Les trade’s unions et l’Association internationale des travailleurs

À la veille de l’embrasement révolutionnaire de la Commune de 1870, le jeune Paul Leroy-Beaulieu analyse le développement des syndicats ou trade’s unions en Angleterre, ainsi que la récente organisation française, aux allures menaçantes, connue sous le nom d’Association internationale des travailleurs. Il examine ses procédés de combat social et les déceptions qu’amènent leur remue-ménage et leurs convictions hostiles. 

Lettre au docteur Price sur les constitutions américaines

« Il est impossible de ne pas faire des vœux pour que ce peuple [le peuple américain] parvienne à toute la prospérité dont il est susceptible. Il est l’espérance du genre humain. Il peut en devenir le modèle. Il doit prouver au monde, par le fait, que les hommes peuvent être libres et tranquilles, et peuvent se passer des chaînes de toute espèce que les tyrans et les charlatans de toute robe ont prétendu leur imposer sous le prétexte du bien public. Il doit donner l'exemple de la liberté politique, de la liberté religieuse, de la liberté du commerce et de l'industrie. L'asile qu'il ouvre à tous les opprimés de toutes les nations, doit consoler la terre. La facilité d'en profiter pour se dérober aux suites d'un mauvais gouvernement, forcera les gouvernements européens d'être justes et de s'éclairer ; le reste du monde ouvrira peu à peu les yeux sur le néant des illusions dont les politiques se sont bercés. »

Est-il de l’essence du suffrage universel de développer le socialisme ?

En 1874, la Société d’économie politique se penche sur la question suivante : est-il de l’essence du suffrage universel de développer le socialisme ? Malgré les désastres de la Commune de Paris, l’enthousiasme est assez partagé. Loin des sombres pressentiments de Tocqueville, les libéraux présents à cette réunion, comme Joseph Garnier, Louis Wolowski, Maurice Block ou Léonce de Lavergne, considèrent que le suffrage universel n’est pas une menace pour les libertés : avec l’éducation largement répandue et la propriété mise entre les mains du plus grand nombre, le socialisme sera empêché, plutôt que poussé par la démocratie.

L’économie politique et le socialisme

Dans l’introduction de son cours au Collège de France, en février 1849, Michel Chevalier examine les reproches adressés par les diverses sectes socialistes de l’époque aux principes de l’économie politique. Il justifie l’importance que les économistes accordent au mobile de l’intérêt personnel, défend le rôle économique et social du capital et du capitaliste, précise les bienfaits de la concurrence, et examine les propositions que font les économistes en faveur du progrès social.

Alexis de Tocqueville, un «libéral d’une espèce nouvelle»

Contre les libéraux de son temps, antireligieux pour les uns, et qui feraient pour les autres « bon marché du libre arbitre et des lois pour pouvoir dormir tranquilles dans leur lit », Tocqueville se place en libéral d’une espèce nouvelle, ami de la morale et de la religion, comme il l’explique à son ami Eugène Stöffels dans cette lettre rédigée à l’été 1836.

L’émigration et l’immigration

À la toute fin du XIXe siècle, la question de la population, dont le ralentissement est un sujet de préoccupation en France, se joint à celle de l’immigration, conçue et pratiquée comme un palliatif. Pour Gustave de Molinari, l’immigration n’est pas un danger, ni un mauvais calcul. Les données de la reproduction française étant ce qu’elles sont, quelles que soient les mesures pour parvenir à la faire évoluer, le recours à l’immigration est légitime. Elle est d’ailleurs un bénéfice économique, dit-il, car elle fait obtenir des hommes faits, et économise ainsi les frais qui sont ailleurs employés pour l’enfance ou l’éducation. Quant à la crainte d’une détérioration de la population par le mélange des cultures et des races, il la conçoit comme chimérique, car tout prouve, selon lui, que ce mélange renforce plutôt qu’il affaiblit un pays.

