Les devoirs de la Chambre nouvelle et la politique coloniale

En octobre 1885, les élections législatives font basculer la majorité politique du pays et envoient à l’Assemblée des députés qui s’engagent à ne plus poursuivre les errements récents de la politique coloniale française. Pour Paul Leroy-Beaulieu, les atermoiements du passé sont en effet à condamner, et une nouvelle voie, plus cohérente et plus ferme, est à suivre : mais le bienfondé de la colonisation de saurait être renié, dit-il. Abandonner désormais le Tonkin, Madagascar, ou nos autres possessions en Afrique, ce serait se couvrir de honte sur la scène du monde, livrer nos nationaux et nos commerçants à toutes les injures possibles, et laisser d’autres nations s’emparer des dépouilles que nous laisserions. — Ce texte, d’un colonialisme fervent, offre un contraste saisissant avec le discours de Frédéric Passy contre la colonisation au Tonkin, prononcé quelques semaines plus tard. Telles étaient les frictions du libéralisme d’alors.


Paul Leroy-Beaulieu, « Les devoirs de la Chambre nouvelle et la politique coloniale », L’Économiste français, 14 novembre 1885.

Dans la Chambre nouvelle que nous ont faite les élections du 4 et du 18 octobre, les opinions sont, sans doute, très divisées ; on aura bien de la peine à les mettre assez d’accord pour rendre facile le fonctionnement régulier de l’administration et du gouvernement. Les 200 députés de droite, les 200 radicaux et les 170 soi-disant modérés qui, pour la plupart, sortent tout ahuris de la dernière campagne électorale, vont être fort embarrassés pour faire marcher correctement la machine gouvernementale. Heureusement celle-ci est animée d’une impulsion qui, pour être déjà ancienne, ne laisse pas que de la faire tourner et de remuer tous ses vieux rouages, lesquels, avec plus ou moins de grincements et de frottements, accomplissent à peu près d’une façon automatique le gros et l’indispensable de leur besogne. S’il fallait attendre que tous les atomes crochus du monde parlementaire vinssent à se réunir harmoniquement pour sortir du chaos, nous risquerions fort de voir s’écouler les quatre années de vie de la Chambre nouvelle avant que cette œuvre de groupement fût passablement avancée. Ce sera le cas de vérifier l’exactitude du mot célèbre de l’abbé Galiani : Il mondo va da se ; le monde marche tout seul ; car si le monde ne marche pas tout seul, il est à craindre que ce ne soit pas nos députés qui lui donnent une allure ferme et rapide.

Au milieu de toutes les divergences d’aspirations, nous n’osons pas dire de conceptions et de pensées, qui se manifestent dans notre Parlement, c’est encore une bonne fortune de constater qu’on est au moins d’accord sur l’ordre des questions qui doivent les premières occuper la représentation nationale. Les deux questions principales et urgentes sont celle de la politique coloniale et celle des finances publiques. Quoique nos finances, non seulement nationales mais départementales et même communales, ne soient pas dans un état qui réjouisse les citoyens intelligents, on a de ce côté le temps de respirer. Un répit de deux ou trois mois peut bien être accordé à nos ministres et à nos députés pour qu’ils se rendent compte de la situation financière réelle et des mesures qu’elle comporte ou qu’elle impose. Les affaires de la France ne seront pas considérablement compromises parce qu’on aura remis au mois de janvier ou de février l’inventaire et le bilan de nos dépenses et de nos recettes, de nos charges et de nos ressources. Au contraire, la question de la politique coloniale est absolument pressante : ici il ne peut plus y avoir d’hésitation ni de délai ; dans le courant de cette session même le Parlement doit prendre des résolutions nettes. C’est pour cette raison que nous interrompons nos études sur la ville de Paris et la propriété immobilière ; il y a une question plus urgente, en effet, qui importe plus à l’honneur sacré du pays, à ses intérêts permanents, à sa renommée et à son influence dans le monde. Qu’allons-nous faire aux colonies ?

L’administration précédente a montré une activité incohérente et déréglée sur le terrain colonial. Elle a conduit à bonne fin, non sans quelques hésitations, une de ses entreprises, celle de Tunisie. Sans être aussi heureuse au Sénégal, elle nous y laisse une situation qui n’est pas mauvaise et qui n’a besoin, pour se développer et s’affermir, que d’un peu de persévérance.Au Congo, on nous a constitué un domaine qui, pour le moment, est un peu platonique et le restera longtemps, mais qui a le mérite de ne nous coûter cher ni en argent ni en hommes. L’avenir, non pas celui de demain, mais celui d’après-demain, c’est-à-dire du siècle prochain, dira quel parti on peut tirer du Congo. Pour le moment nous n’avons qu’à continuer des explorations qui n’induisent pas en de grands frais ; ce n’est pas une possession embarrassante ; elle ressemble à ces vastes terres qui ne sont pas en culture et qui venant à être mises en vente sont achetées pour une obole par un riche propriétaire, ne sachant souvent ce qu’il en fera, mais se disant qu’une telle acquisition ne le chargera pas lourdement, peut-être même lui rapportera un jour et que, en tout cas, il vaut mieux qu’il soit à lui qu’à un autre.

