, vivement cette physionomie. — Il est inutile d’ajouter que le langage et les manières du diplomate turc sont parfaitement polis.

Rechid-Pacha est commandeur de l’Ordre impérial de distinction particulière de Sa Hautesse, et de celui du grade de Muchir, grand-croix de l’Ordre royal de la Légion d’Honneur de France, de l’ordre de l’Aigle-Rouge de Prusse, de l’ordre de Charles III d’Espagne, de l’ordre d’Isabelle-la-Catholique d’Espagne, de l’ordre du Lion Néerlandais des Pays-Bas, de l’ordre de Léopold de Belgique, de l’ordre de l’Epée de Suède, etc.

 


II. Louis Dutilh.

 

[Le biographe universel, vol. IV, 1ère partie]

La nouvelle législature vient de commencer ses travaux, et jusqu’à présent, il serait assez difficile de porter un jugement sur elle. — Cependant, il est hors de doute que l’opinion conservatrice n’y soit prédominante.

Est-ce un bien, est-ce un mal ?

Pour que cette question pût être aisément résolue, il faudrait que les tendances du parti conservateur fussent mieux connues, que l’on sût enfin si son programme se résume en ces deux mots : résistance et immobilisation, ou bien en ceux-ci : conservation et progrès.

Entre ces deux programmes, ou pour mieux dire, entre ces deux bannières la distance est immense. Aveuglés par l’esprit de système, les hommes qui se groupent autour de la première, s’efforcent d’arrêter, par leur puissance d’inertie, la société dans sa marche incessante vers un but inconnu, impénétrable sans doute, mais grand et sublime à coup sûr. — Ceux qui suivent la seconde, se placent au contraire à la tête de ce mouvement, afin de l’ordonner, de le régulariser, de le rendre tel que toutes les forces sociales puissent être librement mises en jeu, sans se ralentir comme sans s’épuiser.

Nous ignorons laquelle de ces deux politiques le parti conservateur adoptera. Cependant, malgré tant de désappointements qu’il nous a laissés dans ces dernières années, nous espérons qu’il se déterminera pour la politique du progrès rationnel, qu’il se décidera à sortir de l’ornière de routine dans laquelle il gravite, et qu’il saura enfin, secouant ses petites craintes et ses grandes paresses d’esprit, entrer dans la voie des améliorations morales et surtout matérielles que réclame le pays.

Une des raisons qui nous portent à supposer ceci, c’est que le parti conservateur s’est en quelque sorte retrempé dans les élections de juillet dernier, c’est qu’il s’est adjoint un nombre assez considérable d’hommes nouveaux, étrangers à nos luttes d’hier, exempts par conséquent de passions et de haines politiques. — Ces hommes, que les partis n’ont point encore enrôlés, possèdent naturellement une liberté d’action plus grande que les députés anciens, ils peuvent plus aisément se préserver de ces déplorables intrigues de personnes qui abaissent et déconsidèrent la représentation d’un grand peuple et lui font consumer un temps précieux en de stériles querelles.

Nous nous proposons de passer successivement en revue ces hommes nouveaux. Leurs antécédents nous instruiront de ce que nous pouvons attendre d’eux. Dans leur passé nous rechercherons leur avenir, l’avenir de la Chambre nouvelle.

Nous commencerons ce travail par le nouveau député de Nérac, M. Louis DUTILH, nommé en concurrence de M. Barsalou, à une majorité de 80 voix sur 450 votants.

Quoique élu en concurrence d’un candidat ministériel, M. Louis Dutilh est conservateur.

M. Louis DUTILH est né à Nérac, département de Lot-et-Garonne, le 10 novembre 1794. Il appartient à une famille honorable et ancienne de ce pays. — Il a fait des études de droit et a été reçu avocat, mais il n’a exercé que rarement cette profession.

Nommé maire de Nérac, à l’issue de la révolution de 1830, son administration a été sage et intelligente. — En 1831, dans des jours de troubles, il se conduisit d’une manière qui fait honneur à la fermeté et à la modération de son caractère : la population ouvrière de Nérac s’était insurgée contre les employés des contributions indirectes, des rassemblements tumultueux s’étaient formés et présentaient une attitude menaçante ; M. Dutilh se rendit seul, revêtu de son écharpe, au milieu des groupes des émeutiers, et il parvint, par ses paroles conciliatrices, à les séparer. — Il éloigna ainsi une collision dangereuse et sauva plusieurs de ces pauvres gens des bancs de la cour d’assises.

M. Dutilh ayant pendant longtemps employé un grand nombre d’ouvriers à des constructions particulières, possède, du reste, une très grande influence sur la population ouvrière de son département.

M. Louis Dutilh a été nommé en 1838, sous l’administration de M. de Montalivet, chevalier de la Légion d’Honneur. — Il avait été compris dans les premières nominations au conseil-général de son département.

Son élection de 1842 a été suivie d’une véritable ovation populaire.

C’est M. Dutilh qui a fait dernièrement à la tribune le rapport de l’élection de M. de Larochejaquelein, élection qui a fourni le texte de si vifs débats. — Ce rapport a été prononcé avec netteté et concision. — Nous croyons que son auteur pourra aborder, dans des questions spéciales, utilement la tribune.

M. Louis Dutilh sympathise avec le peuple, il aime les classes ouvrières ; nous lui avons entendu émettre des opinions fort justes et fort concluantes sur l’instruction primaire qu’il ne considère pas comme suffisamment rétribuée ; — les rouages de l’administration ne lui paraissent pas, non plus, tellement perfectionnés, que des améliorations utiles ne puissent y être introduites. — Plaise à Dieu que M. Dutilh laisse germer dans son esprit ces bonnes idées et qu’un mauvais vent ministériel ne les y fasse point prématurément sécher sur pied.

Mais nous attendons mieux de l’indépendance et de la fermeté de caractère de l’ancien maire de Nérac et nous croyons d’avance pouvoir le compter au nombre de ces députés du centre qui, avec M. de Lamartine, ont pris pour devise : conservation et progrès rationnel.


III. Le baron de Galbois.

[Le biographe universel, vol. IV, 2ème partie]

La colonisation qui convient à l’Algérie, c’est une colonisation prudente, qui agit avec mesure pour les intérêts des contribuables, qui agit par temporisation, par négociation avec les indigènes, qui leur montre les bienfaits de la civilisation, qui leur fait voir que la domination d’un peuple civilisé est préférable à la domination des Turcs, que votre système actuel leur ferait bientôt regretter.

A. DE LAMARTINE, Discussion sur les crédits de l’Algérie, 12 juin 1830.

Né à Rennes le 17 mai 1778, le lieutenant-général baron Galbois est issu d’une ancienne famille de Bretagne[4]. Il entra au service à l’âge de vingt ans et fut admis, le 19 fructidor an VI, comme maréchal-des-logis chef dans le régiment des chasseurs à cheval Lamoureux. Ce fut sous les auspices du général Hoche, qui avait connu sa famille en Bretagne, qu’il entra dans ce régiment destiné à faire partie de l’expédition d’Irlande. — Son activité et son zèle ne tardèrent point à le faire remarquer et lui valurent, le 15 germinal an VIII, le grade de sous-lieutenant. Il passa l’année suivante, avec ce grade, au 8e régiment de hussards. Le 15 messidor an XII, il fut nommé lieutenant. — Plusieurs généraux se l’attachèrent successivement : c’est ainsi qu’il remplit les fonctions d’aide-de-camp auprès des généraux Vaufreland, Bonnet et Lagrange. Dans l’intervalle, il sut trouver l’occasion de se distinguer, malgré l’inaction dans laquelle était tenue l’armée de l’Océan. — La déclaration suivante l’attestera.