La carrière de Paul Leroy-Beaulieu

Avec Paul Leroy-Beaulieu s’éteint, à la fin de l'année 1916, l’une des dernières grandes autorités françaises en matière de libéralisme économique. Parvenu à l’heure du bilan, René Stourm, son ami de longue date, retient dans un article donné à la Revue des Deux Mondes, la cohérence et la continuité de son œuvre, au cours d’une carrière savante qui aura duré plus de cinquante ans et lui aura valu les plus grandes récompenses.

Rapport sur les projets d’impôts progressifs sur les successions et sur le revenu

En 1897, le socialisme, poussé par le suffrage universel, est à la mode, et divers projets pour établir la progressivité de l’impôt sont proposés à l’Assemblée. Devant la Société de géographie de Rochefort-sur-Mer, Ernest Martineau développe, en bon disciple de Bastiat, les raisons qui doivent d’après lui faire repousser cette fiscalité attentatoire. Loin de renverser les fortunes, dit-il, l’État doit les garantir ; loin d’attaquer la propriété, il doit la sanctifier ; et cela dans l’intérêt premier des plus pauvres, dont la condition ne serait guère meilleure, si le capital s’en allait, si les producteurs quittaient l’arène, et si la société tout à coup ralentissait sa marche. 

Introduction à la huitième année du Journal des économistes

Après une année de troubles, marquée par les évènements de février puis de juin 1848, le Journal des Économistes dresse un premier bilan d’ensemble pour ouvrir sa huitième année d’existence. Face à la menace socialiste, qui couve encore malgré ses récentes défaites, l’organe du libéralisme économique maintient fermement ses valeurs et ses idéaux, qu’il propose en contre-poison pour rétablir la société sur ses bases sérieusement ébranlées. 

Michel Montaigne et diverses questions d’économie politique et d’administration, par A. Grün

Pour approfondir la reconnaissance de Montaigne comme précurseur des économistes, Alphonse Grün poursuit la discussion engagée dans un précédent article, et reproduit, dans le Journal des économistes, une pièce d’archives alors tout juste découverte. Il s’agit d’une réclamation signée par Montaigne, et provenant des archives municipales de Bordeaux (ville dont il fut le maire pendant quatre années), et qui signalent l’inégalité de l’impôt et la triste situation des campagnes après les guerres de religion.

L’Institut agricole international et son utilité

La proposition d’un Institut agricole international, émise par le jeune roi d’Italie en 1905, est l’occasion pour Ernest Martineau de donner une marque de son enthousiasme libéral. À se connaître et à communiquer leurs observations, les délégués des différents peuples du monde ne pourront manquer de remarquer les défauts du mal protectionniste et les avantages combinés de la liberté du commerce et de la division du travail. Si lentement que la civilisation ait l’habitude de mener sa marche, son sens progressif est indéniable, inévitable, et les doctrines de paix et de liberté, héritée des plus grands, et portées par Bastiat, doivent nécessairement l’emporter.

Les bienfaits de la concurrence en matière de religion, par Henri Basnage de Beauval (1684)

« Quand l’Église n’a point d’ennemis à repousser, et qu’elle vogue sur une mer tranquille, personne ne pense à se préparer au combat, ni à marquer les écueils où l’on se pourrait briser pendant l’orage. L’Église tombe nécessairement dès qu’elle s’imagine qu’elle ne peut plus tomber, sans doute par la négligence qui suit cette préoccupation, car on ne songe guère à approfondir les matières de la religion que personne ne conteste. »

Les sociétés anonymes en Angleterre et en Italie

Si les sociétés anonymes sont les formes les plus adaptées à l’économie industrielle moderne, juge Paul Leroy-Beaulieu, encore faut-il que le cadre réglementaire qui les concerne n’empêche pas leur développement juste et légitime. L’État, écrit-il en 1869, ne peut et ne doit exercer un contrôle direct ou soumettre les sociétés anonymes à des autorisations législatives. Il y a une place pour lui, toutefois, dans un soutien intelligent apporté aux actionnaires pour exiger la publicité, la transparence et la vérité des informations sur lesquelles reposent leurs investissements.