Sur ces trois points donc il n’y a pas de difficultés, du moins de grandes difficultés. Il en est tout autrement du Tonquin et de Madagascar. Nous guerroyons dans le premier de ces pays, depuis une douzaine d’années, si l’on se reporter à nos premières incursions, aux échauffourées de Francis Garnier, mais sérieusement depuis quatre ans. Quant à Madagascar, on ne peut pas dire que nous y guerroyons ; nous avons débarqué dans un pays qui a une fois et demie l’étendue de la France quelques compagnies de marins et d’infanterie de marine, et avec quinze cents hommes, tout au plus deux mille, nous occupons des postes situés dans les districts les plus divers et les plus éloignés les uns des autres.

L’œuvre du Tonquin et celle de Madagascar sont à des degrés divers d’avancement. Au Tonquinnous possédons toutes les places fortes du Delta et même celles des défilés des montagnes, quoique nous ne soyons pas rentrés à Langson et que nous nous trouvions assez loin de Laokaï. Nous avons un traité en bonne forme avec la Chine. Hué nous appartient et nous avons installé un nouveau roi d’Annam. Jugeant que le Cambodge nous était rattaché par un lien trop lâche, nous l’avons assujetti à une dépendance plus étroite. Nous nous sommes créé un parti parmi les indigènes de cette vaste région ; nous avons invité les Annamites à se grouper sous notre drapeau, nous en avons constitué un grand nombre en régiments ; nous avons compromis une forte partie de la population du pays ; nous nous sommes engagés d’honneur envers elle à la soutenir, à la défendre contre ses oppresseurs ; nous l’avons prise solennellement sous notre protection, et la protection d’un peuple ne doit pas plus être un vain mot que la protection d’un homme. Dans une moindre mesure, nous avons fait de même à Madagascar ; nous avons fait appel aux Sakalaves contre l’oppression des Hovas ; nous avons soulevé nous-mêmes ces races assujetties, et nous avons remis notre drapeau entre leurs mains.

Qu’on le sache bien, l’honneur de la nation française est engagé de la façon la plus formelle. L’honneur d’un peuple est quelque chose de plus délicat encore et de plus important que l’honneur d’un homme ; car un homme ne passe que quelques dizaines d’années sur la terre et une peuple y passe des séries de siècles ; or, toute tache à l’honneur d’un peuple dure autant que ce peuple même, le suit dans toute son existence, lui inflige pendant toute sa vie la déconsidération, écarte de lui la confiance, et le diminue dans toute ce qui le fait respecter et prospérer. Un homme, en outre, qui faillit à l’honneur, qui abandonne ceux qu’il a volontairement compromis, peut espérer d’échapper par l’obscurité à l’infamie, suite naturelle et nécessaire de sa faiblesse ; un homme peut changer de lieu, même de nom, s’établir parmi d’autres hommes qui ne l’ont pas connu et ignorent ses antécédents. Un peuple n’a pas cette triste ressource : ce qu’il fait, tout le monde le connaît ; les lâchetés qu’il commet, l’univers entier en est immédiatement instruit. Tous ceux qui sont en rapport avec lui savent sa conduite sur tous les coins de la terre. Abandonnez le Tonquin, abandonnez Madagascar : ce ne sera pas seulement un immense éclat de rire chez les Chinois, chez les Pavillons Noirs, chez les Hovas ; ce ne sera pas seulement un gémissement douloureux, suivi de massacres, chez les Annamites qui avaient cru à notre parole, chez les Sakalaves qui avaient pensé que la nation française était une nation sérieuse. Non, le retentissement sera beaucoup plus grand.

On saura dans toute l’Asie, dans toute l’Afrique et dans toute l’Europe que la nation française n’a ni esprit de suite, ni générosité.Vous évacuerez le Tonquin et l’Annam, mais le lendemain il faudra vous battre en Cochinchine ou évacuer la Cochinchine elle-même. En Tunisie, dans le Sahara, toutes les tribus seront instruites de la pusillanimité française. Puisqu’on aura ainsi abandonné furtivement une terre où le sang français aura coulé pendant dix ans, les indigènes algériens et tunisiens se diront qu’on pourrait bien abandonner aussi et la Tunisie et l’Algérie ; leur espoir renaîtra ; à la moindre occasion qui leur paraîtra favorable, ils voudront montrer qu’ils valent bien les Pavillons Noirs et qu’une nation qui recule devant ceux-ci doit reculer aussi devant les Arabes. J’étais à Tunis quand y arriva la nouvelle de notre échec de Langson ; dans les quartiers arabes on lisait, on commentait cette nouvelle et le mouvement d’adhésion à notre cause en était immédiatement arrêté.