Place de Granville.

« Je, soussigné, déclare que, dans l’expédition que j’ai commandée aux îles de Chaussey, le 8 nivôse, le sous-lieutenant, au 8e régiment de hussards, Galbois, aide-de-camp du général Vaufreland, a donné des preuves non équivoques d’intelligence et de bravoure ; que, monté avec dix hommes et un caporal du 32e régiment de ligne sur le bateau qui formait notre avant-garde, il attaqua et se rendit le maître, après une très vive fusillade, de la chaloupe ennemie où se trouvait le capitaine avec quinze hommes de son équipage, ce qui nous facilita la prise du brick anglais le Grappler, et de trente-quatre prisonniers, que nous emmenâmes dans la nuit à Granville.

Granville, 10 nivôse an XII.

Le chef-d’escadron commandant de ladite expédition.

J. M. D’ORFENGO.

Le général commandant Granville et les rades, certifie les faits ci-dessus mentionnés.

VAUFRELAND. »

Vers la même époque, plusieurs missions qu’il eut à remplir auprès du commandant en chef Augereau, le firent distinguer de cet officier-général et lui concilièrent son amitié. Augereau lui conserva cette amitié pendant toute sa vie. En 1808, il lui donna la recommandation affectueuse qu’on va lire, pour le prince de Neufchâtel.

« Mon cher Prince,

Vous avez reçu une demande de M. Galbois, aide-de-camp du général Lagrange, dont l’objet est d’obtenir d’être employé comme adjoint à votre état-major. Cet officier m’est connu particulièrement. Il a servi sous mes ordres, j’ai conçu dès lors pour lui de l’estime et de l’amitié ; sa conduite depuis a fortifié chez moi ces deux sentiments : il réunit tout ce qu’il faut pour faire un chemin rapide, il est brave, actif, intelligent, parle plusieurs langues, connaît et aime son métier ; enfin, mon cher prince, je crois que, sous tous les rapports, cet officier vous conviendra, et son grand désir est d’être attaché à votre personne : si mon témoignage peut contribuer à ce que votre décision lui soit favorable, je le considérerai comme un nouveau témoignage de votre amitié.

Je vous réitère, etc.

Le maréchal d’empire,

    AUGEREAU.

Paris, le 13 Mai 1808. »

Peu de jours après, le lieutenant Galbois fut attaché à l’état-major du prince de Neufchâtel et il reçut l’ordre de partir immédiatement pour Burgos, afin d’y être compris dans l’état-major général.

À peine arrivé à Bayonne, il reçut une mission de l’empereur pour le grand-duc de Berg à Madrid, et une autre pour le duc d’Abrantès, qui commandait l’expédition du Portugal. — Après s’être acquitté de cette dernière, il revint en Espagne en passant par Elvas.

Mais pendant le temps qu’avait duré sa mission, l’insurrection espagnole avait pris un développement considérable. Lorsqu’il arriva devant Badajoz, son escorte fut attaquée, dispersée et lui-même fait prisonnier et blessé. Il trouva dans Badajoz plusieurs autres officiers français qui étaient également tombés au pouvoir des Espagnols, entre autres MM. Desprez, Paulin et Lacuée. — Tous les jours le sort des prisonniers était mis en question, et il n’y avait guère d’hésitation chez les vainqueurs, que sur le choix du supplice à leur infliger. — Ce fut une circonstance heureuse et dans laquelle le lieutenant Galbois joua un rôle des plus honorables qui leur valut leur mise en liberté.

La place d’Elvas, située sur la frontière du Portugal, à quelques lieues de Badajoz, était à cette époque (septembre 1808) occupée par un faible corps de 1 400 Français, commandés par le chef de bataillon du génie Girod de Novillars. — Depuis plusieurs jours ce corps soutenait l’effort de toute une armée espagnole, commandée par le général Galluzo, lorsque celui-ci, désespérant de s’emparer d’Elvas par la force, envoya en parlementaires, dans cette place, deux officiers de son état-major, emmenant avec eux le lieutenant Galbois. — Il chargea ce dernier de vaincre l’obstination du commandant français, en le menaçant, s’il n’y réussissait, de le faire fusiller à son retour ; et en ajoutant, en même temps, que la vie de ses compagnons de captivité serait le garant de ce retour. — Girod de Novillars se refusa courageusement à toute négociation, et voulut retenir auprès de lui le jeune officier qu’on lui députait ; mais notre brave lieutenant, lié par sa parole et craignant d’exposer la vie de ses compagnons, revint sans hésiter se remettre aux mains des Espagnols. — Le feu continua contre Elvas dont le siège fut poussé avec vivacité, mais la convention de Cintra ayant été conclue sur ces entrefaites, le commandant de Novillars remit la place aux ennemis, après avoir préalablement stipulé l’échange des prisonniers. — Le lieutenant Galbois fut compris dans cet échange, et il rentra en France avec les troupes de l’expédition du Portugal[5].

Il rejoignit, à Paris, le prince de Neufchâtel, qu’il suivit bientôt à Strasbourg lorsqu’éclata la rupture entre la France et l’Autriche (1809). — Nommé capitaine le 30 mars 1809, M. Galbois eut à remplir pendant la durée de cette campagne plusieurs missions importantes. — Il reçut de l’empereur lui-même l’ordre de porter des instructions au maréchal Davoust dans Ralisbonne, alors environnée de toutes parts par des corps ennemis. — Parti de Neubourg le 18 avril, il arriva dans la matinée du lendemain à Ratisbonne ; le même jour le maréchal Davoust sortit de la place, attaqua et battit à Thann l’armée du prince Charles, forte de 40 000 hommes. — Le capitaine Galbois ne le quitta que lorsque la victoire fut décidée, et rejoignit l’empereur à Neustadt.

À l’époque du séjour de Napoléon à Schoenbrunn, le capitaine Galbois fut chargé par lui de porter à l’empereur François des communications relatives à la paix qui se négociait entre la France et l’Autriche. — Les négociations officielles avaient lieu au congrès d’Altenbourg entre MM. de Metternich et de Champagny, mais les négociations réelles se traitaient entre les deux empereurs.

— Le capitaine Galbois fit six fois le voyage de Dotis où se trouvait François II, et enfin il rapporta les conditions acceptées du traité de paix. — Napoléon le chargeait volontiers de ces sortes de missions, parce qu’il le savait bon observateur ; le jeune officier d’état-major trouvait, en effet, toujours moyen de se procurer des renseignements utiles sur les endroits qu’il traversait, et il en rendait compte ensuite à l’empereur.