Le renchérissement de la vie

Vers la fin du XIXe siècle, la hausse apparente du coût de la vie, dans les villes surtout, sert de prétexte à des attaques contre le libre-échange et l’économie de marché. D’après les économistes libéraux de la Société d’économie politique, cette accusation est maladroite, car elle compare des réalités extrêmement différentes : les modes de vie ont évolué, et le luxe d’hier est devenu nécessité ; ainsi ce n’est pas une enrichissement, mais un raffinement de la vie qui a eu lieu véritablement. 

La famille et la société

Prenant le prétexte de deux ouvrages récents consacrés à la famille, et en les commentant, Frédéric Passy expose ses idées de régénération sociale par la liberté. L’éducation classique, détenue en monopole par l’État, lui paraît la source des plus grands maux, et si la vie morale de la société doit s’améliorer, ce sera, juge-t-il, par la liberté complète de l’éducation qui, solidifiant le rôle des parents, juges en dernier ressort, en consommateurs, de l’éducation dispensée à leurs enfants, raffermira la famille, socle de la société.

De l’organisation des armées dans les États, par Gustave du Puynode

Moins d’un an après que le président Louis-Napoléon Bonaparte soit devenu l’Empereur des Français, Gustave du Puynode étudie, dans un article courageux dont la rédaction du Journal des économistes lui laisse timidement la responsabilité, la nature et le rôle des armées dans les sociétés libres et industrielles. Contre Benjamin Constant et d’autres esprits libéraux, qui veulent réformer ou supprimer l’armée, il réclame la constitution forte d’une armée de volontaires, tenus par l’ordre et la disciple, et payés pour leur fonction, laquelle ne doit être légitimement que la protection du territoire national.

De la liberté humaine au point de vue moral, religieux, économique et politique

Convaincu que la défense de la liberté, et son succès pratique en France, ne peuvent être espérés à moins d’une conviction généralement partagée de ses mérites, Ambroise Clément creuse ici la notion même de la liberté, pour que son procès soit correctement instruit. Il écarte les sophismes et les sophistes, et trace l’idéal que doivent se donner la loi et le gouvernement, pour que la société soit libre, éclairée, et progressive, plutôt qu’asservie, décadente et démoralisée.

La domesticité est-elle un esclavage ?

Au XIXe siècle, c’est par dizaines de milliers que des jeunes filles quittent chaque année les campagnes qui les ont vu naître, pour s’engager au service exclusif d’une famille, qu’elles serviront alors comme bonne ou bonne à tout faire. Ce régime de la domesticité, qui a pour P. A. Vée certaines ressemblances avec l’esclavage antique, s’il satisfait certaines exigences de la société moderne, n’est pas sans produire de détestables effets sur la moralité et l’économie générale. Pesant le pour et le contre, l’auteur cherche une voie qui puisse faire abandonner cette forme du travail, sur lequel on a accordé, d’après lui, une attention encore trop réduite.

Résultats de la liberté parfaite et de l’immunité absolue du commerce des grains

Sous l’Ancien régime, la question brûlante du commerce des grains, agitée par les économistes, produisit des évolutions législatives importantes. Entre 1763 et 1768, l’école physiocratique parvient à obtenir des aménagements aux règlements, en faveur de davantage de liberté. Mais devant les mauvaises récoltes, les partisans des anciens monopoles et restrictions, malheureux de ne plus tirer profit de leurs privilèges, agitent le peuple et cherchent à le convaincre que cette liberté et cette immunité du commerce des grains est une politique funeste. Contre ces cris, qui sont pour lui des erreurs, Nicolas Baudeau reproduit à nouveau la défense de la liberté du commerce et indique les solutions que le marché et la concurrence peuvent seuls fournir.

Une défense du libéralisme dans la presse locale

En 1883, socialisme et protectionnisme sont en croissance en France, et un nombre de plus en plus réduit d’authentiques libéraux soutiennent encore un combat que bientôt ils vont perdre. Dans la presse locale, un disciple fervent de Frédéric Bastiat, Ernest Martineau, participe à la défense du libéralisme, notamment en rappelant de manière incessante les mérites du libre-échange et l’injustice du protectionnisme.