Vous évacuerez le Tonquinet Madagascar, soit ; mais alors rappelez vos consuls et vos commerçants de toutes les parties du monde. Car que voulez-vous que assez vos consuls en pays étranger et quelle protection pensez-vous que puissent trouver vos commerçants ? Supposez qu’un de vos négociants ait une difficulté avec un gouvernement quelconque, qu’il soit victime d’une avanie, vous demanderez une réparation, mais quelle force aurez-vous pour vous faire respecter ? Chacun saura que vous êtes une nation qui se replie toujours ; chaque peuple, grand ou petit, pensera qu’il vaut bien les Pavillons Noirs et les Hovas ; et comme vous aurez montré que votre courage et vos ressources ne sont pas à la hauteur des Hovas et des Pavillons Noirs, on infligera aux négociants français, sur toute l’étendue de la terre, le sort qu’ils mériteront, comme faisant partie d’une patrie efféminée, pusillanime, imprévoyante. Quoi ! Vous avez un commerce d’exportation de 3 milliards et demi de francs, dont plus d’un millard et demi d’articles manufacturés, et vous voulez proclamer hautement devant le monde entier que vous renoncez à toute action extérieure et que le premier venu, petit ou grand, qui voudra vous offenser, vous molester et vous résister, vous fera trembler ! Une nation commerçante doit savoir se faire respecter : Carthage le savait, et Venise, la Hollande et l’Angleterre le savent encore. Vous irez clandestinement, en un mois, vous sauver du Tonquinet de Madagascar, au moment où l’Angleterre entre en Birmanie, au moment où la petite Espagne se relève dans l’opinion du monde en montrant les dents à la première puissance d’Europe pour un îlot qui fait partie de ses antiques possessions.

Envérité, quand on lit les résolutions qui ont été proposées dans certaines réunions dites préparatoires de membres du Parlement, on est saisi d’indignation. On se demande où ces gens-là ont appris l’histoire et quels est leur prévoyance de l’avenir. Ils se trompent, d’ailleurs, complètement sur le sens des élections dernières.

Nous nous sommes expliqué bien des fois sur ces élections et nous avons, avant et depuis le 4 octobre, indiqué les divers griefs qui ont soulevé le corps électoral français contre la Chambre dernière. Ces griefs sont très nombreux et de diverse nature. Celui qui a exercé le plus d’influence sur les élections, nous l’avons indiqué ici nettement et les correspondants que le journal Le Temps envoie faire une enquête dans les départements l’ont confirmé, c’est le grief religieux, ou plutôt l’aversion contre la politique mesquine, haineuse de la Chambre dernière dans les affaires de culte et d’école. Il n’est pas un bon observateur qui ne déclare que c’est là le mobile qui a ramené à droite plus d’un million d’électeurs. Le second grief, c’est la mauvaise, la partiale, la prodigue administration aussi bien dans les communes et dans les départements qu’au centre même du gouvernement ; ce sont les procédés inquisitoriaux, vexatoires, arbitraires, la dilapidation, les infractions à l’esprit conservateur, les faveurs administratives distribuées aux moins dignes : voilà par ordre d’influence sur le corps électoral le second motif qui a provoqué un revirement dans les élections. Le troisième grief, c’est l’état général des affaires commerciales et agricoles. Le quatrième enfin, mais seulement le quatrième, c’est la façon imprévoyante, décousue, dont on a conduit depuis quatre ou cinq ans notre politique coloniale. Qu’on remarque bien les termes que nous employons : ce quatrième grief, qui n’a été qu’un faible appoint, porte non pas sur la politique coloniale elle-même, mais sur la déplorable manière dont on l’a dirigée. Il est inexact que le pays se soit prononcé contre une politique coloniale raisonnable, ferme, persévérante autant que prudente: la preuve en est que, parmi les députés de la droit qu’il a réélus à de fortes majorités, il en est des plus notables qui avaient adhéré d’une manière ouverte et retentissante au principe même de l’extension de notre colonisation.

Ce que le pays a condamné avec raison, ce que nous avions nous-même condamné cent fois dans ce journal, c’est l’imprévoyance inouïe et l’incapacité persistante qu’on a montrées dans la direction des affaires du Tonquin et de Madagascar. On a rendu beaucoup plus coûteuses en hommes et en argent des entreprises qui, conduites avec plus de franchise et de résolution, n’auraient été nullement périlleuses. On n’a pas su saisir le moment opportun pour faire la paix ; on a greffé maladroitement une nouvelle expédition, celle de Formose, sur celle du Tonquin. En n’envoyant jamais que des effectifs insuffisants, il semble que l’on se soit proposé d’apprendre aux Chinois et aux Hovas à faire la guerre et, sinon à nous vaincre, du moins à nous résister. Le pays a blâmé tout ce désarroi, et nous l’en félicitons.