Lorsque la paix fut conclue avec l’Autriche, les états-majors reçurent l’ordre d’envoyer leurs équipages de Vienne à Bayonne. — À cette époque, le capitaine Galbois reçut une nouvelle mission pour le maréchal Suchet. — Pendant la durée de cette mission, il trouva encore l’occasion de se distinguer. — Le maréchal, sur le point d’assiéger Tortose, voulait avoir des nouvelles du camp ennemi et en connaître, d’une manière précise, l’emplacement. Le capitaine Galbois prit avec lui cent hussards, et poussa une reconnaissance jusqu’à Benicarlos où il rencontra un corps de deux ou trois cents cavaliers espagnols (dragons de Numance), qu’il dispersa et poursuivit dans l’espace de deux lieues jusqu’à l’emplacement du camp qu’il s’était chargé de reconnaître. — Sa mission alors étant remplie, il se replia, emmenant avec lui vingt-cinq prisonniers avec un drapeau. Il fut cité, pour ce fait d’armes, à l’ordre du jour du quartier général de Mora (17 août 1810), ainsi que dans le bulletin de la grande armée. Plus tard, l’empereur lui témoigna personnellement sa satisfaction pour sa conduite dans cette affaire.

Le 27 juin 1811, le capitaine Galbois fut nommé chef d’escadron, et le 23 décembre de la même année, chargé de conduire en Espagne et au Portugal un convoi de fonds très considérable (deux millions). — Ce convoi parvint heureusement à sa destination.

Le 3 mars 1812, M. Galbois fut chargé encore d’une mission dont l’importance témoigne de la confiance que l’empereur avait en lui. Simple chef d’escadron, il fut investi de pouvoirs aussi étendus que ceux que l’on confère de nos jours aux inspecteurs-généraux. On l’envoya à Augsbourg auprès du duc d’Abrantès, avec ordre d’inspecter le corps d’armée de ce maréchal, d’examiner si l’organisation en était bien complète, si rien ne manquait aux soldats, etc. [6] — Il s’acquitta de cette mission de manière à mériter l’approbation de l’empereur.

M. Galbois fit la campagne de Russie, toujours attaché à l’état-major du prince de Neufchâtel ; dès le début de la campagne, il fut blessé d’un coup de feu à l’affaire d’Ostrowno, près Witepsk. — Cette blessure, toutefois, ne l’empêcha pas de suivre l’armée et d’entrer avec elle à Moscou. — Pendant la retraite, il reçut à Molodechlno un coup de lance au pied gauche.

Pendant le passage de la Beresina, l’empereur lui donna l’ordre de repasser les ponts, afin de porter des instructions aux corps qui étaient demeurés sur la rive. M. Galbois parvint, non sans peine, à traverser ce flot d’hommes qui se précipitaient tumultueusement sur ces étroits passages. — Il remit aux corps restés en arrière les instructions dont il était chargé, en leur indiquant en même temps la route qui conduisait aux ponts. — Tous suivirent exactement ses indications, à l’exception de la division Partouneaux qui prit une fausse direction.

Nommé colonel le 25 février 1813, M. Galbois se rendit à Berlin, où il prit le commandement du 6e régiment de chevau-légers. — Il reçut en même temps du général comte Bourcier, le commandement de la 4e division de cavalerie légère du 2e corps de réserve. — Les régiments de cavalerie ayant considérablement souffert dans la campagne précédente, la plupart même se trouvant réduits à un effectif d’une centaine d’hommes, on leur donna l’ordre de rentrer en France pour s’y refaire et y rétablir leurs cadres. — En passant à Mayence, M. de Galbois rencontra l’empereur et le prince de Neufchâtel, qui l’emmenèrent avec eux à Lutzen. — Il fit encore, comme attaché à l’état-major du prince, la campagne de 1813, pendant laquelle il se distingua de nouveau plusieurs fois, notamment sous les murs de Dresde.

Pendant la campagne de 1814, il prit part à tous les combats que livra le corps d’armée placé sous le commandement direct de Napoléon : à Arcis-sur-Aube, il enleva, sous les yeux de l’empereur, avec un bataillon de vieille-garde, le village de Torcy, que les troupes russes venaient d’occuper.

À l’époque du congrès de Châtillon, le colonel Galbois fut chargé de porter à l’empereur François II une communication de l’empereur Napoléon, et lorsque l’abdication fut décidée, ce fut lui qui en porta la nouvelle à Marie-Louise. Voici de quelle manière Pons (de l’Hérault) rend compte de ces deux circonstances, dans son livre sur le congrès de Châtillon :

« Dans la nuit du 25 au 26 mars, l’empereur Napoléon fit partir le colonel Galbois pour Châtillon, et il chargea cet officier d’une dépêche adressée à l’empereur d’Autriche. Le colonel Galbois devait particulièrement éviter les Russes et les Prussiens : il lui était prescrit de ne parlementer qu’avec les Autrichiens. L’empereur Napoléon lui avait dit : Vous portez la paix ; le duc de Vicence lui avait répété les mêmes paroles. Le colonel Galbois était un homme sûr : la confiance de l’empereur était bien placée. Cet officier eut des obstacles à vaincre : il les vainquit : il arriva à Châtillon. Les Autrichiens l’ac-cueillirent et le traitèrent avec beaucoup d’égards : il remit sa dépêche… Le 28 mars, à la pointe du jour, un adjudant de l’empereur d’Autriche vint lui annoncer, de la part de son souverain, que la paix était faite, et qu’il était nécessaire que lui, colonel Galbois, se mît sur-le-champ en route pour aller porter cette bonne nouvelle à l’empereur Napoléon. Tous les généraux autrichiens félicitèrent le colonel français : on s’embrassa avec joie et cordialité. L’adjudant de l’empereur d’Autriche, que nous croyons être un des princes de Lichtenstein, répéta, à plusieurs reprises, que chacun des trois grands souverains avait la faculté de traiter et de signer au nom de tous les souverains coalisés… Toutefois le colonel Galbois insistait pour avoir une réponse écrite ; mais le général autrichien, envoyé par l’empereur François, l’assura que cette réponse serait remise immédiatement après sa rédaction, et il l’engagea à laisser un officier aux avant-postes français, afin qu’il reçût et qu’il accompagnât le général autrichien qui devait en être le porteur. Le colonel Galbois laissa le chef de bataillon Guinet… Le colonel Galbois rejoignit l’empereur Napoléon le 29 au matin… »

Le public nous saura gré de lui communiquer aussi les détails d’une autre mission également importante, que l’empereur Napoléon confia encore à la fidélité et à l’intelligence de ce brave officier, dont nous allons répéter la narration[7] :

« Le 6 avril 1814, l’empereur Napoléon me fit appeler auprès de lui. Sa Majesté me chargea d’aller porter une lettre à Marie-Louise : elle me donna des instructions verbales.

Le lendemain, j’arrivai de bonne heure à Blois : l’impératrice me reçut immédiatement. L’abdication de l’empereur la surprit beaucoup. Elle ne pouvait pas croire que les souverains alliés eussent l’intention de détrôner l’empereur Napoléon. Mon père, disait-elle, ne le souffrirait pas ; il m’a répété vingt fois, quand il m’a mise sur le trône de France, qu’il m’y soutiendrait toujours, et mon père est un honnête homme.

L’impératrice voulut rester seule pour méditer sur la lettre de l’empereur.

Alors je vis le roi d’Espagne et le roi de Westphalie. Joseph était profondément affligé : Jérôme s’emporta contre Napoléon.

Marie-Louise me fit appeler. S. M. était très animée. Elle m’annonça qu’elle voulait aller rejoindre l’empereur. Je lui fis observer que la chose n’était pas possible. Alors elle me dit avec vivacité : Pourquoi donc, M. le colonel ? Vous y allez bien, vous ! Ma place est auprès de l’empereur, dans un moment où il doit être si malheureux ; je veux le rejoindre, et je me trouverai bien partout, pourvu que je sois avec lui. Je représentai à l’impératrice que j’avais eu beaucoup d’embarras pour arriver jusqu’à elle ; que j’en aurais bien plus pour rejoindre l’empereur. En effet, tout était dangereux dans cette course.

L’on eut de la peine à dissuader l’impératrice. Enfin elle se décida à écrire.

Je retournai heureusement auprès de l’empereur. Napoléon lut la lettre de Marie-Louise avec un empressement extrême : il me parut très touché du tendre intérêt que cette princesse lui témoignait. L’impératrice parlait de la possibilité de réunir cent cinquante mille hommes ; l’empereur lut ce passage à haute voix, et il m’adressa ces paroles remarquables : Oui, sans doute, je pourrais tenir la campagne, et peut-être avec succès ; mais je mettrais la guerre civile en France, et je ne veux pas… D’ailleurs, j’ai signé mon abdication, je ne reviendrai pas sur ce que j’ai fait.

L’empereur eut la bonté de me remercier de mes services passés, et particulièrement de celui que je venais de lui rendre. »

Au retour des Bourbons, diverses modifications furent, comme on sait, introduites dans l’armée : Louis XVIII créa une maison militaire du roi, à laquelle furent attachées plusieurs compagnies de gardes-du-corps. L’organisation de l’une d’elles fut confiée au prince de Neufchâtel, qui s’empressa d’appeler auprès de lui le colonel Galbois, en le prévenant qu’il l’avait nommé sous-lieutenant dans la compagnie de Wagram ; mais M. de Galbois n’accepta point l’offre du prince. Il préféra conserver le commandement de son régiment (6e de lanciers).

Ce fut avec ce régiment, renommé dans l’armée pour sa bravoure et sa belle tenue, qu’il fit la campagne de Waterloo. Le 6e de lanciers faisait partie du corps du maréchal Ney. — Le 16 juin, il se trouvait posté en face des Quatre-Bras. À deux heures, M. de Galbois reçut l’ordre d’enlever ce village ; mais l’armée anglaise ayant déployé des forces imposantes en arrière de la position, il fut contraint de se replier sur le corps principal. — Tandis qu’il effectuait ce mouvement, deux carrés écossais voulurent lui barrer le passage. — Le colonel Galbois les enfonça par une charge brillante, leur passa sur le corps et rejoignit le gros de l’armée française sans avoir éprouvé de grandes pertes. Dans cette affaire, il fut blessé d’une balle dans la poitrine, ce qui, toutefois, ne l’empêcha point d’assister le surlendemain, à la bataille de Waterloo.

Mis en disponibilité à la seconde Restauration, M. de Galbois, après avoir séjourné quelque temps aux eaux de Barèges pour se guérir de sa blessure, et rétablir sa santé que les fatigues de la guerre avaient altérée, se retira dans sa terre de Moy (département de l’Aisne). — Là, il s’occupa activement et utilement d’agriculture, il s’attacha à populariser les procédés nouveaux de l’industrie agricole, forma des élèves de chevaux, fit venir d’Angleterre des moutons de différentes races, établit des concours de charrues sur ses propriétés, enfin il fut admis dans diverses sociétés d’agriculture, notamment dans la Société royale et centrale d’agriculture de France, à Paris. — Il publia divers mémoires sur l’agriculture. — Nous en avons un sous les yeux, intitulé : Mémoire sur le commerce et la culture du lin et du chanvre dans le département de l’Aisne, remis à la Société académique de Saint-Quentin, dans la séance du 14 décembre 1828. Ce travail est plein de détails, témoignant de connaissances spéciales très étendues. Les divers procédés de culture pour le lin et le chanvre y sont indiqués et comparés. [8]

Lorsque éclata la révolution de juillet, M. de Galbois fut remis en activité. On lui confia d’abord le commandement du département de l’Aisne et, quelques jours après, celui de la Loire-Inférieure et de la Vendée. — Mais il ne se rendit point à cette nouvelle destination, la garde-nationale de Saint-Quentin ayant demandé au ministre de la guerre que le commandement de l’Aisne lui fût laissé. — Ce commandement était alors très important, à cause du voisinage de la Belgique d’un côté, et de Paris de l’autre. Il le conserva jusqu’en 1837, époque à laquelle il fut envoyé en Afrique.

En avril 1831, le commandant de l’Aisne avait été nommé maréchal de camp. — Pendant les années 1834, 1836 et 1837, il fut appelé au camp de Compiègne pour y commander des brigades.

Vers la fin de 1837, M. le général Galbois fut envoyé en Afrique. À son arrivée à Alger, il eut le commandement de la première brigade de l’armée, et fut chargé de l’occupation de Belidah et des camps établis près de cette ville : ce fut lui qui plaça sur les montagnes de l’Atlas les deux blockhaus qui servent à garantir Belidah du côté de Beni-Salah. — Ces deux blockhaus existent encore.

Bientôt le maréchal Valée, appréciant la science militaire et la fermeté intelligente de M. le général Galbois, lui confia le commandement de la province de Constantine. — M. de Galbois conserva ce commandement pendant trois années. — Cette période est certainement la plus importante de sa carrière, et celle qui mérite le mieux d’être signalée. — La tâche qui lui était confiée était rude ; pour la remplir, il fallait à la fois de la fermeté et de l’adresse ; il fallait surtout de la justice. M. de Galbois sut toujours s’élever à la hauteur de sa mission et, pendant ses trois années de commandement, la province de Constantine demeura constamment calme, pacifique et florissante, alors même que le reste de l’Algérie était dévasté par la guerre. Pour bien comprendre quel fut le système par lequel le général Galbois obtint de si remarquables résultats, il est nécessaire que nous jetions auparavant un coup-d’œil sur la province de Constantine.

Cette province est, comme on sait, la plus vaste, la plus riche et la plus peuplée de l’ancienne régence. Sa longueur est d’environ 130 lieues, et sa profondeur de près de 200 lieues. Elle s’étend, d’un côté, de la régence de Tunis jusqu’aux montagnes de Jurjura, et de l’autre, depuis la Méditerranée jusqu’au grand désert. — Ses principales villes sont Constantine, Bone, Bougie, Gigelly, Collo, Stora, Philippeville, Milah, Lacalle, Ghelma, Sétif, Tiffech, Byskarah, Tuggurth, etc.