On a voulu faire une politique coloniale en dehors de toutes les conditions requises pour conduire à bonne fin des entreprises lointaines, notamment sans constituer une armée coloniale, c’est-à-dire une armée qui soit exclusivement composée d’éléments exotiques et de Français volontairement engagés, une armée d’hommes faits qui ne serait pas prélevée sur le contingent annuel parmi nos jeunes gens de 20 à 21 ans, lesquels sont absolument impropres à un service lointain. Vingt fois ici depuis quatre ou cinq ans nous avons demandé la création de cette armée coloniale. On a mis quatre ans à faire la sourde oreille, et quand on s’est décidé, l’an dernier, à présenter aux Chambres un projet dans ce sens, il arrive que ce projet est tout à fait insuffisant, qu’il fait entrer dans l’armée coloniale des éléments qui ne devraient pas en faire partie.

Le corps électoral a donc eu grand’raison de blâmer sévèrement la conduite de nos expéditions du Tonquin et de Madagascar. Mais les députés qui infligeraient à la France la honte d’abandonner ces deux contrées peuvent se considérer comme assurés que, s’ils réussissaient dans leur dessein, le corps électoral, qui n’a pas perdu tout sentiment patriotique, leur reprocherait amèrement d’avoir souillé le nom français, d’avoir déshonoré la France auprès de ceux qui s’étaient mis sous sa protection et d’avoir livré désormais à toutes les avanies, à tous les dénis de justice les commerçants et les nationaux français sur toute la surface de la terre.

Ce qu’il faut, c’est modifier la direction de notre politique coloniale, c’est ne pas engager légèrement des entreprises nouvelles, mais, par la fermeté et la résolution, terminer par un succès définitif, non par un échec, celles de ces entreprises qui sont en cours. Il faut renoncer aux demi-mesures ; il ne faut pas se bercer de l’idée décevante des occupations restreintes ; il ne faut pas affaiblir nos effectifs : il convient, au contraire, de les maintenir, même de les augmenter, pour qu’on obtienne promptement la reconnaissance de tous nos droits. Si l’on avait agi ainsi dès le début, l’affaire du Tonquin et celle de Madagascar seraient, l’une et l’autre, depuis longtemps terminées par le fonctionnement régulier de notre administration dans le Tonquin d’une part et sur une partie de Madagascar de l’autre. Ce qu’il faut surtout, c’est éviter qu’on croie au dehors à la possibilité de notre retraite. Qu’on lise les articles de M. Camille Rousset sur les Commencements d’une conquête (celle de l’Algérie), on verra combien les indécisions des anciennes Chambres ont aggravé et perpétué les difficultés en Afrique. Ne recommençons pas les mêmes fautes au Tonquin et à Madagascar. Constituons, sans plus tarder, une armée coloniale sérieuse, qui se recrute en dehors du contingent annuel. Il y a dans toute nation et notamment en France deux ou trois douzaines de milliers d’hommes qui n’ont aucun goût pour la vie civile, qui feraient de bons soldats pour dix, quinze ou vingt ans, si on les sollicitait par des primes d’engagement. C’est un tort de notre pays de n’avoir pas su utiliser ces forces ; c’est peut-être une des causes du redoublement de vagabondage, de délits et de récidives depuis quelques années. L’armée coloniale, par l’appât des primes et d’une vie ayant quelque saveur d’aventures, peut purifier ces éléments. Que l’on ne se berce pas d’illusions et que l’on agisse avec fermeté et esprit de suite comme il convient à une grande nation. On a fait trop d’efforts pour l’Extrême-Asie et à Madagascar pour qu’on renonce à en recueillir les fruits. À la politique coloniale irrésolue, fantasque, de l’ancienne Chambre et de l’ancien ministère, qu’on substitue une politique coloniale intelligente, prévoyante, persévérante, où l’on proportionne toujours les moyens à la fin poursuivie. C’est la seule façon de nous assurer au dehors une paix durable, d’éviter des insurrections dans nos anciennes colonies et d’assurer à la fois le respect du nom français, des intérêts de nos nationaux et de notre commerce.

Paul Leroy-Beaulieu.

A propos de l'auteur

Journaliste, économiste et homme politique, Paul Leroy-Beaulieu est l’une des grandes figures du libéralisme français de la seconde moitié du XIXe siècle. Fondateur de l’Économiste français en 1873, il succède en 1880 à son beau-père, Michel Chevalier, à la chaire d’économie politique du Collège de France. Connu pour ses positions sur la colonisation, il est aussi l’auteur de nombreux ouvrages, dont L’État moderne et ses fonctions (1889).

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