Du temps des Romains, la province de Constantine devait être très peuplée, si l’on en juge par la quantité de ruines que l’on rencontre de tous côtés. Sa population actuelle peut être évaluée à environ 1 800 000 habitants, d’après les notes fournies par les chefs de tribus.

La ville de Constantine, bâtie sur un plateau très élevé, entourée de rochers et contournée, en grande partie, par une rivière profondément encaissée (l’Oued Rummel), est peuplée de Maures, d’Arabes, de Turcs et Coulouglis, de Kabayles et de juifs. — C’était, avant 1837, une ville de 25 000 âmes. — Il n’en restait pas la moitié après l’occupation des Français : beaucoup avaient péri lors du siège de la place, d’autres s’étaient éloignés du théâtre de la guerre, les Turcs avaient cherché à gagner la frontière de la régence de Tunis, et enfin Achmet Bey avait emmené avec lui tous ceux qui étaient attachés à sa maison.  — Quand le général Galbois a quitté Constantine, tous les émigrés y étaient rentrés.

En 1837, le bey Achmet tenait la campagne avec une armée de 10 000 hommes, infanterie et cavalerie, pendant que le célèbre Ben Aïssa, son premier ministre, défendait la ville qui fut enlevée le 13 octobre, après une vigoureuse résistance.

Une fois Constantine en notre pouvoir, le gouvernement d’Achmet Bey fut bientôt détruit : la domination tyrannique et les cruautés de ce bey lui avaient aliéné l’affection de ses sujets. Abandonné par une grande partie de ses troupes et repoussé par les tribus, satisfaites d’être débarrassées de son gouvernement sanguinaire, Achmet se retira près des frontières de Tunis, avec le peu de partisans qui lui restaient.

Telle était la situation lorsque, le 18 juillet 1838, le général Galbois prit le commandement de la province. La conquête était achevée, mais elle était, pour ainsi dire, encore fruste, rien n’était organisé, il fallait établir, dans ce désordre, au milieu de populations inquiètes et défiantes, un gouvernement stable et régulier. — Pour arriver à ce but par des moyens pacifiques, il importait de s’attacher les populations. Or, la province de Constantine étant, en quelque sorte, un pays de grande féodalité, puisque la race arabe, après avoir asservi les autres races, leur a imposé sa suzeraineté, la meilleure politique à suivre était celle de gagner les grandes familles, les descendants des conquérants arabes, à la cause de la France. — Telle fut l’étude constante du général Galbois. — Les résultats obtenus par ce système en ont prouvé toute l’excellence. — En peu de temps la province changea de face : lorsque M. de Galbois arriva à Constantine, on ne communiquait avec cette ville que par Bone ; encore cette communication était-elle difficile et peu sûre : on ne s’y hasardait qu’en convois bien escortés, partant une fois par mois ; à l’époque du départ du général, la même route était tellement sûre, que deux cavaliers suffisaient pour y escorter les convois les plus importants ; en outre une autre communication avait été établie avec la mer, aboutissant à Stora, auprès de laquelle s’était élevée, dans l’intervalle, comme par enchantement, la jolie ville de Philippeville. — Des routes, des casernes, des hôpitaux avaient été fondés ; la province payait des contributions et fournissait même des troupes indigènes qui servaient fidèlement. — Partout l’autorité française était reconnue et respectée. Dans l’espace de ces trois années, 1838-1841, le gouverneur de Constantine avait fondé des établissements à Milah, Djimmilah et Sétif, étendu ses relations jusqu’aux Portes de Fer et jusqu’au désert, dont les chefs lui étaient dévoués ; il avait battu le frère d’Abd-el-Kader en avant de Sétif, chassé de nouveau complètement l’ancien bey Achmet, qu’il obligea de se retirer dans les montagnes de Tunis, après le brillant combat de la Meskiana, près Tybessa. Enfin, il avait favorisé, par de sages mesures et de nombreux encouragements, le commerce de la province avec la France et imprimé partout, dans les limites de son gouvernement, un vif mouvement d’activité et de prospérité.

Ce qui, avec la politique modérée et conciliante dont il usait avec les chefs de la province, contribua le plus à assurer l’influence du nouveau gouverneur, ce fut la manière équitable, quoique sévère, avec laquelle il s’attacha à distribuer la justice. — Il comprit que les procédés sanguinaires des Turcs ne devaient pas être adoptés par leurs successeurs, et il pensa qu’il ne fallait pas faire résider seulement dans le bourreau toute la force de la justice. — Comme tous les peuples dont l’intelligence est encore inculte, dont les instincts seuls sont activement développés, les peuples de cette partie de l’Afrique, accoutumés du reste aux formes d’une justice sommaire, possèdent admirablement le sentiment de ce qui est équitable ; autant l’injustice les exaspère, autant l’équité dans les jugements leur impose. — Le général Galbois, s’efforçant toujours de proportionner la peine à l’offense, sans jamais tomber dans l’excès de l’indulgence ou de la cruauté, acquit bientôt, parmi eux, cette légitime considération qui s’attache à l’homme à la fois puissant et juste. — À diverses reprises, le gouverneur de Constantine donna des preuves du tact avec lequel il savait appliquer les châtiments. — Ainsi, en 1839, sept Arabes, convaincus d’avoir assassiné un Français, furent condamnés à mort par un tribunal arabe, composé des principaux chefs indigènes. Le général Galbois leur fit trancher la tête ; et l’effet de cette exécution, reconnue juste et bien méritée par tout le monde, fut d’autant plus salutaire dans la province, que le jugement des coupables avait été prononcé par leurs coreligionnaires. — Quelque temps après, le gouverneur trouva, en revanche, utilement à déployer son indulgence dans une autre condamnation capitale, dont la cause était moins grave. — Quatre indigènes accusés d’entretenir des intelligences avec l’ancien bey, dont les entreprises n’étaient plus redoutables, ayant été condamnés à mort, M. de Galbois commua leur peine, et bientôt, à l’occasion de la visite du prince royal à Constantine, il les gracia tout à fait. — Depuis cette époque, ces hommes se sont montrés constamment des sujets dévoués à la France.

Le général Galbois, en même temps, témoignait un grand respect pour la religion, les mœurs et les usages des Arabes. — Quand il vit ceux-ci bien convaincus de sa sincérité à cet égard, il put sans inconvénient faire rétablir, après une interruption de quatorze siècles, la religion chrétienne à Constantine. — Les Arabes ne s’en alarmèrent point. — La cérémonie d’installation du nouveau culte (1er mai 1839), célébrée avec pompe, produisit même sur eux une impression favorable, car, peuple grave et religieux, ils respectent les hommes qui pratiquent un culte, même différent du leur, plutôt que ceux qui affectent l’indifférence ou le scepticisme. — Chez eux un homme sans religion passe pour un homme sans foi.

Nous ne raconterons, du reste, que très succinctement les évènements qui signalèrent le gouvernement de trois années de M. le général Galbois à Constantine, les détails de ces évènements étant du domaine de l’histoire plutôt que du ressort de la biographie.

À son arrivée (en 1838), le nouveau gouverneur s’empressa de visiter les points de la province que nos troupes occupaient. — Il fit établir le camp de Sidi-Tamtam, afin d’assurer la communication de Bone à Constantine, puis il battit les Haractas et les poussa jusqu’à Tiffech. — De là, il revint à Constantine pour y recevoir M. le maréchal Valée.

Le maréchal Valée arrivait à Constantine, afin de prendre part à l’expédition de Stora, port dont la possession était très importante pour nous ; situé à 20 lieues de Constantine, il présente à cette ville une communication avec la mer, beaucoup plus rapide que celle de Bone (Bone est distante de 45 lieues de Constantine). — L’expédition fut donc résolue, et lorsque tout fut prêt pour l’effectuer, M. de Galbois en prévint le maréchal. — L’issue de cette expédition fut des plus heureuses, et nous assura la possession de Stora. — Mais ce port, destiné à servir d’entrepôt à Constantine, n’offrait, comme ville, que de faibles ressources. — En outre, sa situation au pied d’une chaîne de montagnes escarpées, ne permettait point de lui donner un accroissement considérable. — On songea à élever tout auprès, dans la plaine, une autre ville, offrant de plus grandes facilités d’établissement. — On reconnut la plage où s’était élevée jadis la cité romaine de Russicada, et l’on y jeta les fondements de la cité nouvelle que l’on nomma Philippeville. — Le général Galbois présida lui-même aux travaux de la fondation. Philippeville, favorisée par le voisinage de Stora, ne tarda pas à s’accroître considérablement. Elle compte aujourd’hui plus de 5 000 âmes. Ces deux villes se complètent mutuellement, car, ainsi que l’a dit M. Blanqui, Stora est un port sans ville, et Philippeville une ville sans port. [9]

Ces travaux importants occupèrent le gouverneur de Constantine pendant une grande partie de l’année 1838. — Toutefois il fit encore, dans la même année, une expédition dans les Haractas, obtint la soumission du cheick El Arab Boasis Ben Gannah, et enfin (6 décembre), il partit pour Sétif, et occupa Djimmilah après un combat assez vif. — Il prépara ainsi le passage des Bibans (Portes de Fer) qui fut effectué en octobre 1839.

Cette glorieuse promenade militaire, que rehaussa si vivement la présence du prince que la France regrette, ne rencontra aucun obstacle sérieux. — Il ne fut pas tiré un seul coup de fusil depuis Constantine jusqu’aux Bibans. — Arrivé aux Portes de Fer, le général Galbois se sépara du corps principal et rebroussa chemin vers Constantine. — Il n’avait avec lui qu’un petit nombre de soldats, le maréchal Valée ayant pris avec lui les meilleures troupes de sa division, entre autres les 17e léger et 23e de ligne actuellement à Paris. — De plus, on lui confia tous les éclopés et tous les malades de l’armée. Néanmoins son retour fut des plus heureux. Il s’empara, en passant à Sidi-Moussa, d’un dépôt de blé appartenant à Ben-Azouz, kalifat d’Abd-el-Kader ; dans la même ville, il reçut plusieurs chefs indigènes des environs qui vinrent apporter leur soumission. M. de Galbois se dirigea alors sur Sétif, en passant par Bodji-Medjana et Sidi-Embarack. La veille de son arrivée à Sétif, ses éclaireurs vinrent lui annoncer que l’on apercevait dans le lointain un assez grand nombre de cavaliers qui descendaient des montagnes derrière les colonnes. Le général Galbois se rendit immédiatement à l’arrière-garde, ordonna au convoi de continuer sa marche et cacha un escadron de chasseurs dans un pli de terrain. Dans cette position il attendit l’ennemi, qui ne tarda pas à s’approcher et à nous envoyer quelques balles. M. de Galbois simula alors un mouvement de retraite qui enhardit les cavaliers de la tribu insoumise des Righad del Raz ; ils fondirent sur le convoi, mais en ce moment même, ils furent pris en flanc par les chasseurs embusqués, commandés par le capitaine Marion, qui les poursuivirent pendant près d’une heure et en firent un grand carnage. — Ce fut le seul combat que nos troupes eurent à soutenir dans cette expédition. M. de Galbois s’arrêta quelques jours à Sétif pour organiser le service, il y laissa quelques troupes, puis il rentra paisiblement à Constantine en passant par les Abd-el-Noor.

Ce fut à son retour qu’il reçut du prince royal une lettre des plus flatteuses que nous reproduisons ici[10].

Lettre adressée à M. le général Galbois après l’expédition des Bibans.

« Je ne puis quitter l’Afrique, mon cher général, sans vous demander de conserver un souvenir du brillant voyage que j’ai fait à travers une province où vous faites tant de bien ; et où vos constants efforts sont couronnés de tant de succès. Veuillez accepter mon chiffre comme un témoignage de tout le plaisir que j’ai eu à constater par moi-même les bons résultats que votre administration a obtenus ; et recevez, mon cher général, la nouvelle assurance de tous les sentiments que vous me connaissez pour vous.

Votre affectionné,

Ferdinand-Philippe D’Orléans.

Alger, 7 novembre 1839. »

À la fin de 1839, la province de Constantine se trouvait dans un état de paix complet. Abd-el-Kader avait vainement tenté d’y nouer des intrigues. La présence du duc d’Orléans avait efficacement contribué à rallier tous les grands chefs à la cause de la France, et l’établissement de camps français à Milah, à Aïn-Khachebah, à Djiramilah et à Sétif, acheva d’assurer l’obéissance de la province.

L’an 1840 y fut marqué par diverses expéditions. En mai, le général Galbois entreprit de réduire les Haractas, peuplade jusqu’alors insoumise et dont aucun frein n’avait pu encore retenir l’humeur tracassière et indomptable. Il les battit près de Tebessa et leur fit une razzia de 30 000 têtes de bétail. Épouvantés, ils se soumirent et payèrent, sans résister, une contribution de 100 000 boudjous qui leur fut imposée. Le cheick de Tybessa et quarante-deux chefs des tribus environnantes vinrent à Constantine pour y recevoir l’investiture des mains du général.

Quelque temps après, le frère d’Abd-el-Kader faisait une tentative contre la province et essayait d’y organiser une insurrection. Non seulement il ne réussit point à atteindre son but, mais ce furent les indigènes eux-mêmes qui se chargèrent de le repousser.

Voici comment une correspondance du Toulonnais (août 1840), appréciait, à cette époque, l’administration de M. de Galbois dans la province de Constantine :

« Pour donner une juste idée de la puissance de la domination française dans la province et de la crainte qu’inspire aux Arabes la justice sévère du lieutenant-général commandant, nous n’aurions qu’à citer mille faits qui se passent sous nos yeux. Le paiement régulier des contributions est celui qui prouve le mieux tout le parti qu’a su tirer de sa haute position le digne commandant qu’on a placé à notre tête. Il ne s’est point laissé aller, comme tant d’autres, à la faiblesse ni à l’injustice ; il a cherché à établir son pouvoir sur des bases solides, et il y a complètement réussi. Les Arabes, qui savent apprécier les hommes, l’ont trouvé ferme et impartial ; ils l’estiment et le vénèrent. Chaque jour apporte une preuve de leur complète soumission. L’influence morale qu’exerce sur les masses qui l’entourent le général Galbois est immense. Il a su attirer à nous les Arabes en leur assurant les libres relations du commerce et en les effrayant par les châtiments infligés à ceux qui se sont révoltés contre son autorité. »

Le commerce de la province se trouvait dans l’état le plus prospère. À la fin de novembre 1840, le chiffre des traites sur la France prises chez le payeur, s’élevait à 4 millions, et les contributions s’élevaient, pour le blé, à 2 677 quintaux métriques ; pour l’orge, à 7 466 ; pour la paille, à plus de 2 000 charges.

Fatigué de trois années de travaux continuels, voyant d’ailleurs la province de Constantine dans la situation la plus florissante, le général Galbois demanda son rappel au commencement de 1841. Le 2 février, il adressa aux soldats la proclamation suivante :

 « SOLDATS DE LA DIVISION DE CONSTANTINE,

Au moment de me séparer de vous, j’éprouve le besoin de rendre un témoignage éclatant à votre bravoure, à votre noble modération et à votre excellente discipline : pendant les trois années que je vous ai commandés, les travaux, les fatigues, les privations de la guerre d’Afrique, rien n’a pu ébranler votre énergie : votre courage s’est signalé à Mons, aux Aractas, Sétif, Aïn Turko, Medjazergha, au col des Ouled-Braham et dans toutes les occasions où l’ennemi a osé nous attendre : jamais nos armes n’ont éprouvé d’échec. Si la province de Constantine a pu échapper à l’agitation qui a troublé l’Algérie et demeurer calme et soumise, on peut dire que c’est à vous, à vous seuls qu’elle le doit.

Chacun de vos pas dans cette province est marqué par des travaux que les Romains ne désavoueraient pas : vous avez relevé de ses ruines l’antique Russicada, et préparé de belles destinées à une colonie nouvelle : vous avez construit les camps d’El-Arouch, des Toumiettes, Smendou, Sidi Tamtam et Mahalla, créé des places importantes à Milah, Djimilah et Sétif, et parcouru en vainqueurs le pays jusqu’aux Portes de Fer et près des frontières de Tunis.

Honneur à vous, braves soldats ! Vous avez répondu à ce que le nom français exigeait de vous ! Je suis fier de vous avoir commandés ! Recevez ici les adieux d’un chef qui conservera toute sa vie un précieux souvenir du temps qu’il a passé au milieu de vous.

Constantine, 2 février 1841.

Le lieutenant-général commandant supérieur
de la province de Constantine,

Baron Galbois. »

Le départ du gouverneur provoqua les regrets de tous les habitants. Les chefs du désert vinrent à Constantine pour lui faire leurs adieux et ils l’accompagnèrent même jusqu’à Philippeville, en l’assurant que la mer seule pourrait les séparer de lui. À son arrivée à Marseille, il reçut encore une lettre écrite au nom de la population arabe, par les cheicks El-Baled et El-Nader, les muphtis et les cadis de Constantine. Cette lettre est trop remarquable par la forme et trop significative par le fond pour que nous ne la reproduisions pas :

« À Sa Seigneurie, le magnifique, l’honorable, le glorieux, celui qui a pour attributs, la bonté, la sagesse, la bienveillance, le lieutenant-général baron de Galbois, à qui Dieu a accordé la prudence et la justesse dans ses vues.

Après les informations les plus empressées sur tout ce qui vous intéresse et approche votre précieuse personne ;

Nous avons appris que l’auguste, le magnanime gouvernement français avait désiré vous voir retourner en France. Nous éprouvons une bien vive peine au moment de nous séparer de vous ; car vous avez comblé de bienfaits tous les habitants de votre ville ; vous les avez toujours traités avec une bienveillance extrême, vous avez rendu, par votre bonté, le service du gouvernement français utile et doux pour tout le monde ; personne ne vous a imploré en vain, et la justice a toujours été satisfaite. Vos bienfaits vous ont attiré l’amour et la reconnaissance de tous les habitants de votre ville qui vous aiment comme vous les aimez.

Nous vous prions de présenter nos hommages respectueux à Leurs Altesses les illustres, les magnifiques, les très nobles princes le duc d’Orléans et le duc de Nemours. Nos cœurs conservent la plus vive reconnaissance pour tous les bienfaits qu’ils nous ont fait accorder.

Nous vous supplions aussi de vouloir bien nous rappeler à la bienveillance du gouvernement français, nous, les habitants de votre ville, qui ne pouvons vivre que sous votre protection, et grâce à la paix que vous faites régner dans ce pays. Nous sommes heureux de vivre sous votre obéissance ; car la paix est le plus grand bien que Dieu accorde à ses enfants : c’est la nourriture, le bonheur, la santé. Que le Tout-Puissant veille sur vous et les jours et les nuits.

Écrit par l’ordre du cheik El-Beled, les ulemas et les habitants de Constantine. Que Dieu les garde !

Le 3 zelhidji 1256 (1er février 1841.)

Sont apposés les cachets de SY-MOHAMMED-EL-FEGOUN-CHEIKH-EL-BELED, de SY-MOUSTAFA-CADI-HANIFI, de SY-EL-MEKI-CADI-MALEKI, de SY-AHMED-NADER, et les signatures de SY-MOHAMMED-BEN-EL-CHEIKH-FAT-ALLAH-MUPHTI-HANIFY, et SY-MOHAMMED-MUSPHETI-MALEKI.

Pour traduction conforme :

L’interprète de première classe,

Urbain.

Constantine 1er février 1841. »

Un journal, en reproduisant cette pièce, la faisait suivre des réflexions suivantes :

« La province de Constantine est aujourd’hui dans un état progressif de pacification et de prospérité. C’est la seule de nos possessions en Afrique, où l’ennemi ne se soit jamais présenté sans être battu et châtié, la seule où nos alliés aient toujours trouvé appui dans nos armes, la seule enfin où l’on puisse, sans danger de pillage, confier aux Arabes eux-mêmes le transport des marchandises et des groups.

M. le général Négrier, qui est appelé à remplacer le général de Galbois, a déjà donné des preuves d’une grande capacité ; nous souhaitons toutefois qu’il ne change pas le système établi par son prédécesseur dans la province de Constantine, et qu’il comprenne que s’il est glorieux de commencer l’œuvre de la colonisation sur un pays conquis, il est également glorieux de l’achever. »

De retour d’Afrique (mars 1841), le général Galbois ne tarda pas à être employé très activement. Il fut nommé d’abord inspecteur-général du premier arrondissement de gendarmerie, et bientôt après, appelé au commandement d’une division d’infanterie au camp de manœuvre qui eut lieu à Compiègne. Enfin, en 1842, il a été nommé inspecteur-général de cavalerie de l’arrondissement dont Paris fait partie.

M. le baron de Galbois a été élevé au grade de lieutenant-général en 1836, à la suite de la prise de Stora. Il a été nommé, en 1839, après le passage des Portes de Fer, grand officier de la Légion d’Honneur, en récompense de ses services à l’armée d’Afrique. — Il avait été nommé chevalier de la Légion d’Honneur à la bataille d’Ekmulh, officier du même ordre à la bataille de la Moskowa, et commandeur en 1814, après la campagne de France. Il est aussi chevalier de l’ordre royal et militaire de Saint-Louis[11].

 

 

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[1] Un cimeterre est un sabre typique du Moyen-orient.

[2] Entré dans une publication aux intérêts proprement nationaux, Molinari ne pouvait réfréner la passion qu’il manifestait pour la politique étrangère. Ce qui est digne d’attention, c’est qu’il parvint à faire accepter cette inclination et à insérer une pièce biographique telle que celle que nous lisons.

[3] Les propriétés de la plupart des mosquées sont très considérables. Elles consistent généralement en terres affermées par des baux viagers ou à terme. Les revenus en sont consacrés à la solde du clergé, à l’entretien du culte et des cérémonies ainsi que des édifices religieux. Le surplus en est réservé, porté dans un trésor particulier et compté, en cas d’urgence, au nombre des ressources de l’État. (Note de Molinari.)

[4] Un frère du général Galbois servait dans l’armée royale de la Vendée ; — il y fut tué. — Un autre s’enrôla plus tard dans le 8e de hussards à l’armée du Rhin. — Un de ses oncles (Galbois de Janigand) était officier du génie militaire ; il est mort à Saint-Domingue colonel de cette armée. — Un second (Galbois du Buisson), officier de la marine royale, mourut à l’île de France par suite de ses blessures. Plusieurs autres de ses parents étaient officiers avant la Révolution. (Note de Molinari.)

[5] Le Pilote du 28 septembre 1825, a donné, sur cet épisode de la guerre de la Péninsule, des détails intéressants que nous avons, en partie, reproduits. (Note de Molinari.)

[6] Nous croyons devoir citer, à titres de documents, deux pièces relatives à cette grande inspection :

« Paris, 3 mars 1812.

Monsieur le général duc d’Abrantès,

Monsieur le duc, l’empereur désire que j’envoie un de mes aides-de-camp à votre quartier-général, pour que vous fassiez connaître ce qui peut manquer à l’organisation du corps d’observation d’Italie, telle qu’elle a été prescrite : j’ai désigné M. le chef d’escadron chevalier de Galbois.

D’après les intentions de Sa Majesté, M. le chevalier de Galbois ira voir les officiers-généraux du corps d’observation d’Italie, il visitera les cantonnements, et après avoir reçu toutes vos notes, il reviendra rendre compte directement à l’empereur, tant pour ce qui a rapport à la situation de ce corps d’armée, que pour faire connaître à Sa Majesté l’esprit du pays.

Je vous prie, Monsieur le duc, d’accueillir avec bonté M. le chef d’escadron de Galbois, et de lui faciliter les moyens de pouvoir répondre aux questions que Sa Majesté pourrait avoir à lui faire à son retour.

Le prince de Wagram et de Neufchâtel, major-général,

ALEXANDRE. »

Instructions pour M. le chef d’escadron Galbois.

« Monsieur le chef d’escadron Galbois, vous partirez sur-le-champ pour vous rendre au quartier-général du duc d’Abrantès, à Augsbourg. Vous vous entretiendrez avec lui sur la situation de son corps d’armée, et vous lui demanderez les notes qu’il aura à vous remettre à l’égard de ce qui pourrait manquer à l’organisation arrêtée pour son armée, infanterie, cavalerie, artillerie, équipages du train, administration, ambulances, payeurs de l’armée ; vous verrez :

La 15e division du général Delzons, à Ratisbonne,

La 14e           id.                                      id.                       Broussier,            à Nuremberg.

La 15e           id.                              id.                               Pino,                                                          à Nordlingen.

La 3e division de cavalerie légère du général Kellermann, à Ratisbonne et Nuremberg.

La division de dragons du général Lahoussaye, à Augsbourg.

La 12e brigade de cavalerie légère du général Ferrière, à Augsbourg.

La 13e brigade de cavalerie légère du général Villatte, à Nordlingen.

La garde royale italienne à Augsbourg.

Les commandants du génie et de l’artillerie.

Vous causerez avec eux sur l’établissement de leurs troupes.

Si vous rencontrez des troupes sur votre route, vous questionnerez les chefs ; vous verrez si nos troupes tiennent une bonne discipline ; vous direz au maréchal et aux généraux, que l’empereur leur recommande instamment de se conduire dans le pays des princes de la Confédération, avec les mêmes égards qu’on aurait dans l’empire français. Vous chercherez à connaître l’esprit du pays ; enfin, vous vous mettrez à même de répondre à toutes les questions que l’empereur pourra vous faire à votre retour.

Paris, 9 mars 1812.

Le prince de Wagram et de Neufchâtel, major-général,

ALEXANDRE. »

(Note de Molinari.)

[7] En racontant les exploits de cet officier de Napoléon, Molinari rendait hommage, par une voie détournée, à son vieux père, dont il était maintenant tenu éloigné. L’écriture de ce morceau, qui naturellement n’est pas le meilleur qu’on ait de lui, ne put manquer de flatter un peu son amour-propre.

[8] À la même époque, Charles Coquelin (né à Dunkerque en 1802), un futur ami et collègue de Molinari dans bien des entreprises, publiait divers travaux sur le même sujet, dont il avait fait l’une de ses spécialités. Voir notamment son Essai sur la filature mécanique du lin et du chanvre, Paris, 1840.

[9] L’économiste libéral Adolphe Blanqui (né à Nice en 1798), à ne pas confondre avec son frère cadet Auguste, socialiste révolutionnaire. Les propos mentionnés ici se trouvent dans Algérie. Rapport sur la situation économique de nos possessions dans le nord de l’Afrique, lu à l’Académie des Sciences morales et politiques dans les séances du 16, 23 et 30 novembre 1839, Paris, 1840, p. 84. Blanqui défendait la colonisation avec passion et une certaine absence de scrupules, recommandant par exemple l’éviction des populations locales en Algérie pour permettre l’introduction de modes de culture plus modernes. — Dans le prochain volume, la notice sur la faible adhésion des économistes libéraux à la liberté des échanges sera l’occasion de fournir également quelques renseignements sur la tentation colonialiste à laquelle tant d’entre eux succombèrent alors.

[10] Le fac simile de cette lettre a été placé en tête de la biographie du prince royal, publiée par M. Ad. Pascal. (Note de Molinari) — Ce livre d’Adrien Pascal date de 1842.

[11] M. le baron de Galbois a un fils, Eugène de Galbois, qui, à peine âgé de dix-huit ans, est allé le rejoindre en Afrique, et a fait avec lui la campagne des Portes de Fer. — N’étant point engagé encore, à cette époque, cette campagne ne compte pas dans ses services. Entré ensuite comme lancier au 2e régiment, il est actuellement fourrier. (Note de Molinari)

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